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Les sacrifiés italiens de la Grande Guerre

Il y a cent ans, l'Italie se joignait aux Alliés et entrait en guerre contre l'Empire austro-hongrois. Parmi les millions d'appelés, de nombreux joueurs ou dirigeants de foot. Certains ne sont jamais revenus.

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« Suite à la mobilisation, toute rencontre est suspendue » , voici le télégramme lu aux joueurs par les arbitres. Nous sommes le 23 mai 1915 et l'Italie vient de déclarer la guerre à l'empire austro-hongrois. Les interventionnistes l'ont emporté au gouvernement, le Royaume italien fait enfin son entrée dans le conflit. Pensant à une guerre de courte durée, la Fédération reporte les rencontres restantes à une date ultérieure. Le championnat 1914-15 ne se conclura finalement jamais, et le Genoa est déclaré vainqueur quelques années plus tard. Pourtant, plusieurs matchs devaient encore se disputer, la dernière journée de la poule Nord, le dernier acte des championnats sud, et donc la finale nationale.

Vittorio Pozzo, au nom du Piave


« On a fait l'Italie, maintenant faisons les Italiens » , déclarait Massimo d'Azeglio au lendemain de l'unité italienne en 1861. Jeune nation issue d'un regroupement, parfois forcé, de plusieurs états longtemps indépendants les uns des autres, l'Italie cherchait encore l'unité de son peuple. Cette guerre permettra à ses ressortissants de créer des liens nécessaires. Le Sarde combat aux côtés du Toscan, le Sicilien secourt le Lombard, et le Piémontais Vittorio Pozzo arpente les tranchées. C'est lui qui a guidé la toute nouvelle équipe d'Italie lors des J.O de Stockholm. Il reprendra son poste, raflant deux Coupes du monde (1934 et 1938), deux Coupes internationales (ancêtre de l'Euro, 1930 et 1935) et les J.O de Berlin, en 1936.

Lieutenant dans l'un des bataillons des Alpins, il mettra à profit son expérience douloureuse en racontant à ses joueurs les affrontements cruels sur le Piave et en leur enseignant les chants de guerre. Sur 49 des internationaux depuis la première de la Squadra Azzurra en 1910, cinq périrent au front : Virgilio Fossati, Felice Milano, Carlo Galletti, Biagio Goggio et Claudio Casanova. Ce dernier, ainsi que Adolfo Gnecco, ne furent jamais au courant du dernier tire remporté avec le Genoa. Enfin, de nombreux joueurs durent abandonner leur carrière à cause des blessures ou amputations. C'est le cas d'Attilio Trerè, gardien, défenseur, puis milieu du Milan d'avant-guerre.

Le Calcio perd son pionnier, la Juve pleure un de ses papas


Si le Genoa a été fondé en 1893, ce n'est que sous l'impulsion de James Spensley que la section « football » se développe. Ce médecin britannique traînait dans le port de Gênes et devint d'abord capitaine et gardien de but des Rossoblù, puis entraîneur et enfin un arbitre apprécié. Lorsque la guerre éclate, il est rappelé sous l'Union Jack pour y exercer ses fonctions de la vie civile. Lors d'une bataille dans le Nord de la France, il est fait prisonnier alors qu'il soigne justement un soldat allemand. Spensley décède quelques semaines plus tard dans la prison de Mayence.

Les frères Canfari, eux, font partie des pères fondateurs de la Juventus, leur atelier servira d'ailleurs de premier siège du club. L'ainé, Enrico, lieutenant d'infanterie, périt au front lors de la troisième bataille de l'Isonzo, fleuve qui coule dans le Frioul, et principal lieu de bataille de la Première Guerre mondiale en Italie. Les autres clubs ne sont pas en reste : l'Inter pleure pas moins de 26 joueurs ou dirigeants affiliés, le Milan 12, l'Udinese et le Hellas, de par leur position géographique, disent adieu à la moitié de leurs effectifs.

Morts au combat, ressuscités dans les stades


Joueur du Genoa de 1904 à 1911, Luigi Ferraris avait délaissé le foot pour devenir responsable de production de la firme Pirelli, célèbre productrice de pneumatiques. D'abord épargné par la mobilisation, il insiste pour être enrôlé et veut qu'on l'envoie au front en première ligne. Son souhait est exaucé et un shrapnel lui est fatal lors de la tentative de reconquête du Monte Maggio dans le Trentin. Décoré à titre posthume de la médaille d'argent militaire, sa breloque est enterrée sous les buts devant la Tribune Nord du stade Marassi, rebaptisée Luigi Ferraris en 1933.

Giovanni Zini est le nom du stade de la Cremonese, mais c'est aussi son premier gardien. Brancardier pendant la guerre, il décède le 2 août 1915 à Cividale del Friuli du typhus. Enfin, Alberto Picco était un des fondateurs, mais aussi premier capitaine et buteur du Spezia Calcio qui joue ses matchs dans un antre éponyme. Volontaire pour mener une patrouille de reconnaissance afin de planifier la prise du Monte Nero, il prend l'ennemi par surprise, mais est grièvement blessé à l'abdomen. Picco s'éteint dans les bras de son supérieur en prononçant ces derniers mots « Vive l'Italie ! Je meurs content d'avoir servi mon pays. » Les Italiens étaient faits.

Par Valentin Pauluzzi
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Fedor Raskolnikov Niveau : District
Merci pour ce bon article sur l'une des plus belles patries du football.
Chapeau !

La chute de l'article qui fait écho à la phrase de Massimo d'Azeglio est tout simplement splendide et historiquement très juste. On a envie d'ajouter qu'à ce moment la Nazionale restait à faire, après les balbutiements de l'avant-guerre.
Je crois que Vittorio Pozzo mériterait d'ailleurs qu'on s'attarde un peu sur lui tant sa personnalité semble avoir marqué le calcio (et la guerre l'avoir marqué lui) : tactique, travail, dévouement au collectif... C'est drôle, on retrouve certains de ses traits chez Bearzot et chez Lippi.
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