Les supporters en débat

0 10
Le PSG organisait lundi les premiers “Entretiens du Parc”. Compte-rendu de la table ronde consacrée aux supporters.

En tant que sociologue ayant contribué au livre vert du supportérisme, j'ai participé ce lundi à la table ronde sur les publics du football lors des “Entretiens du Parc”, organisés par le PSG et placés sous la responsabilité de Pascal Boniface, directeur de l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) et secrétaire général de la Fondation du Football.


Les échanges ont été, de mon point de vue, riches et constructifs, ce qui est loin d'être toujours le cas dans de telles circonstances. Ils ont notamment permis de mettre sur la table des enjeux importants quant à la relation entre supporters et clubs et à la lutte contre le hooliganisme. Les intervenants (Bernadette Constantin, vice-présidente de la Ligue de football amateur, Philippe Boindrieux, vice-président du PSG, Jean-Louis Fiamenghi, directeur du cabinet du préfet de police de Paris, Lilian Thuram et moi) se sont accordés sur les termes du débat, tout en développant divers points de vue.


L'Equipe, l'un des partenaires médiatiques de l'événement, propose, dans son quotidien du jour et sur son site Internet, un aperçu de cette table ronde sous l'angle du retour éventuel des abonnements dans les virages du Parc. Si j'ai effectivement prononcé la plupart des propos qui me sont prêtés par L'Equipe (à une déformation près), leur mise en forme ne me paraît pas rendre justice au fond de ma pensée. Je tiens donc à préciser mes propos tout en rendant compte du contenu de la table-ronde, avant de publier, sur ce même site dans les prochaines semaines, des analyses plus développées, sur lesquelles nous sommes en train de travailler avec d'autres membres de la rédaction de So Foot.

Quelle proximité entre supporters et dirigeants ?


Lilian Thuram, qui a activement participé à cette table-ronde bien animée par Christian Ollivier de RTL, a estimé qu'une trop grande proximité entre supporters, dirigeants et joueurs était néfaste. Une anecdote lui a permis d'appuyer ses dires. Lors d'un stage de pré-saison dans un de ses clubs italiens, les ultras avaient été invités par les dirigeants à s'exprimer devant les joueurs. Ils avaient alors exigé d'eux qu'ils mouillent le maillot, sous peine de représailles.


C'est dans ce contexte que j'ai dénoncé les accords occultes entre dirigeants et supporters, phrase reprise par L'Equipe. Comme je l'ai dit lundi, ce n'est pas la proximité entre supporters et dirigeants qui est, selon moi, problématique, mais la nature de la relation. S'il existe des accords occultes entre ultras et dirigeants, ce qui est effectivement le cas dans plusieurs clubs italiens, cette proximité est malsaine. En revanche, si les relations entre les différentes parties sont claires et que les droits et devoirs des supporters sont bien définis, la proximité entre les uns et les autres peut s'avérer tout à fait positive.

Comment concilier sécurité et ambiance ?


Le colloque se tenant au Parc, l'ambiance du stade parisien depuis la mise en place du plan “Tous PSG” (supprimant les abonnements en virages et y instituant le placement aléatoire) s'est trouvée au cœur des débats. Dans la salle, certains supporters parisiens ont affirmé que l'absence d'ambiance n'était pas un problème et que la sécurité devait passer avant tout, quand d'autres ont regretté la disparition de la part festive de l'atmosphère des virages. Les participants de la table ronde ont convenu qu'il était difficile de concilier sécurité et ambiance. Pour l'instant, le PSG est « au milieu du gué » pour reprendre une expression partagée : il a réussi à assainir le climat du Parc mais il a, du coup, largement amoindri l'ambiance et écarté une partie de son public traditionnel. D'où l'entreprise, difficile, de médiation actuellement en cours avec les supporters parisiens pour trouver des solutions permettant de ramener l'ambiance au Parc sans transiger sur les impératifs de sécurité.


L'ambiance de PSG-OM ayant été prise en exemple de bonne conciliation entre sécurité et ambiance, j'ai fait remarquer, d'une part, que le public du Parc pour ce match-là me semblait assez différent de celui des matches précédents (avec notamment une part plus importante d'anciens abonnés) et, d'autre part, qu'environ un chant sur trois consistait en des insultes envers l'OM. L'Equipe me fait dire qu' « à Marseille, un chant sur trois est un chant d'insultes » . Peut-être ai-je été confus dans mes propos, mais j'évoquais bien le match PSG-OM et non l'ambiance du Vélodrome.

Quelle tolérance zéro ?


Cette réflexion sur les insultes visait à interroger le slogan actuellement répandu de la tolérance zéro. Que signifie ce slogan s'il n'est pas précisé envers quoi il faut faire preuve de tolérance zéro ? S'il s'agit des violences physiques et du racisme, il ne pose guère de problème. Mais le registre insultant répandu dans les stades (avec une forte fréquence du recours à des injures du type « enculé » ) montre bien que la situation est plus confuse en ce qui concerne l'homophobie. J'ai donc posé la question de savoir ce que devaient être les stades : des lieux exemplaires où aucun écart n'est toléré ou des lieux où un certain défoulement est acceptable dans des limites à fixer ? Nous avons tous défendu l'idée que les stades étaient des lieux d'expression où il était possible de se laisser aller, jusqu'à un certain point. Comme Philippe Boindrieux l'a souligné, la difficulté est de définir ce qui est inacceptable et de savoir où placer le curseur.


Nous avons aussi noté qu'il est trop facile de prétendre qu'il suffit d'enlever deux cents hooligans pour apaiser l'ambiance d'un stade. J'ai alors fortement nuancé la distinction habituelle entre bons et mauvais supporters. Effectivement, certains se comportent toujours bien quand d'autres viennent systématiquement pour causer des troubles. Effectivement, il existe des noyaux durs qui nécessitent d'être plus particulièrement surveillés. Mais d'autres supporters, notamment les ultras, peuvent être les meilleurs supporters tout en débordant parfois. Au slogan de la tolérance zéro, je préfère donc celui de la réponse graduée en fonction de la gravité des actes.


Nous avons également convenu qu'il n'existe pas de solution miracle pour lutter contre le hooliganisme, ce qui m'a amené à prôner une politique globale jouant sur plusieurs leviers (répression des comportements graves, adaptation des stades, formation des acteurs de la sécurité, dialogue avec les supporters et prévention sociale).

Quelle culture populaire du football ?


Le prix des places et la conception des stades ont aussi été abordés. J'ai mis en avant le modèle allemand par rapport au modèle anglais, car les Allemands ont transformé leurs stades tout en maintenant des kops et des billets à un prix modéré et en développant le dialogue avec les supporters.


Lilian Thuram a pointé un problème essentiel en affirmant, sous les applaudissements du public présent, que le spectacle était sur le terrain et non dans les tribunes. Il a développé l'exemple du Barça où les spectateurs vont voir un spectacle, applaudissent les belles actions et font tourner les mouchoirs quand la qualité n'est pas au rendez-vous. J'ai alors évoqué les différents rapports au football en Europe : en Espagne, il est conçu comme un spectacle et les spectateurs participent peu. Ailleurs, en Italie, en Allemagne ou en Angleterre, le public incarne la communauté et son soutien fait partie du spectacle.


Dans la salle, plusieurs personnes ont rebondi sur nos propos pour affirmer que ce n'était pas aux supporters, mais au club, d'organiser l'ambiance et les tifos. J'ai alors posé la question de la culture populaire et de la manière dont on l'appréhende. Privilégie-t-on une culture populaire de masse, prise en charge par les organisateurs du spectacle, ce qui conduit à une “américanisation” des publics ? Ou estime-t-on qu'une culture populaire autonome peut se développer de manière positive dans les travées ?


En conclusion, Lilian Thuram a affirmé avec force que les supporters devaient rester à leur place et n'avaient, par exemple, pas à demander la démission des dirigeants. La table-ronde étant achevée, la discussion s'est poursuivie en off. J'ai alors souligné qu'à Barcelone, les socios peuvent donner leur avis sur la politique du club, ne serait-ce que lors des élections du président, et que l'enjeu me paraît donc être de définir dans quel cadre les supporters peuvent exprimer, de manière constructive, leur point de vue.

Le rôle des médias


Du fait de la diversité des thèmes abordés en 1h45, les échanges ont pu sembler désordonnés et parfois insuffisamment approfondis (par exemple, sur le recours aux interdictions administratives de stade comme élément clé de la lutte contre le hooliganisme selon Jean-Louis Fiamenghi, idée qui n'a pas été discutée). Ils m'ont cependant paru avoir le mérite de mettre le doigt sur des enjeux trop souvent occultés ou considérés comme évidents (par exemple, est-ce que le spectacle est seulement sur le terrain ou aussi dans les tribunes ?). Il ne reste plus qu'à espérer que ces débats pourront être poursuivis et qu'ils déboucheront sur des actions concrètes.


Il est tout à fait compréhensible que L'Equipe ne développe que la partie la plus “chaude” de la discussion, sur la situation du Parc, et qu'elle ramasse les propos des intervenants. L'exercice étant difficile, je ne jette pas la pierre au rédacteur de l'article. Mais je regrette que le sens général de mes propos ne soit pas vraiment rendu, d'autant que les intervenants, tant sur l'estrade que dans la salle, ont pointé le rôle que pouvaient jouer les médias en mettant l'accent sur les phénomènes exceptionnels sans toujours les situer dans leur contexte d'ensemble, ce qui amène parfois à surestimer la gravité de la situation des stades français.

Nicolas Hourcade

Nicolas Hourcade est sociologue et membre de la rédaction de /So Foot/.

Le livre vert du supportérisme est disponible sur le site du ministère
des Sports...



Mon collègue Nicolas Kssis-Martov a chroniqué ce livre vert, d'une
manière critique dont je dois reconnaître, dans l'ensemble, le bien-fondé...
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Il y'a une erreur d'édition à la fin de l'article ;)

Bravo à Nicolas Hourcade, ses propos respirent l'intelligence, si rare dans le contexte actuel.

Sinon, Lilian Thuram est définitivement une imposture démagogique, une belle arnaque qui est à la gauche ce que sont des Zemmour, Ménard ou Douillet à la droite.
Très intéressant, et très bien retranscrit par rapport à ce que l'on a pu lire dans l'équipe.
J'aime bien et j'adhère aux prises de position de Nicolas Fourcade.

D'accord avec le comm précédent, Thuram en donneur de leçon est une belle imposture, il a été un magnifique champion mais j'attends de voir (lire-entendre) quel sportif aura les corones de replacer Mr. Populo dans le contexte de ses histoires de dopage, de calciopoli ou de nabab de l'edf.
Je pense qu'il serait bien de mettre le livre à disposition des français, ça les rendrait moins ignorant... Et leur éviterait de faire des amalgames trop faciles.
Biensûr, il existe le PDF, mais il est bien trop caché je trouve.
On a bien eu le livre blanc de L'Equipe... Pourquoi pas le vert ?...
Partenaires
Logo FOOT.fr Olive & Tom
Article suivant
Hodgson supervise en France
0 10