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Les Fennecs en aveugles

Les caillasses du Caire sur le bus algérien sont bien loin. La liesse née de la qualification pour ce Mondial aussi. La CAN en Angola est en effet passée par là et a montré, plus que ses forces, les faiblesses d'une Algérie atteinte de myopie. Diagnostic.

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28 janvier 2010, aux alentours de 23 heures, à Benguela. L'Algérie termine sa demi-finale de CAN contre l'Egypte en collectif de rap, à huit sur le terrain. Les Pharaons se vengent par un cinglant 4-0, rappelant que, malgré leur non-qualification pour la Coupe du Monde, les boss du continent ne pouvaient pas être de simples fennecs. L'épisode est dur à digérer. L'Algérie, qui pensait avoir retrouvé une bonne vue avant cette CAN, arrive au Mondial avec un horizon bien flou. Le constat est aujourd'hui plutôt limpide : les Fennecs ne peuvent plus voir de loin tant les matches de préparation ont été décevants (défaites contre la Serbie et l'Irlande, victoire étroite contre les Emirats Arabes Unis).

Ils ont au moins mis en lumière les faiblesses de la sélection algérienne. Derrière notamment, la triplette Halliche-Bougherra-Yahia manque cruellement d'automatismes, n'ayant pu jouer ensemble que contre les modestes Emiratis. Au milieu, l'indéboulonnable sentinelle capitaine Yazid Mansouri est tellement inamovible qu'il vient de perdre son poste et son brassard - « cette décision est motivée par des considérations purement techniques. Il doit prendre exemple sur Thierry Henry, qui a accepté la décision de son entraîneur pour l'intérêt de l'équipe » dixit coach Saadane – et a quitté la pelouse du stade Playmobile de Fürth contre les Emirats en pleurant. Devant, le duo Djebbour-Ghezzal n' a pas inscrit le moindre cageot et a moins fière allure qu'un Drogba-Kalou en Côte d'Ivoire, qu'un Eto'o-Webo pour le Cameroun ou que le seul Gyan pour le Ghana. Quant au gardien de but, prions pour les Algériens qu'il n'aura pas grand chose à faire tant Faouzi Chaouchi a entretenu la réputation des portiers africains en bois, la foune de Ronaldo version 2002 sur le haut du front en prime. Oui, cette équipe paraît aux côtés de l'Afrique du Sud, comme la nation africaine la plus faible du plateau 2010. Et encore, les Sud-Africains jouent au moins à domicile. Cette Algérie est clairement inexpérimentée, expérimentale parfois, imprévisible surtout. Elle est capable de se prendre une pile en ouverture de CAN contre le Malawi (3-0), comme d'aller gagner contre le favori Côte d'Ivoire (3-2) au mental en quarts de cette même CAN, pour aller tout foutre en l'air contre l'Egypte en demis (4-0).

Mais alors, est-elle en Coupe du Monde par hasard ? Clairement non. Techniquement, elle peut s'appuyer sur quelques valeurs sûres (Yebda ou Ziani) et une redoutable efficacité sur coups de pied arrêtés. Mentalement ensuite, c'est peut-être ce qui se fait de mieux sur le continent africain. Aller glaner son ticket de mondialiste à Khartoum contre l'ogre égyptien n'est pas une mince affaire, aller en demi-finale de CAN malgré une entame catastrophique non plus. Cette Algérie-là n'est jamais aussi bonne que quand elle se retrouve dos au mur. Fière, cette sélection se dépasse quand tout le monde la donne perdante, quand l'adversaire vaut le coup aussi. Et pour une fois, elle peut sentir le soutien total de sa fédération, qui, jusqu'il y a deux ans n'avait pas brillé par son implication. Désormais la question est de savoir où penche la balance avant l'entame de la compétition contre la Slovénie : une Algérie dos au mur après sa piètre préparation donc difficile à battre ou une Algérie pas suffisamment excitée par la modeste Slovénie ? Nous saurons aujourd'hui si les Fennecs ont retrouvé la vue, et peuvent espérer voir un peu plus loin que le bout de leur museau.

Ronan Boscher

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