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Les maux bleus

Ce soir, Chelsea joue le match de la dernière chance à Manchester pour espérer glaner un trophée cette saison, le seul qui manque à son palmarès. Mais pour cela, Ancelotti doit revoir tous les plans de la maison blue. Chiche ?

S'inventer un avenir en convoquant le passé. Chelsea n'a pas beaucoup d'autres choix pour tenter d'inverser le cours d'une histoire qui semble irréversible. Dans 89% des cas, une équipe battue chez elle (0-1) en quarts de finale aller de Ligue des champions a foutu le camp au match retour. C'est dire si la mission des Blues s'annonce tendue. Et il faut bien le dire, Old Trafford n'est pas exactement le meilleur endroit pour faire mentir les statistiques. Non seulement, Manchester United n'y a pas été battu cette saison, ce qui suffit déjà, en l'état, à annuler les chances londoniennes, mais surtout il gagne presque toujours (un seul nul concédé). Alors oui, il faut descendre aux archives et retrouver la trace du dernier déplacement de Chelsea chez les Red Devils pour trouver une lumière : la dernière défaite de MU chez lui est l'œuvre des Blues quand, sur la route du quatrième titre de l'histoire du club, Chelsea avait donné la leçon aux hommes de sir Alex Ferguson (2-1).

Un milieu mal balancé

Alors évidemment, s'il faut se trouver une DeLorean équipée d'un machin-truc à rompre le continuum espace-temps pour se retrouver en situation de vaincre les leaders de Premier League chez eux, autant d'ores et déjà imprimer le nom de Manchester United sur le programme de la demi-finale. Mais Carlo Ancelotti peut sans doute y chiner de quoi rééditer cette performance qui aujourd'hui serait un exploit. Au vrai, c'est de toute son histoire depuis plus d'une demi-douzaine d'années qu'il faut s'inspirer. Avec ces trois chiffres qui ont longtemps fait la marque de fabrique du club de Roman Abramovitch : 4-3-3. On n'aura pas la prétention de vouloir enseigner la chose tactique à Ancelotti, double vainqueur de la C1 sur le banc de Milan. Mais sérieusement, le 4-4-2 Carlo ??!!? Enfin, plus précisément, ce 4-4-2 Carlo ??!!? Car tant au milieu qu'en attaque, cette configuration ressemble à non sens à Chelsea. D'ailleurs, la seule fois depuis janvier que les Blues se sont présentés dans ce système, ils avaient paumé (0-1 face à Liverpool). Il y a une semaine, le choix d'un milieu à quatre avec Ramires, demi défensif axial de formation, en tant que milieu de couloir droit avait interpellé. Manchester, lui, n'a pas été interpellé mais a exploité la propension du Brésilien à se recentrer, pour balancer dans son dos pour Giggs, son contrôle, sa vision, sa qualité de passe et tutti quanti jusqu'à la conclusion de Rooney.

La théorie de l'espace vide


Et puis, on ne va pas tourner autour du pot, l'autre sujet d'étonnement (pour rester sobre) sur les choix d'Ancelotti concerne l'association de Fernando Torres et Didier Drogba. On l'avait écrit avant même la première manche : c'est sans doute le duo le moins complémentaire qui soit. Tant l'Espagnol que l'Ivoirien aime aller dans la profondeur et toujours dans l'axe, même si Drogba sait s'inscrire dans un rôle de joueur de pivot sur lequel table, peut-être, le coach des Blues pour faire naître une relation technique dont, pour résumer la pauvreté, on rappellera un chiffre amusant : cinq, comme le nombre de passes réussies entre les deux joueurs avant le match aller, toutes compétitions confondues, dont une... lors d'un coup d'envoi ! Et finalement, pour tous les afficionados du tableau noir, ce duo si mal assorti a étalé au grand jour tout le piège que cela constitue dans un 4-4-2 : cet espace vide, comme l'écrirait le metteur en scène Peter Brook, qui règne entre les deux milieux axiaux et les deux attaquants, fatal à l'animation et la création d'espaces. Tout le contraire, au hasard, de la même mise en place réussie par Ferguson avec un Rooney qui, lui, décroche dans cet intervalle-clé en laissant le soin à Chicharito de fixer la charnière centrale.

Ceci étant dit, on blablate, on blablate, mais si sur le petit centre enroulé de Drogba, la déviation subtile de Torres n'avait pas trouvé le poteau, on aurait certainement parlé du choix payant de Chelsea et du fait que deux grands talents finissent toujours par se trouver à un moment ou à un autre, même le temps d'une seule action. Au fond, c'est tout le dilemme d'Ancelotti au moment de s'avancer vers cette seconde manche : s'appuyer sur une certaine logique qui incite à revenir aux fondamentaux de la maison bleue ou faire confiance au talent pur et à cette par d'irrationnelle qui, parfois, déjoue toutes les analyses. C'est un drôle de pari. Celui de la dernière chance, certainement...

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