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Les leçons tactiques de France-Ukraine

Oui, le jeu des Bleus penche à gauche. Oui, Benzema ne joue pas vraiment avant-centre. Oui, Nasri joue très souvent dos au but. Mais cela fonctionne : les Bleus jouent bien à gauche, Benzema est bon en retrait et Nasri est excellent dans ses déplacements. La pluie, l’orage, l’interruption, la pression qui monte, le retard, le fait de jouer à l’extérieur, l’enjeu... Les excuses étaient nombreuses pour laisser le contexte prendre le dessus sur les consignes tactiques du Mister. Mais non, les Bleus sont restés concentrés et ont même franchi un cap hier à Donetsk.

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La défense tient

Avant le match, la solidité défensive était sans doute la préoccupation principale des Bleus. Blanc savait que le fait de jouer contre le pays hôte, dans un stade bouillant et totalement acquis à la cause ukrainienne, aurait compliqué la vie à sa défense. Hier soir, il fallait arrêter l’éternel Sheva, limiter les débordements de Konoplyanka et Yarmolenko et, enfin, fermer l’entrée de la surface aux frappes de Tymoshchuk et Voronin. Comment y arriver ? Tout simplement par le courage, c'est-à-dire en jouant avec une ligne de défense très haute et sans laisser le temps de respirer aux attaquants ukrainiens. Dès que Sheva ou Voronin recevaient le ballon, même dans leur moitié de terrain, Mexès et Rami les attaquaient instantanément. Et lorsqu'un des deux centraux montait, Diarra prenait place en défense centrale, assurant ainsi l'équilibre défensif.

À gauche, Clichy remplaçait Évra, mais le scénario voulu par le Président ne changeait guère : lorsqu'un latéral attaquait, l'autre tenait compagnie à la charnière centrale des Bleus. Ajoutez à cela la performance du « capitaine silencieux » Lloris, rassurant dans ses sorties et décisif sur Sheva, et il devient compliqué de prendre à défaut les Bleus. En effet, malgré quelques approximations inévitables de Rami, les Bleus n'ont laissé passer que deux tirs cadrés de tout le match. À titre de comparaison, il y a deux semaines, les Islandais en avaient cadré cinq... Le sélectionneur retrouve progressivement cette confiance qui fait tant de bien derrière.

La France est-elle une Espagne lente ?

Guy Roux a été clair : cette équipe de France commence à ressembler à quelque chose, mais, pour le moment, les Bleus ont surtout des airs de Roja lente. Un Benzema qui joue presque en faux neuf et le ballon qui circule partout sans jamais aller assez vite pour créer du danger ? On pense que c’est plutôt le contraire : la France est une Espagne qui joue trop vite. Car la première vertu des Espagnols, c’est la patience. Jeudi soir, Iniesta a de nombreuses fois renoncé à des contre-attaques s’annonçant pourtant juteuses et sexy. Il s’est arrêté, a attendu ses potes et a fait tourner. D’innombrables appels de Torres ont été jugés trop risqués pour tenter la passe en profondeur. Enfin, Xavi a réalisé 127 bonnes passes contre l’Irlande. Dont un bon nombre de passes en retrait. Pour quoi faire, a-t-on envie de dire ? Pour n’encaisser que deux buts lors du Mondial 2010. Et pour battre deux fois la machine allemande un à zéro. Plus que le spectacle de ses génies devant, l’Espagne est impressionnante par son contrôle défensif. Et c’est ici que nous devons souligner la distinction entre mentalité et philosophie de jeu.

Une équipe peut avoir une mentalité offensive ou conservatrice durant une vingtaine de minutes, mais quand Guardiola parle de « philosophie de jeu  » , il parle de fidélité : respecter les principes de ce jeu, de la première à la dernière minute, peu importe le score. L’action de la 65e ayant amené le poteau de Cabaye en est le bel exemple de la soirée. Pressing, conservation de balle, passes en retrait, circulation, trou, accélération, tir. Mais c’est presque le seul. Hier, les Bleus ont à nouveau attendu quinze minutes pour faire patiemment circuler le ballon et stopper le rythme fou que peut engranger une rencontre à l’enjeu si important. Évidemment, Diarra n’est pas Busquets et Cabaye n’est pas Xabi Alonso. Mais la France n’a pas encore cette philosophie de jeu : pourquoi pas en 2014 ?

Une France à gauche, et alors ?

Pour ce qui est de l’animation offensive, après une victoire 2-0 où les deux buts sont marqués dans le jeu par deux buteurs différents, on peut dire que tout va bien. Mais la France du football aime bien titiller. Du coup, elle crée deux faux problèmes : le déséquilibre offensif sur le côté gauche et les décrochages de Benzema. À gauche, l’équipe de France a longtemps combiné entre Benzema, Ribéry, Nasri et Clichy, alors que Ménez et Debuchy ont touché beaucoup moins de ballons de l’autre côté. Mais où est le problème ? Toute équipe doit jouer sur ses forces pour gagner. Ribéry, véritable leader technique de l'EDF, est dans une forme étincelante et il est normal qu'il soit au centre des attaques bleues. Il y a une différence majeure entre s’enfermer à gauche et ouvrir le jeu par la gauche.

Paradoxalement, concentrer les attaques sur Ribéry, Clichy et Nasri ouvrait énormément d'espace pour l’aile droite. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'ailier droit du PSG est l'auteur du premier but. En ce qui concerne le « problème » des décrochages de Benzema, hier soir, le buteur a effectué deux passes décisives en évoluant en retrait, sorte de deuxième pointe autonome. Les problèmes français seraient-ils en réalité les points forts des Bleus ? Finalement, face à une Ukraine moins disciplinée que l’Angleterre, ou plutôt moins consciente de ses faiblesses, l’équipe de France a eu plus d’espaces. À la place de prendre peur à l’idée de jouer son jeu dans une phase finale si importante, la France a su regarder l’Euro droit dans les yeux. Comme une vraie équipe. Gageons que Laurent Blanc aurait signé d’emblée si, en 2010, on lui avait dit que ses Bleus joueraient à l’Euro comme une « Espagne lente » .


Par Ruggero Lambertini et Markus Kaufmann

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