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  3. // Bilan 2015

Les sept pêchés capitaux de Marcelo Bielsa

De sa première conférence de presse donnée les yeux baissés à son départ au soir de la première journée, Marcelo Bielsa a accumulé les détracteurs lors de son court mais riche passage par la Ligue 1. Avant de tourner la page d'une année dont El Loco a été un personnage clivant, voici sept raisons qui lui ont valu l'inimitié d'une certaine France.

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1. Partir après la première journée

« Je viens de démissionner de mon poste d'entraîneur de l'Olympique de Marseille. » L'annonce, tombée dans la foulée du premier match et de la première défaite de l'OM de la saison, a assommé le Vieux-Port, et révolté le gros du milieu de la L1 et des faiseurs d'opinions. Ceux qui se retenaient s'en sont donné à cœur joie, tandis que les critiques de toujours savouraient leur triomphe, celui d'une supposée raison sur les idées folles de l'hermétique Argentin. Celui d'un certain conformisme surtout, qui veut qu'un entraîneur ait le droit de s'entêter jusqu'à mettre en péril l'équipe dont il a la charge - schéma classique -, mais qui ne peut supporter que Bielsa s'en aille en avançant une question de principe, celui de la parole donnée. « Bielsa a manipulé tout Marseille » , s'était alors emporté Louis Nicollin dans les colonnes du Parisien. « C'est un bon comédien. Il doit déjà être entraîneur du Mexique, non ? » Bah non, en fait...

2. Ne pas avoir accroché la Ligue des champions

Champion d'automne, en proposant un jeu résolument tourné vers l'avant, l'OM est la bonne surprise de la première moitié de saison. À défaut de titre, la Ligue des champions lui semble promise. Mais les Phocéens vont pourtant tout perdre, ou presque. L'OM termine la saison en quatrième position, à quatorze points du PSG. Un résultat à mettre évidemment entièrement sur le dos de l'Argentin. Peu importent la CAN, les blessures de certains de ses pions essentiels, des décisions arbitrales contestables (cf OM-OL), les raisons de l'échec sont simples et univoques : Bielsa a rincé ses joueurs par son exigence démesurée et par son entêtement tactique. Ce qui n'est peut-être pas totalement faux. Mais ce sont aussi ces ingrédients qui avaient fait de l'OM un champion d'automne admiré. Ceux qui raillent chaque fin de semaine l'ennui des matchs de L1 ont pourtant préféré ne retenir que le résultat final du Marseille d'El Loco.

3. Ses tactiques venues d'ailleurs

Marquage individuel, 3-3-1-3, style vertigineux : un triptyque conçu par le cerveau d'un véritable dément, assurément. Peu importe que Pep Guardiola l'admire, que Jorge Sampaoli lui voue un culte et ait profité du travail de fond d'El Loco pour faire du Chili une des meilleures sélections de la planète, ou que le Celta Vigo, entraîné par Eduardo Berizzo, autre disciple et ex-adjoint d'El Loco, pointe à la quatrième place de la Liga. Peu importe aussi que les joueurs qu'il a entraînés lui vouent une éternelle reconnaissance pour avoir étoffé considérablement leur boîte à outils de footballeur professionnel. Ainsi Javier Zanetti, Alexis Sánchez, Javier Mascherano, Diego Simeone, Mauricio Pochettino, Javi Martínez, Gabriel Batistuta… En résumé, une belle brochette de truffes. Pour jauger ce que vaut El Loco, mieux vaut évidemment se référer au résultat d'OM-Lorient (3-5) et à l'avis tranché de l'alpiniste Pascal Dupraz, pour qui « Bielsa se moque du football » .

4. Il ne regarde pas en face

Son attitude prostrée en conférence de presse a surpris et choqué. Lui l'a expliqué par son manque de maîtrise du français. Cela fait peut-être sens pour lui, même si cela est difficile à comprendre et va à l'encontre d'une convenance sociale basique, que l'on soit en France ou en Argentine. Cela ne devrait toutefois pas constituer un pêché capital, puisque les conférences de presse de Bielsa étaient sans doute les plus riches données depuis longtemps par un entraîneur de L1 : du jeu, du jeu, et encore du jeu, mais peu de petites phrases pour faire les grands titres. Ses conférences étaient les plus longues aussi. Mais au-delà de son attitude, Bielsa s'est mis une partie de la presse à dos pour ne pas accorder d'entretiens individuels. Cela n'avait pourtant rien de nouveau, puisqu'il s'agit de sa politique depuis 1998, adoptée par souci d'équité envers les divers médias et aussi pour être lassé de voir certains de ses propos déformés. Inspiré par Bielsa, Pep Guardiola a d'ailleurs adopté le même mode de relation envers la presse. Mais, lui lève la tête...

5. Ne pas faire jouer Dória

Ce n'était pas son choix. Il ne s'est pas privé de le dire et peut-être de le faire payer au jeune Brésilien. Bielsa était alors accusé de faire passer son orgueil au-dessus des intérêts du club. Quoi qu'il en soit, et même s'il faut se garder de tirer des conclusions définitives sur les premiers pas d'un joueur sud-américain en Europe, ce que réalise Dória depuis son départ pour Grenade tendrait plutôt à donner raison à l'homme de Rosario. Mais l'essentiel est ailleurs. Car si Bielsa a snobé l'espoir du São Paulo FC et engagé un Lucas Ocampos qui peine encore à s'imposer, il a surtout notablement valorisé son effectif. Car, comment penser que Payet, Thauvin ou Imbula auraient renfloué à ce point les caisses de l'OM, sans le travail de fond d'El Loco ? Et pour combien Gignac aurait-il été transféré si l'OM n'avait pas échoué à le faire prolonger ?

6. Il n'a rien gagné

Amnésie ou eurocentrisme exacerbé, il était courant d'entendre sur les antennes que Marcelo Bielsa n'avait « rien gagné » . Bielsa a pourtant remporté trois championnats d'Argentine (avec Newell's Old Boys et Vélez Sársfield), dont deux avant l'arrêt Bosman, autrement dit lorsque cette compétition était encore peuplée par une bonne partie des talents exceptionnels que met au monde cette nation essentielle à l'histoire du football. El Loco a aussi glané une médaille d'or olympique, un tournoi à l'importance marginale, mais que l'Argentine n'avait jamais remporté avant 2004. Il y eut aussi des échecs cinglants dans la carrière de Bielsa, notamment avec l'Albiceleste, mais en général, il a su maximiser le potentiel des équipes dont il a eu la charge, et son retour est désiré par les supporters : au Chili, au Pays basque ou au Mexique. Ce formateur dans l'âme a aussi refusé des offres de l'Inter Milan ou du Real Madrid, des clubs où les trophées sont d'un accès plus aisé. Mais il n'a clairement pas gagné trois Ligue 1 comme Paul Le Guen ou une Ligue des champions comme Roberto Di Matteo ...

7. Être adoré des supporters

Et si cela était le pire de ses crimes ? Malgré les critiques de Courbis, Dugarry ou Moscato, le peuple marseillais, dans sa grande majorité, n'en a pas démordu. Il aimait El Loco et il l'aimera. Car Bielsa est l'homme qui avait redonné sa fierté au club, en ramenant l'OM vers les sommets, au moins temporairement, tout en proposant un jeu ambitieux. Le Vélodrome vibrait à nouveau, rassasié par l'orgie de jeu proposé, et ce, malgré les résultats en déclin du second semestre. Au-delà de l'entraîneur, Marseille aimait aussi cet homme qui osait s'opposer publiquement à ses dirigeants, et qui communiquait directement avec les supporters. Un homme rigide à l'extrême, mais surtout intègre, et qui, malgré son hermétisme de façade, a toujours donné des signes sur l'importance qu'il accordait à la ferveur populaire qui escorte l'OM. Bielsa ne venait pas faire le job, il venait tout donner pour l'OM. Mais le gros du microcosme des consultants-débatteurs a fini par dépeindre El Loco comme un leader populiste qui bernerait un troupeau trop naïf. En somme, comme une imposture…


Par Thomas Goubin
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Dans cet article

Skywalker Texas Ranger Niveau : DHR
Il a fait un bien énorme à notre championnat et à l'OM, mais il mérite aussi son lot de critiques: le jeu s'est pas mal dégradé en 2e partie de saison et c'est une grosse contre-perf de finir 4e avec leur début de saison, plus le fait qu'il se casse un peu salement.

Sinon ses conférences étaient très intéressantes et parlaient de jeu, de tactiques... pas d'envies, d'impact, comme la majorité des autres entraîneurs de liguain. Ca reste une grosse perte pour le championnat, une énorme pour Marseille, dommage.
FootixInside Niveau : District
Question un peu con: elles sont accessibles où les conférences d'après match (en intégralité, pas juste les morceaux choisis)?
Merci pour cet article/hommage qui rend un peu de respect à un mec qui a plus fait en une saison que ce que plusieurs dizaines d'entraineurs français de L1 ne réussiront jamais à faire.
Il a ses défauts, mais putain, ça vaut quoi en comparaison de tout ce qu'il aura apporté???
La venue de Bielsa aura confirmé une chose : la grande majorité des entraineurs et président des clubs sont tous des abrutis ! ceux qui l'ont insulté, craché à la gueule dès qu'ils le pouvaient, en nous ressassant les toujours mêmes arguments dont le fameux "il n'a rien gagné" (ah oui c'est vrai que j'avais oublié que la grande majorité des coaches de ligue 1 peuvent se vanter d'avoir gagner des titres). Bref, dans le milieu conservateur de la L1, on n'aime pas celui qui ne vient pas du moule franco-français, encore moins celui qui oserait gagner des matches en pratiquant un plus beau football que les coaches dits "valeurs sûrs", ces médiocres qui gangrènent le championnat. Bielsa partit c'est fou comme l'OM est meilleur.
Dedicace à Courbis,Dupraz, Baup, Pape Diouf et compagnie, 2015 se termine sans vous et j'en suis très heureux au plaisir de jamais vous revoir dans le football français ( reste plus que cet abruti fini de Nicollin s'en va !).
N'empêche leur parcours la saison dernière ressemble à celui de Chelsea, sans le stationnement de bus en seconde partie du côté del LOCO mais bon.
Bielsa nous manque..en tout cas pour moi.
JuanSchiaffino Niveau : National
c'est un peu comme si une bombe atomique arrivait dans un patelin paumé peuplé de moches et de beaufs.
She's a witch! Burn her!
Message posté par ajde59
La venue de Bielsa aura confirmé une chose : la grande majorité des entraineurs et président des clubs sont tous des abrutis ! ceux qui l'ont insulté, craché à la gueule dès qu'ils le pouvaient, en nous ressassant les toujours mêmes arguments dont le fameux "il n'a rien gagné" (ah oui c'est vrai que j'avais oublié que la grande majorité des coaches de ligue 1 peuvent se vanter d'avoir gagner des titres). Bref, dans le milieu conservateur de la L1, on n'aime pas celui qui ne vient pas du moule franco-français, encore moins celui qui oserait gagner des matches en pratiquant un plus beau football que les coaches dits "valeurs sûrs", ces médiocres qui gangrènent le championnat. Bielsa partit c'est fou comme l'OM est meilleur.
Dedicace à Courbis,Dupraz, Baup, Pape Diouf et compagnie, 2015 se termine sans vous et j'en suis très heureux au plaisir de jamais vous revoir dans le football français ( reste plus que cet abruti fini de Nicollin s'en va !).


Complètement d'accord. Et on pourra dire ce qu'on veut, à ma connaissance jamais un entraineur n'a suscité autant de passion dans notre championnat, jamais. Mais bon, on préfère rester entre nous dans notre vieille liguain.
zinczinc78 Niveau : CFA
@YNWA
Faut arrêter de confondre "défendre bas" et "garer le bus".
Le jour où tu verras 11 joueurs alignés sur leur ligne de but, on pourra parler de bus..
Message posté par YNWA#
N'empêche leur parcours la saison dernière ressemble à celui de Chelsea, sans le stationnement de bus en seconde partie du côté del LOCO mais bon.


Ouep la différence est dans l'esprit, Bielsa demandait a des bras cassé de produire du caviar dans le jeu, alors que Mourinho demandait à des "cadors" de gagner salement...

Le problème de Mou c'est qu'au début la "gagne" compense le jeu, mais qu'a terme quand tu te fait chier dans ton boulot, ben tu deviens moins bon, et on voit ce que ça donne aujourd'hui.
Message posté par Skywalker Texas Ranger
Il a fait un bien énorme à notre championnat et à l'OM, mais il mérite aussi son lot de critiques: le jeu s'est pas mal dégradé en 2e partie de saison et c'est une grosse contre-perf de finir 4e avec leur début de saison, plus le fait qu'il se casse un peu salement.

Sinon ses conférences étaient très intéressantes et parlaient de jeu, de tactiques... pas d'envies, d'impact, comme la majorité des autres entraîneurs de liguain. Ca reste une grosse perte pour le championnat, une énorme pour Marseille, dommage.


Merci de parler de ses conférences de presse. J'ai rarement été aussi séduit par les conférences de presse d'un entraineur, et pourtant je suis du PSG. Mais écouter ce type parler de football, c'était quand même quelque chose. D'ailleurs c'est le seul coach de l'histoire de l'OM que j'ai écouté parler en conf.
roberto-larcos Niveau : Ligue 2
Numero 8: faire de l'ombre à Labrune tout en le decredibilisant par sa compétence, son sérieux et son refus du compromis/compromission.

Forcément avec Michel il peut venir faire le keke dans le vestiaire il ne s en fera pas virer à coups de pied au cul.
Marek Hamsik Niveau : National
Je pense que personne a Marseille ne dira que Bielsa est parfait. Comme dans toute sa carrière, son attachement irrévocable a certains principes de jeu a pu se retourner contre lui (cf le match face à Lorient).

Mais putain, quelle saison quand même ! Quel plaisir de voire Gignac courir comme un dératé après les centraux pour lancer le pressing ! Quel plaisir de voire les latéraux enchaîner les allers retours tous le match ! De voire des relances au sol et du jeu rapide ! D'apprécier les choix dingues mais payants (les trois changements à Sainté)

Juger Bielsa a l'aune de deux malheureux points qui manquent pour la LDC, c'est ridicule. C'est oublier qu'il a fait de Morel un défenseur central correct, de DDD un bon latéral, de Payet un 10 brillant, de Gignac un mec qui se démonte pour l'équipe, de Mandanda et Nkoulou des joueurs de foot a nouveau.

Le critiquer sur les quelques défaites inadmissibles (Caen, Lorient) c'est oublier les roustes distribuées à plusieurs équipes du championnat, l'enthousiasme d'une équipe moribonde avant son arrivée.

Il a redonné au stade et à la ville une ferveur digne des plus grandes années du club. Il a ravivé la flamme. C'est dur de voire l'indifférence qui remonte à nouveau. Putain que je le regrette.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Dupraz, Nicollin, Labrune, les journaleux... Mon Dieu, quels pêchés capitaux !

On juge un homme sur ses amitiés et - surtout - sur ses inimitiés.

Analyser rationnellement les réactions de Bielsa, c'est comme essayer de réduire une partition de Bach à un programme binaire. C'est ne percevoir de la folie - de ce qui excède la raison - que l'aspect psychiatrique. C'est comme vouloir pratiquer l'autopsie d'un miracle vivant.

Putain d'espèce inapte à la grâce.
Gianni Longo'o Niveau : District
"le gros du milieu de la L1"
Pierre Ménès

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