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  2. // 9e journée
  3. // United/Chelsea (1-1)

Les leçons tactiques de Manchester United – Chelsea

Si la Premier League est célèbre pour son football fait d'intensité et de duels, Louis van Gaal et José Mourinho ont été élevés dans des pays où les idées ont un rôle à jouer, même face au talent. Retour tactique sur le choc entre Chelsea, leader incontesté, et Manchester United, géant fragile.

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Après une saison de transition qui aura apporté bien plus de joies que prévu, l'été de Chelsea a été pointilleux et chanceux : les bons joueurs, au bon moment. Le leader logique de la Premier League se présente à Old Trafford avec un effectif capable de « contrôler le jeu » , dixit Mourinho, mais sans Diego Costa. Matić-Fàbregas au centre, la triplette Hazard-Oscar-Willian devant, et l'éternel Didier Drogba. En face, Van Gaal l'accueille alors que son Manchester United est encore à un stade où les idées naissent et disparaissent rapidement : Rojo dans l'axe de la défense à quatre, protégée par les courbes de Blind et l'impact de Fellaini dans un milieu inspiré par Mata, entre deux couloirs animés par Januzaj à gauche et Di María à droite. Libre devant, Van Persie joue bien plus entre les lignes que Falcao.

Le pressing de Van Gaal, les solutions de Chelsea


Par rapport à la saison dernière et hormis Diego Costa, la grande force de Chelsea est de pouvoir compter sur un milieu capable d'accélérer et lancer, mais aussi de respirer et faire courir. Alors, Van Gaal a un plan : couper les destinations de relance de Cahill et Terry. Matić, Fàbregas, Filipe Luís et Ivanović se retrouvent pris par un marquage individuel rigoureux qui implique Di María, Januzaj, Fellaini, Van Persie et Mata. Ayant compris l'affaire, Cahill prend l'initiative de monter seul, et crée forcément le danger (et du risque). Mission accomplie pour Manchester ? Oui et non, car les Rouges ne récupèrent pas pour autant la balle. Filipe Luís ne cède pas à la tentation du petit pont sur Di María (il attendra Fellaini) et Matić recule pour manœuvrer. Un pressing stérile face à une relance stérile. Chelsea choisit donc l'option des transversales d'Ivanović et Cahill, dans le même rôle que David Luiz la saison passée. Drogba reçoit des ballons, mais il est trop esseulé pour en faire autre chose qu'un coup franc. L'autre option est d'accélérer sur des touches, des transitions, des soupirs, en cherchant directement Hazard ou Drogba.

Mais Chelsea n'est pas venu en leader conquérant : l'équipe est ordonnée et équilibrée, et Cahill et Terry n'ont jamais besoin de jouer aux héros, mais les cages de De Gea ne sont pas prises d'assaut. Ivanović ne monte pas, Fàbregas et Matić quittent rarement leur poste, et les Blues ne s'étirent que par l'intermédiaire de quelques courses folles de Willian. Bref, un bloc très compact. En phase défensive, Chelsea lance Oscar au pressing, alors que Drogba montre rapidement qu'il ne peut pas courir comme Diego Costa (et personne ne peut lui en vouloir). Willian défend à droite, à gauche, dans l'axe, partout. Parfois, en suivant les mouvements de Mata. D'autres fois, en aidant la couverture du côté gauche. À droite, Ivanović repousse tout seul les assauts de Shaw et Januzaj en ayant besoin, au pire, de tacler au sol. Et sur son côté gauche, Hazard montre de l'application, mais l'utilité de ses replis n'est pas flagrante. Comme le dit Mourinho, « le problème d'Hazard, ce n'est pas la volonté. C'est de rester concentré pendant 90 minutes et savoir quand il doit revenir, et quand il ne doit pas revenir. »

Drogba, champion du monde des duels


En Premier League, l'importance de la vitesse, la puissance et l'intensité surpassent toutes les autres qualités nécessaires pour l'emporter. C'est un football de duels. Quand Arrigo Sacchi disait qu' « on croit toujours que le jeu naît des pieds des joueurs. Mais non, le football doit naître de l'idée ! » , il prenait aussi le soin de préciser que « tactiquement, les Anglais sont encore très, très en retard » . La semaine dernière, Mourinho expliquait à Gary Neville comment il était allé battre le presque-champion Liverpool à Anfield la saison dernière : « Liverpool voulait jouer avec Suárez et Sterling dans la profondeur, et Steven Gerrard devant les défenseurs. Donc j'ai fait jouer Lampard sur Stevie G, j'ai fait jouer un bloc très bas, et j'ai gagné. » Le bloc bas pour empêcher Sterling et Suárez de contourner les duels par leur vitesse, et Lampard-Gerrard pour contenir la création. Les duels, toujours les duels. Hier à Old Trafford, les duels auront dans un premier temps été annulés par le pressing de Van Gaal et la frilosité de Chelsea. Puis, à la 23e minute, Van Persie remporte son duel, conserve, décale, appelle, mais bute sur Courtois. Deux transitions plus tard, Rafael encaisse un corner évitable sous la pression de Drogba. Enfin, ces ballons qui volent, ces dégagements de la tête qui soulagent, ces tacles qui galvanisent. C'est la folie de la PL : les duels reviennent au premier plan.

À ce jeu-là, Drogba a conservé sa ceinture de champion du monde. La comparaison avec Van Persie ne met pas en valeur les qualités du gaucher : 40 ballons touchés contre 26 (un bon nombre de jolies déviations), et 6 duels aériens gagnés à 0. Paradoxalement, Chelsea ne met pas un ballon dans la surface, tandis que Di María et Januzaj réalisent respectivement 18 et 5 centres. Mais pourquoi tant de centres alors que ni Falcao ni Rooney ne peuvent les reprendre ? Manchester est aussi ordonné en phase offensive qu'au pressing : Di María ne cherche pas l'axe, et les pieds gauches de Mata et Januzaj ont rarement l'occasion de brosser un ballon. C'est finalement sur une action sans dynamique que Hazard fait la différence. Sur un dribble, il crée le mouvement. Drogba s'écarte de Smalling pour créer l'espace, Hazard s'infiltre, mais De Gea s'interpose. Sur le corner qui suit, Drogba s'impose au premier poteau au-dessus de Rafael ! Fellaini est sur Terry (et perd d'ailleurs le marquage), Smalling surveille Ivanović. Attention, voilà Chelsea : une équipe si forte sur coups de pied arrêtés que Drogba n'est qu'un troisième choix. Bilan : 20 duels aériens gagnés contre 11, sans Costa ni Azpi.

L'indispensable et malheureux Branislav Ivanović


Capable de combiner, centrer, prendre la profondeur et de devenir un point de référence dans les airs près de la surface adverse (presque un deuxième numéro 9), Ivanović a tout du meilleur latéral au monde. Hier, sa performance suffit pour analyser le match. Jusqu'à la pause, il ne monte pas (une consigne ?) : Filipe Luís finit à 53 passes, contre 26 pour le Serbe. Conséquence immédiate : sans aile droite, Chelsea ne peut faire remonter le bloc en renversant le jeu à partir des décalages d'Hazard. Mais même de loin, il se montre dangereux : c'est sa transversale qui met Oscar en position de centrer pour Drogba à la 42e. À la reprise, Chelsea retrouve des couleurs : celles du latéral aux traits d'ingénieur soviétique, qui obtient enfin l'autorisation de monter. Les Blues pressent plus haut, provoquent des pertes de balle, font trembler Rojo, et renversent enfin le jeu d'un côté à l'autre. Après l'ouverture du score, Van Gaal envoie Di María à gauche : pour faire reculer le Serbe ?

Après le 0-1, un nouveau match commence. Chelsea se range derrière sa réputation d'expert en contre, mais ne concrétise pas, alors que Manchester intensifie les centres, avec de plus en plus d'hommes dans la surface, dont la carcasse de Fellaini. Di María part alors provoquer Ivanović, avec succès, avec raison et avec l'aide d'un arbitre très généreux. Et c'est uniquement en l'absence du numéro 2 (expulsé) que Chelsea se montre fébrile dans les airs, et concède ce but au bout de l'après-midi. Décisif (ces buts contre Naples et Benfica…), constant, indispensable et malheureux. Alors que Chelsea s'en veut de n'avoir pas accéléré plus tôt, Manchester célèbre triomphalement un match nul obtenu dans son propre jardin. Les aléas d'une saison de transition, sans doute. Côté londonien, « la nouvelle philosophie basée sur une récupération rapide » dont Mourinho parlait l'an dernier est passée inaperçue. Mais, les philosophies peuvent-elles aussi choisir leurs matchs ?

⇒ Le compte-rendu du match Manchester United/Chelsea

⇒ Résultats et classement de Premier League

Par Markus Kaufmann À visiter :

Le site Faute Tactique
Le blog Faute Tactique sur SoFoot.com
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Les deux meilleurs coach étaient à Old Trafford hier, merci SoFoot pour l'article!
marche aussi pour le Centurion Drogba ou l'Infernal Wayne Rooney

https://imgflip.com/i/dimih
bon plan anti-Cesc côté United, ça a empêché comme il faut Chelsea de développer ses habituelles attaques placées. M'enfin si Chelsea gagne tout et fait des nuls contre le big four, tandis que City va perdre des points à Upton Park et autres Liberty Stadium, ça va être tranquille pour le titre.
Nathan le blues belge Niveau : DHR
La présence de Fellaini a complètement empêché Fàbregas de jouer son jeu. C'est tout à son honneur vu toutes les critiques qui lui étaient faites en début de saison. Vraiment dommage de ne pas avoir pris les trois points. Meme si les statistiques disent le contraire on aurait dû gagner, faut tuer ce championnat au plus vite pour se concentrer sur la C1.(et encore je ne parle pas de l'arbitrage qui est un peu douteux.. Prise de catch sur Terry et Iva , la faute d'Ivanovic..y a réellement contact ?) Comme le dit Mourinho ce qui différencie le Chelsea 2014-2015 aux Chelsea 2004-2007 c'est le côté tueur. Le Chelsea version 1.0 détruisait ces adversaires meme à l'extérieur sans galvoder autant d'occasions. J'espère que ça ne nous jouera pas un mauvais tout meme si je suis plutôt confiant car on s'est deja déplacé à City, Everton et United sans perdre et qu'a domicile c'est dur de nous jouer... KTBFFH ! !
Message posté par Nathan le blues belge
La présence de Fellaini a complètement empêché Fàbregas de jouer son jeu. C'est tout à son honneur vu toutes les critiques qui lui étaient faites en début de saison. Vraiment dommage de ne pas avoir pris les trois points. Meme si les statistiques disent le contraire on aurait dû gagner, faut tuer ce championnat au plus vite pour se concentrer sur la C1.(et encore je ne parle pas de l'arbitrage qui est un peu douteux.. Prise de catch sur Terry et Iva , la faute d'Ivanovic..y a réellement contact ?) Comme le dit Mourinho ce qui différencie le Chelsea 2014-2015 aux Chelsea 2004-2007 c'est le côté tueur. Le Chelsea version 1.0 détruisait ces adversaires meme à l'extérieur sans galvoder autant d'occasions. J'espère que ça ne nous jouera pas un mauvais tout meme si je suis plutôt confiant car on s'est deja déplacé à City, Everton et United sans perdre et qu'a domicile c'est dur de nous jouer... KTBFFH ! !


Et on se déplace à Anfield juste avant la trêve , le bon moment pour les jouer ! Mourinho regardera surement 100 fois Liverpool-Real d'ici là :p
Plus ou moins d'accord, pour une fois, avec Markus. Je n'ai pas beaucoup vu jouer l'une ou l'autre équipe depuis le début de saison, quelques matches par ci par là, mais du côté ManU il y'a un manque de combinaisons entre les joueurs qui, s'il peut être mis sur le compte du manque de connaissance entre ceux-ci, n'est pas vraiment compensé par une organisation claire. L'idée de faire jouer Di Maria à droite dimanche, on peut imaginer que c'est pour le faire repiquer sur son pied gauche, un peu à la façon Messi première époque. Mais Rafael reste trop faible (ou trop exposé face à Hazard) pour proposer quelque chose dans le décalage ouvert. Du coup c'est stérile et Di Maria se retrouve mille fois un peu perdu au milieu, à se marcher un peu dessus avec Mata (qui fait un match un peu étrange), ou carrément à gauche, entassé sur Januzaj et Shaw (combien de gauchers au coup d'envoi du côté de United?) le temps que celui-ci finisse par permuter (Di Maria provoque l'expulsion d'Ivanovic côté gauche). Par contre je suis d'accord sur le gros match de Fellaini et sur la peur que peut représenter Blind lorsqu'il est seul (avec Herrera ça allait mieux) à faire le pivot.

En face, Hazard, lorsqu'il arrive à prendre un appui (cf. l'action avec Drogba) c'est fort. Mais est-ce qu'Oscar est vraiment l'homme de la situation du coup? Y'a pas quelqu'un d'autre sur le banc de Chelsea qui puisse servir davantage? Salah?
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