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  5. // Raja/Wydad Casablanca (2-2)

Les Rouges et les Verts dos à dos

Le Raja et le Wydad se sont neutralisés (2-2) lors du 118e derby de Casablanca disputé samedi. Frustrant pour les joueurs de José Romão, qui pensaient avoir fait le plus dur en ouvrant le score, mais se sont laissés déborder par les Rouges de Toshack. Le choc est loin d'avoir tenu ses promesses, mais les supporters des deux rivaux ont une fois de plus proposé un show de premier ordre dans les tribunes, digne de la réputation du meilleur derby d'Afrique.

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La tension à l'approche de ce match si particulier est palpable dans toutes les rues de Casablanca. Tout le monde ne parle plus que de ça, dans tous les commerces et quartiers. Comme d'habitude, le ton est donné au moment de la mise en vente des billets. Mardi après-midi, plusieurs centaines de fans des deux clubs sont massés devant le Raja Store (magasin de produits dérivés) du centre-ville, et la vente tourne court. Toutes les tentatives pour essayer de convaincre une bande de jeunes (entre 12 et 18 ans pour la plupart) déchaînés de faire un semblant de file d'attente sont vaines. Devant la grille fermée du magasin, ça se jouera aux forceps. Bousculades, gifles, des gens qui filment, un chaos total.

Les Wydadis, obligés de venir acheter leur place chez l'ennemi (le Raja reçoit pour le match retour), lâchent quelques commentaires acerbes sur le prix des places : « 50 dirhams la place en virage, 100 dirhams pour les tribunes. Ils se foutent de notre gueule. De l'argent qui va servir soit pour leurs mercatos pourris, soit pour leurs groupes de supporters qui font des tifos pourris. » La réponse fuse : « Le tifo contre les Kaizer Chiefs (match retour des seizièmes de Ligue des champions), tout le monde en parle. On affronte les meilleures équipes d'Afrique, toi avec ta 6e place au championnat, tu sais pas ce que ça représente. » Des échanges de la sorte, une semaine de derby, il y en a des milliers. Les rôles sont inversés cette saison. 12 points séparent le Wydad, leader, d'un Raja englué à la 7e place. Les Verts n'ont plus que deux objectifs pour cette saison : aller loin en Ligue des champions africaine, et freiner l'ennemi dans sa quête du titre.

Trash talking permanent


4500 policiers ont été mobilisés pour sécuriser les abords du stade Mohammed V. 5 heures avant le coup d'envoi, il y a déjà du monde devant les portes. Les deux camps se dirigent vers les parties du stade qui leur sont réservées et s'ignorent. Pour le moment. Raja et Wydad se provoquent et s'envoient des piques toute l'année. Mais cette saison, les clashs ont atteint des sommets, et c'est le Raja qui a tiré le premier. Les supporters ont détourné une chanson destinée à insulter leurs propres joueurs, et incorporé une question adressée directement au Wydad : « Pourquoi le car n'est pas venu de Fès ? » Référence subtile à un match gagné par forfait par le Wydad en 1973 (Fès n'étant pas venu jouer le match, d'où le bus qui n'est pas venu), une victoire qui lui avait permis d'assurer le maintien. Juste ce qu'il faut pour semer le doute et les soupçons, et surtout intriguer, vu qu'au début, quasiment personne ne comprend à quoi ils font allusion.


Cette question existentielle a occupé le Maroc pendant 3 bons mois. Adil, supporter du Raja, explique, hilare : « Des gens qui ne se sont jamais intéressés au foot se sont demandé ce que c'était que cette histoire de bus qui n'est pas venu de Fès. On a fait chanter la chanson (en phonétique) à des gens en Albanie, à Singapour, partout. Le monde entier va se pencher sur cette question, on finira bien par avoir une réponse. » Mohammed, supporter du Wydad accoudé devant les rambardes de la porte 4, la joue grand seigneur : « Ils se sont bien amusés avec leur histoire de bus, qui ne se base sur aucun fait concret. Mais c'est pas grave, les deux camps s'attaquent sur leur passé, ça fait partie du jeu. Pour gagner des titres, ils ont dû boire des produits laitiers (le Raja a absorbé la section foot du club de l'ex-centrale laitière dans les années 90, et récupéré de nombreux joueurs dans l'opération), ça nous fait bien rigoler, parce qu'on n'a pas eu besoin de ça. »

Stade plein 3 heures avant le coup d'envoi


La chanson composée par le Wydad pour répondre au coup du bus accueille les Rajaouis à leur entrée au stade. Dans leur virage, les Winners (groupe de supporters du WAC) font une pause dans la confection des tifos pour venir saluer ceux d'en face à leur manière. Clash, contre-clash, insultes, c'est parti. Les vendeurs ambulants s'affairent dans les tribunes, chacun a son petit carton pour protéger les pantalons de la saleté sur les sièges. « Laisse tomber, y a des années de boue, poussière et autres dégueulasseries, tu pourras jamais les nettoyer » lâche un supporter, fataliste. À 13 heures 45, soit un peu moins de 3 heures avant le coup d'envoi, il n'y a pratiquement plus une place de libre. Les gens s'assoient dans les escaliers, montent sur le toit, aux balcons à côté des policiers. Bousculades de partout, plusieurs échauffourées éclatent.


Dans le virage Sud, les groupes du Raja (Eagles, Greenboys et Derb Sultan) ont envie d'attendre un peu pour lancer les chants, puis finissent par lâcher les chevaux au moment où les joueurs du Wydad entrent s'échauffer. Bataille de décibels des deux côtés, le sol tremble. Les deux camps rendent hommage aux victimes de la tragédie de Tan-Tan vendredi (plus de 30 personnes ont péri dans un accident de voiture dans le Sud du Maroc). Banderole d'un côté, bâche noire en signe de deuil de l'autre. Une fois de plus, les Winners réussissent un tifo de qualité. Une immense bâche représentant un graffeur (capuche, dos tourné à la pelouse) est déployée, et les supporters changent la chorégraphie (cartons dorés et rouges) au fur et à mesure que la bâche circule sur toute la largeur du virage Nord. Comme si le graffeur dessinait le tifo. Côté Raja, la bâche « 3D » se déchire sur un des côtés du Virage Sud. Achref, supporter du Raja, est déçu. « On avait fait du bon boulot contre les Sud-Africains dimanche dernier, là c'est un peu raté, c'est dommage. »

Première mi-temps soporifique, embrasement en seconde


Le match ne s'avère pas à la hauteur du spectacle. Une occasion de chaque côté en première période, mais dans le stade, le bruit assourdissant et les échanges d'amabilité continuent. « Pendant qu'on affrontait le Bayern (en Coupe du monde des clubs, ndlr), vous faisiez des gribouillis sur les murs pour faire démissionner votre président » , chantent les Rajaouis. Les Wydadis, eux, remettent sur le tapis la revendication d'être les seuls « vrais » habitants de Casa, visant directement les quartiers populaires dévoués au Raja avec la banderole « L'exode rural, votre déplacement immémorial » . La moitié verte du stade explose suite à l'ouverture du score du Nigérian Osaguona à la 61e minute. Les supporters dégringolent dans les escaliers, quelques sièges volent, les fumigènes sont de sortie. Mais la joie sera de courte durée. Le Raja laisse des espaces, affiche un manque flagrant de sérénité, et son milieu de terrain (en dents de scie tout le long de saison) rechute en termes d'intensité et de précision dans les passes.


Le WAC sort la tête de l'eau, égalise dans le dernier quart d'heure et assomme son adversaire avec un second but à la 89e. Deux actions similaires, le Gabonais Evouna s'échappe sur la droite, la première est conclue par un but contre son camp de Belmkadem, la deuxième par le premier but en pro de l'attaquant El Moutaraji (19 ans). Au tour des Rouges d'exulter. Paradoxalement, l'égalisation des Rajaouis 30 secondes après (tête d'Aqqal sur une sortie ratée du gardien wydadi) entraîne une clameur nettement moins forte que sur le premier but. Certains supporters ne réagissent même pas. Nabil soupire : « C'est une mise en scène. Ils ont préparé ça avant. On fait match nul, ça aide les autres pour le titre, et comme ça, y a pas de grabuge à la sortie du stade, le tramway et les magasins seront épargnés. C'est une blague, il s'est quasiment rien passé à part les buts, on mérite mieux que cette mascarade. » 2-2, le stade se vide sans incident notable. Les deux parties rivales vont refaire le match pendant une petite semaine, et reprendre la cohabitation faite de chamailleries permanentes qui, au fond, fait le charme de leur quotidien. Et cela durera jusqu'à la fin des temps.

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Par Farouk Abdou, à Casablanca
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Et aussi 1300 arrestations apres le match.
1300 arrestations AVANT le match. La grande majorité a été relâché pendant le match. C'est juste une manière de garantir (ou plutôt d'essayer) la sécurité autour du stade
Tres bon derby, bon boulot farouk
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