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Les enseignements tactiques de la phase de poules

La dictature des numéros 8, le manque de folie offensive, les dribbleurs et numéros 9 disparus, et enfin l’influence des automatismes du monde des clubs greffés sur certaines sélections : voilà les enseignements tactiques des poules de l’Euro.

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La Coupe du monde 2010 sud-africaine avait anobli le 4-2-3-1 et salué avec élégance le retour en scène éclatant du trequartista : Sneijder, Özil, Forlán et même Iniesta, créateur ultime. Deux ans plus tard, l’Euro en Ukraine et Pologne avait remis au goût du jour les 9 sauveurs de la patrie et les milieux architectes de la partie : Pirlo, Xabi Alonso, Xavi ou encore Schweinsteiger. Au Brésil en 2014, le Mondial avait retapé le statut antique de la défense à trois (et cinq) et sali le blason des numéros 9. Enfin, l’an passé au Chili, la Copa América nous avait mis en scène des numéros 10 à l’aise dans la possession et avait offert un mois de culte au milieu défensif sud-américain, bouclier mobile faisant office de système de jeu défensif. Après déjà 36 rencontres de l’Euro français, que peut-on déjà observer des tendances tactiques de notre football européen ?

La pauvreté apparente

C’est l’aristocratie du football. L’élite du jeu. Les patronnes et les marraines du ballon réunies pour une messe d’un mois. Peu importe si le centenaire de la Copa América se joue au même moment aux États-Unis dans le temple du sport moderne, car du 10 juin au 10 juillet, le football européen a décidé de se célébrer. Deux ans après le 7-1 de l’Allemagne au Brésil, et malgré la présence de l’extra-terrestre Messi sur l’autre continent, le football européen a abordé cet Euro avec des airs de dictatrice sophistiquée. Pour résumer, c’est là que ça se passe. Ou plutôt que ça devrait se passer. La Roja et la Mannschaft pour le jeu, l’Angleterre pour l’histoire (ancienne), l’Italie et la France pour la culture et l’amour, le Portugal, la Suède et la Pologne pour les danseurs étoilés. Pourtant, la messe sonne creux. En 36 matchs, le public a vu 69 buts, soit un but toutes les 47 minutes. Signe que le jeu développé est insuffisant, timide, terrifié : tout juste un tiers des buts a été marqué en première période (24).


Si certaines logiques sont respectées – Allemagne et Espagne mènent la danse de la possession avec respectivement 65% et 61% - la Hongrie et le pays de Galles se sont invités à la table de la meilleure attaque (6 buts marqués). Difficile d’analyser ce manque de folie avec du recul. Le nouveau format de la compétition s’impose de façon consensuelle comme le principal coupable (facile, en plus), comme l’a démontré le déroulement du groupe F lors de la dernière journée, la première décisive. Sur le terrain, cette sécheresse s’est transcrite en blocs compacts mis en place plus ou moins intelligemment dans des situations plus ou moins urgentes. Même l’Angleterre a affronté trois blocs défensifs, alors que sa tradition impose un football de transition rythmé. Finalement, les matchs pleins de nuances ont été rares, avec Espagne-Croatie en tête. Dans un tel contexte, le spectacle s’est accroché à deux sauveurs : les exploits individuels et les automatismes préexistants.

Reproduction des élites nationales

La question est innocente : quelle sélection joue à un niveau de football de club dans cet Euro 2016 ? La réponse est subjective, mais pas trop : l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie et, dans une moindre mesure, l’Angleterre et la Croatie. On pourrait également insérer l’Islande dans la liste, pour la cohérence absolue de son projet de jeu. Si les deux dernières restent des cas à part, les quatre premières sortent du lot par l’influence venant des automatismes de leur champion national. L’Espagne en est le meilleur exemple, avec l’influence barcelonaise (Piqué, Busquets, Iniesta, Cesc, Pedro, etc.) et l’expérience accumulée par tous les membres de la sélection, comme le démontrent les automatismes entre Ramos et le reste de la relance espagnole, ou encore les mouvements de Silva entre les Barcelonais. L’Allemagne, elle, tire son jeu de position de la domination nationale du Bayern (Neuer, Kimmich, Boateng, bientôt Hummels, Kroos, Müller, Götze, et d’autres). L’Italie évolue dans le schéma qui a consacré la Juve sur la scène locale (le quatuor Buffon-Barzagli-Bonucci-Chiellini, et surtout Antonio Conte) et compte sur un improbable noyau du cru 2011 de Cesena (Éder, Candreva, Parolo, Giaccherini). Enfin, la fluidité du jeu de l’Angleterre est une conséquence directe du projet de Pochettino à Tottenham : Dier, Walker, Rose, Alli, Kane. Alors que la Russie est l’exception qui confirme la règle (13 joueurs du CSKA et du Zénith), il est difficile de ne pas penser à l’ossature parisienne autour de laquelle les Bleus auraient pu se construire dans un monde parallèle : Sakho, Kurzawa/Digne, Jallet, Matuidi, Cabaye, Rabiot, Coman, Gameiro. On peut aussi mentionner la filière lyonnaise sous-exploitée (Lloris, Jallet, Umtiti, Gonalons, Fekir, Valbuena, Lacazette et d’autres) ou même les automatismes niçois (Ben Arfa, Koziello). Des occasions manquées ?

Et l’art du dribble ?

Dans la pénombre des blocs compacts, seuls certains talents ont les ressources individuelles pour contrer les forces collectives dominantes. Ce talent, c’est une capacité d’accélération, une frappe de balle hors du commun ou un dribble : une action capable de créer du déséquilibre. Or, qui dit déséquilibre dit couloirs et ailiers. Malheureusement, alors que les situations de jeu avaient tout fait pour les mettre en valeur, les 7 fantaisistes n’ont pas su saisir cette opportunité. Diego Latorre, ex-créateur de Boca Juniors et analyste pour la télévision argentine, commente : « Il y a peu de bons matchs lors de cet Euro. La majorité des équipes sont monotones avec le ballon et il n’y a pas de déséquilibre individuel. La culture de la passe s’est développée, mais il manque un ingrédient essentiel en attaque : l’improvisation du dribble. » Touché. Dans le développement de son analyse, Latorre mentionne « la tension excessive qui entoure l’Euro » par rapport à « l’ambiance cordiale et détendue qui est observée dans les stades nord-américains » pendant la Copa América. En clair, le débat tactique se concentre sur des schémas et sur une analyse d’efficacité de la circulation de balle des différents participants en tant que masse collective, mais les ressources individuelles ont été oubliées. Au cœur du jeu, Payet, Hamšík et Silva nous ont rappelé le pouvoir des pieds bien éduqués. Mais alors que les ailes devraient être créatrices de jeu, les ailiers dribbleurs décevants sont trop nombreux : Sterling, Hazard, Draxler, Nolito, Yarmolenko, Quaresma, Martial, etc. Cette dimension donne encore plus de perspective aux performances de Perišić, Weiss ou encore Gareth Bale. Messieurs, en phase finale, osez le dribble.

Quel mal touche les 9 ?

Déjà après la Coupe du monde 2014, on s’inquiétait d’un classement des buteurs dominé par un numéro 10 et des attaquants de soutien, souvent placé sur le côté (Neymar, Messi, Robben, ou encore Müller, même s’il était partout et nulle part). Deux ans après, dans un Euro d’une pauvreté offensive rare, facile de pointer du doigt les finisseurs, d’autant plus que tout le monde semble avoir tiré un trait sur le concept de faux 9 (à l’exception du début de tournoi de Mario Götze). Certes, Álvaro Morata trône en tête avec ses trois réalisations en trois matchs, mais il est à égalité avec Gareth Bale, un arrière gauche repositionné qui a trouvé deux fois la mire sur coup franc. Derrière, Romelu Lukaku, deux buts à bout portant et globalement décrié dans son propre pays, qui ne sait pas laquelle de ses quatre pointes est la plus méritante, et Stancu, deux penaltys. Derrière, les goleadors enrayés viennent facilement à l’esprit – Lewandowski, Mandžukić –, alors que CR7 a mis beaucoup de frappes et connu beaucoup d’échecs avant de se mettre en route. Le cas de l'Angleterre est d’ailleurs symptomatique, plus encore que celui de la Belgique : une multitude d’hommes sortant d’une grosse saison, et personne pour s’imposer, à l’image de Kane, incapable de cadrer un seul tir. Certes, Vardy et Sturridge ont tous deux marqué, sans pour autant inspirer la crainte à long terme. Idem pour Olivier Giroud ou Graziano Pellè, deux joueurs de devoir avant tout. Pourtant, l’espoir existe. Lors de la dernière journée, deux hommes propulsés titulaires ont fait le travail : Mario Gómez et Nikola Kalinić. Et comme on sait qu’il faut statistiquement un grand buteur pour gagner un Euro, il serait temps de se réveiller.

Par amour du 8

Sans buteur, sans ailier, il fallait forcément des héros à cet Euro. Irrémédiablement, les élus évoluent au milieu, souvent en barycentre. Iniesta s’est imposé en véritable leader de l’Espagne, faisant fleurir de nouveau les comparaisons et les oraisons non funèbres. Toni Kroos a dessiné des trajectoires et pris l’Allemagne à son compte, comme en 2014, surtout sans Schweinsteiger et malgré Özil. Dans les pays moins riches en talent, le jeu repose d’autant plus sur les épaules de l’architecte : Ramsey, Hoolahan, Hamšík. L’exemple croate est également particulièrement frappant. Ainsi, dans ce qui est peut-être la plus belle équipe jusqu’à présent, Modrić et Rakitić se partagent les dessins. Quoi de mieux qu’un milieu Real-Barça ? Un mot également sur Paul Pogba, dont le rendement et l’influence vont croissant, à l’image de ses prises de position et ses barres. Démonstration contraire : si l’Autriche a autant déçu, c’est surtout parce que son maître à jouer, David Alaba, n’a pas été à la hauteur.

Par Charles Alf Lafon et Markus Kaufmann
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