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Les disparus de l'Yonne

Putsch, recrutement raté, formation à l'arrêt, cadres absents, dirigeants atypiques. L'AJ Auxerre vit dans l'excès depuis quelques années. Dimanche dernier, le couperet est tombé, et les Bourguignons joueront l'année prochaine en Ligue 2.

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1993, Stéphane Mahé s'avance pour son tir au but alors que les deux équipes n'ont pas tremblé durant la première série. Il s'élance. Son pied tremble et Stefan Klos, le portier du Borussia Dortmund, détourne la gonfle. Auxerre pleure. Mahé, lui, chiale, godasses à la main. Après une remarquable campagne européenne (élimination de l'Ajax en quart de finale), les Icaunais laissent filer les Allemands en finale de la Coupe de l'UEFA. Voilà, c'était ça, l'AJ Auxerre. Une équipe capable de tutoyer les sommets européens et de donner de l'Amour.

Putsch

Depuis dimanche dernier, Auxerre sait que son avenir proche s'écrira en seconde division. A l'étage inférieur où son palmarès ne servira plus à rien (1). Alors que le club participait encore à la Ligue des Champions l'an dernier, le sol s'est dérobé sous ses pieds. Presque logiquement serait-on tenté de dire. La faute à une gestion à la va-comme-je-te-pousse de la part des dirigeants historiques. 2009, Jean-Claude Hamel, président depuis Mathusalem, laisse péniblement la main à son successeur Alain Dujon. Un lambda. Dujon s'attèle à restructurer le club. Il assainit les finances et accroche une belle troisième place en 2010 avec Jean Fernandez sur le banc. Le soleil brille dans l'Yonne. Sauf qu'au printemps 2011, le gang des retraités du triumvirat Hamel-Roux-Bourgoin décide de reprendre le club en main. Le putsch est officialisé et Alain Dujon est débarqué. Salement. Sans ménagement. Dans la foulée, Gérard Bourguoin devient président. C'est le début du grand n'importe quoi...

Aujourd'hui, Auxerre paye un certain nombre de ses saloperies. Outre sa guerre interne, on peut pointer du doigt un recrutement raté. Le cas Devlin Ndinga est symptomatique. Brillant l'an dernier, le milieu de terrain se voyait déjà à Lyon au cœur de l'été. Pas ses dirigeants. Hasard ou pas, il aura traversé la saison comme une ombre. À ses côtés, Haddad, Ben Sahar et Édouard Cissé, n'ont pas réussi à maintenir le navire à flot. Finalement, l'AJ Auxerre s'est coulée toute seule. Pis, le club s'est renié. Oubliant son histoire, son mode de fonctionnement et son ADN (le fameux 4-3-3). Pour preuve, cette gestion calamiteuse du cas Laurent Fournier. Le coach est passé par tous les états : adulé, menacé, conforté, isolé puis viré. Une première dans l'histoire du club.

Qui sur le banc ?

Pour le moment, les langues ne se délient pas encore dans la presse. Bourgoin dit assumer. Guy Roux, lui, charge ses collègues sans vraiment s'inclure dedans, en estimant que « c’est une lente régression qui arrive au point aujourd’hui. Ça va être dur de s’en remettre. » Même Édouard Cissé, arrivé seulement l'été dernier, admet que le club s'est sabordé sans aide extérieure : « Tout le club doit faire son autocritique parce que ce n'est pas seulement cette année, cela faisait quelques saisons, aux dires des anciens, que le club n'était pas en adéquation avec le haut niveau. » Difficile de comprendre comment un club comme celui-ci a pu s'éloigner de ses valeurs à ce point. Où sont les jeunes pousses, par exemple ? C'est une question que tout le monde se pose. Notamment au sein d'un club qui a envoyé en équipe de France des Éric Cantona, Basile Boli, Jean-Marc Ferreri, Philippe Mexès, Djibril Cissé, Younès Kaboul ou encore Bacary Sagna. Tous sont passés par la célèbre "Pyramide", du nom du bâtiment principal du centre de formation. Mine de rien, l'AJA compte six Coupes Gambardella à son actif (un record en France).


En Ligue 2, ils ne seront pas nombreux à rester au club (on parle de Sorin, Hengbart et Contout, entre autres). Ce sera donc aux jeunes de redorer le blason : Raphaël Calvet, Cyriaque Rivieyran, Souahilo Meïté, Christophe Missilou ou Yayya Sanogo, annoncé depuis longtemps comme un crack. Au-delà du casting sportif, il faudra avant tout dégoter un capitaine de navire. Parce que, pour le moment, le plus grand flou entoure l'avenir de Jean-Guy Wallemme. Appelé à la rescousse, le coach a laissé entendre qu'il ne poursuivrait pas l'aventure après le 20 mai. Alors qui ? Alain Fiard, le célèbre adjoint ? Johan Radet, le coach de la réserve ? Raphaël Guerreiro, celui des U17 ou alors, encore plus fou, un troisième come back de Guy Roux ? Honnêtement, tout est possible dans un club où l’abbé Deschamps, fondateur religieux du patronage auxerrois, avait prévenu en son temps que « l’AJA est bâtie sur pierre, l’AJA ne périra pas. » On l'espère de tout cœur.

(1) Quatre Coupes de France (1994, 1996, 2003, 2005), un titre de champion de France (1996), une demi-finale de Coupe de l’UEFA (1993) et un quart-de-finale de Ligue des Champions (1997).

Par Mathieu Faure
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