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Les jeunesses allemandes

Pas la peine de chercher bien longtemps les stars en Bundesliga: elles se comptent sur les doigts de la main. En revanche, depuis quelques années, l'Allemagne s'est transformée en fabrique à joyaux, supposés briller dans un avenir proche. Fini le temps où les Teutons alignaient des équipes aussi vieilles les unes que les autres. Aujourd'hui, c'est le règne des MJC.

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4 juillet 1998, Allemagne-Croatie, quart de finale de la Coupe du monde. Les Allemands, plus expérimentés, ne se méfient pas assez des Croates, dont c'est la première participation à un tel événement. Boum. 3-0, Jarni, Suker et compagnie règlent son compte à une Nationalmannschaft qui compte dans ses rangs des joueurs à l'ancienne tels que Jürgen Kohler (33 ans), Jürgen Klinsmann (presque 34), Andreas Köpke (36) et Lothar Matthäus (37). Bon, pas grave, pour la quatrième étoile, on repassera. Deux ans plus tard environ, le 20 juin 2000, la Mannschaft doit absolument gagner si elle veut avoir une chance de sortir de sa poule et aller chercher (là encore) un quatrième titre européen. Face au Portugal, il y a une chance, peut-être. Que dalle. Sergio Conceição est on fire, et claque les trois buts de la victoire. Boum. 3-0, encore. Humiliée, l'Allemagne sort de la compétition par la petite porte. En même temps, elle l'avait bien cherchée. Certes, d'un point de vue général, l'équipe avait été rajeunie par rapport à 1998. Mais dans le groupe, il y avait quand même neuf joueurs de plus de trente ans, dont Thomas Hässler (34 ans), Ulf Kirsten (35), et, sur le terrain, Lothar Matthäus, 39 (!) balais.

Il fallait donc réagir, et vite. Une Allemagne qui se fait sortir salement lors d'un premier tour de compétition, ce n'est pas l'Allemagne. De plus, une Allemagne dont la plupart des joueurs n'avancent plus, ce n'est pas l'Allemagne. L'Allemagne, c'est une équipe de jeunes fous qui courent partout et qui ne renoncent jamais. C'est du moins ce à quoi veut aboutir la Fédé allemande, la puissante DFB. Pour cela, deux règles à suivre: changer le système de formation et regarder à côté ce qui se faisait. «  Il est clair qu'à un moment donné ce n'était plus possible, il fallait absolument révolutionner le Nachwuchsarbeit [travail sur la formation] » , parle ainsi Peter Zeidler, ancien adjoint de Ralf Rangnick à Hoffenheim et actuel entraîneur du Tours FC: « Il fallait viser la qualité. Et pour nous, la qualité, c'était ce qui se faisait en France, avec notamment des entraînements le matin. Mais attention, on observait aussi ce qui se faisait chez nos voisins européens. Nos dirigeants se sont certes inspirés de l'école française, mais aussi de l'école hollandaise et espagnole » . Pas pour transformer les jeunes joueurs en peintres, loin de là.

Outre ce travail pur et dur sur la formation, les dirigeants de la DFB ont également cherché à coller avec les réalités sociales du pays. Ainsi, au cours de la dernière décennie, beaucoup de clubs ont commencé à s'intéresser de plus près à des joueurs d'origine étrangère (qui, malgré leur naissance sur le sol allemand, ne l'étaient pas pour autant, ndlr). De Turquie, bien entendu, mais aussi d'Espagne, de Grèce, du Cameroun... Le tout au moment où le Code de la Nationalité entrait en vigueur, soit en l'an 2000. Aujourd'hui, le résultat est édifiant. Zeidler toujours: « Regardez l'équipe des moins de 17 ans, celle qui est arrivée en finale de la Coupe du monde. La moitié des joueurs appartient à la troisième génération de travailleurs immigrés (sic). Je me réjouis de ce travail » . Et encore, il n'est pas ici question de la Nationalmannschaft, il y en aurait pour des heures.

Au Bayern, l'exception Thomas Müller

Forcément, si les jeunes sont talentueux, la Bundesliga subit du coup une véritable cure de jouvence. Il n'y a qu'à voir les nouvelles tendances, imposées par les entraîneurs, jeunes, eux aussi. Le Bayern a beau être l'ogre du championnat, les observateurs s'accordent à dire que le Borussia Dortmund et Mayence 05 sont les deux équipes qui jouent le mieux au football outre-Rhin. Et ces deux équipes sont respectivement coachées par Jürgen Klopp (44 ans) et Thomas Tuchel (38 ans), qui sont en poste depuis quelques années seulement, mais qui n'hésitent pas à bouleverser les habitudes teutonnes. « Oui, on peut faire confiance aux jeunes. C'est ce qu'a fait mon ami Thomas Tuchel, par exemple. Il a regardé ce qui se faisait ailleurs, et il a reproduit ce schéma en Allemagne. Par ailleurs, quitte à acheter des joueurs, autant prendre des jeunes, qui sont encore malléables, qu'on peut finir de former et que l'on peut inscrire dans une philosophie de jeu » , encore Zeidler. Vrai. Faire venir un Raul à Schalke coûte déjà un bras, alors plusieurs stars, et qui ont un certain âge... A quoi bon, quand on peut en former soi-même? Il n'y a qu'à regarder de plus près qui sont les acteurs de la Bundesliga. Le Bayern ne compte pas, c'est là que finissent la plupart des meilleurs joueurs du championnat. Une exception toutefois, avec la présence de Thomas Müller, un pur produit du centre de formation bavarois. Au Bayern, généralement, on ne blague pas: les deux derniers joyaux sortis s'appellent Bastian Schweinsteiger et Philipp Lahm.


Ailleurs, c'est beaucoup plus flagrant. Qui est amené à devenir le dépositaire du jeu à Dortmund, surtout depuis le départ de Sahin ? Gündogan (21 ans) certes, mais Götze (19) surtout. Qui est l'homme providentiel de Gladbach, qui a sauvé le club culte des seventies lors de ces dernières années ? Marco Reus (22 ans), évidemment. Hanovre, qui enquiquine tous les gros depuis l'an dernier, doit sa réussite à l'éclosion du portier Ron-Robert Zieler (22 ans) et sa paire de milieux Lars Stindl-Manuel Schmiedebach (22 ans aussi). Schalke veut laisser les clés à Lewis Holtby (21) et Julian Draxler (18). A Mayence et à Nuremberg, plus on est jeune, plus on a de chances de jouer, etc. On l'aura compris, en un peu plus d'une décennie, l'Allemagne a complètement changé de mentalité. Désormais, la jeunesse est au pouvoir, et le jeu des équipes de Bundesliga et de la Nationalmannschaft s'en ressent. Younger, better, faster, stronger. Toutefois, en bons perfectionnistes, les Allemands estiment ne pas encore être rendus. Le coach tourangeau « Nous sommes très contents de notre travail jusqu'ici, mais nous ne sommes pas encore arrivés au but. Nous pouvons encore apprendre. C'est ce que la France semble avoir oublié » .

Par Ali Farhat

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