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Les fumis de la démagogie

Vous allez voter aujourd’hui pour choisir vos députés et l’on souhaite sincèrement que le foot constituera alors le cadet de vos soucis quand vous mettrez vos bulletins dans l’urne. N’empêche, de tous les royaumes de la République, l’hémicycle ne se révèle pas le dernier où l’on cause ballon. Entre affaire de gros sous et démagogie de tribunes, nos députés savent mettre leur nez dans les affaires et les affres de la FFF et de la LFP.

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On connaît le marronnier. À chaque élection, la presse cherche le footeux qui se présente. Cette année, c’est Christophe Bouchet, ancien président de l’OM, de retour sur ses terres de Touraine pour briguer un mandat sous l’étiquette du Parti Radical, qui remporte le pompon de la visibilité médiatique. Les législatives ont même pris, en 2012, une nouvelle ampleur auprès de nos amis à crampons, notamment pour les joueurs qui évoluent hors de nos frontières en C1, Bundesliga ou en Liga, puisqu’ils peuvent désormais élire un des onze députés attribués aux Français de l’étranger (et même si on doute qu’ils suivent l’actuelle tendance y plaçant la gauche en bonne position, à la surprise générale, certes). De fait, si ce vote compte tant, c’est que, contrairement à une idée fortement répandue, le foot est bel et bien dans la République et qu’en conséquence, ce qui se décide et se dit au sein de la représentation nationale finit forcément par l’impacter. Sans oublier qu’en certaines circonstances et quand les instances fédérales ou pros se sentent débordées, dans notre Cinquième République tellement d’esprit monarchique, c’est toujours vers le pouvoir qu’on se tourne afin de régler les choses et, si possible, de servir de bouc émissaire en cas de fiasco.

L'exemple Knysna

Commençons par l’essentiel. L’Assemblée nationale reste, avec le Sénat, et avec un ascendant constitutionnel sur lui, le lieu où se vote in fine les lois. Et la France n’étant pas particulièrement avare en la matière, surtout au regard de la place qu’occupe la puissance publique dans le développement et l’organisation du sport, on le sent inévitablement passer. Il s’agit d’abord, sans forcément y penser en premier, des mesures d’ordre générale, comme la réforme territoriale qui réorganise les compétences des collectivités (et donc pèse sur les clubs amateurs) ou encore la loi Loppsi II qui criminalise de manière douce les supporters. Mais, naturellement, l'important réside dans les textes spécifiques, plus rares, comme la loi présentée par le député UMP Bernard Depierre, relative à l'organisation du Championnat d'Europe de football de l'UEFA, qui délimite un espace de dérogation généralisée pour le financement de la construction ou de la rénovation des stades de l’Euro 2016 ou la suppression du DIC, astucieuse diversion en pleine polémique sur le bouclier fiscal (qui, au passage, devait rendre heureux quelques pros, sans pour autant les retenir dans l’Hexagone).

L’autre facette du travail de nos députés se concentre sur les commissions et les rapports qu’elles produisent (sans être toujours suivis d’effets ou de traductions législatives). Les plus connues sont habituellement les commissions dites d’enquête, dont la plus célèbre de la dernière législature demeurera, sans conteste, celle établie après Knysna (avec les inévitable tweets en cachette de ce pseudo huis clos). Toutefois, elles ont un peu trop tendance à éclipser le boulot routinier de la fameuse commission des affaires culturelles et de l'éducation qui, à défaut d’être toujours écoutée, fournit de quoi alimenter quelques papiers de fond pour les journalistes accrocs à ce genre de sujets et assurer la formation continue des futurs ministres, telle aujourd’hui Valérie Fourneyron, qui a ainsi eu l’occasion d’y fourbir ses armes et ses arguments, par exemple au sujet de la « gouvernance des fédérations sportives » .

Tribune unique

Enfin l’assemblée conserve, même à l’heure des réseaux sociaux, sa première fonction de tribune unique pour les députés face à la nation et l’occasion pour les anonymes de briller devant les caméras (nous ne pensons pas aux faibles audiences de LCP). Pour cela, il s’avère évidemment plus profitable de s’emparer d’un scandale ou d’une actualité en relation avec le foot pour tenter, un tant soit peu, d’apparaître sur les radars des médias. Ainsi, en novembre 2009, Philippe Meunier, de l’UMP, interpella gravement Monsieur le ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer et des Collectivités territoriales, à propos des drapeaux français arrachés ou brûlés suite à des débordement de supporters de l'équipe nationale d'Algérie et « des violences physiques inouïes » à Marseille lors du report du match OM-PSG.

Cela dit, l’exemple de la modération ne vient pas forcement d’en haut et l’on se rappelle la posture extatique et quasi-gaullienne d’une Roselyne Bachelot après le naufrage des Bleus, quand elle dressait, le 25 juin 2010, devant l’Assemblée nationale, le portrait apocalyptique de l’équipe de France : « Je ne peux que constater comme vous le désastre avec une équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés.  » Elle fut, par la suite, moins émue par les marges de manœuvre, à la limite de l’escroquerie légalisée, offertes gracieusement aux agents ou par les libertés garanties aux nouveaux sites de paris en ligne. Espérons que la nouvelle assemblée saura davantage conserver le sens des priorités et traiter le football selon sa juste place, un secteur comme un autre de la vie sociale et économique. Vu le contexte, on doute que la droite abandonne un si bon filon (il faut bien continuer à flatter les électeurs du FN) et que la gauche se prive de son lyrisme habituel sur le foot fraternel et éducatif.

Nicolas Kssis-Martov
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