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Les desseins défensifs de Pep

Après avoir posé les premières bases de son Manchester City contre Sunderland samedi, Pep Guardiola ouvre mardi soir les premières pages de sa campagne européenne en Roumanie. Avec une question encore centrale : comment a-t-il préparé sa défense ?

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Derrière son pupitre, il parle comme un architecte. L’homme fascine toujours au moins autant qu’il questionne. Lui, enfoncé dans sa veste cintrée, tranche la situation : « Dans le monde d’aujourd’hui, les gens sont effrayés de prendre les décisions que j’aime prendre. » Pep Guardiola est comme ça. Il a ses idées et ses dogmes, mais il n’a surtout jamais peur. Pour le moment, il évoque son Manchester City comme un chantier « en construction » à partir des « premières bases » qu’il a déjà posées depuis son arrivée au début du mois de juillet dernier. C’est aussi une histoire de choix. Celui de poser Joe Hart sur le banc au profit de Willy Caballero dès la première journée de championnat, d’installer David Silva dans un rôle de milieu relayeur ou encore de dessiner un 4-1-4-1 qui se tourne en 3-2-4-1 en phase offensive.


Pour son entrée dans le bal de la Premier League, Guardiola n’a pas cédé et a gagné contre Sunderland (2-1). Dans la douleur, en toute fin de match oui, mais il a gagné et c’est finalement le plus important. Et ce, même si on l’a vu bouger pendant l’ensemble des 90 minutes de la rencontre, laissant penser qu’il n’était pas totalement satisfait du spectacle auquel il assistait. Car derrière la puissance offensive qu’on connaissait déjà à Manchester City, la principale interrogation était ailleurs : comment Guardiola va-t-il reconstruire l’équilibre défensif à l’Etihad Stadium ?

Sagna et Clichy, les relayeurs


Les souvenirs du passé sont encore vifs. La dernière saison de City en Premier League peut se raconter en deux parties : d’un côté, les gifles mises à Newcastle (6-1), Chelsea (3-0), Bournemouth (5-1), Sunderland (4-1) ou encore Crystal Palace (4-0) ; et de l’autre, les corrections à Tottenham (1-4), face à Liverpool (1-4) ou Leicester (1-3) et encore au retour à Anfield (0-3). Comme un grand écart perpétuel entre le feu offensif et la glace défensive d’une équipe qui n’a terminé que cinquième défense du championnat avec 41 buts encaissés, ce qui était hier son point fort. Alors oui, il y a les blessures à répétition du capitaine Vincent Kompany, encore en période de rééducation actuellement, qui expliquent beaucoup de choses, mais il y a surtout eu cette incapacité à trouver pendant de longs mois la bonne formule malgré les investissements massifs (Mangala, Otamendi) et face aux paris ratés (Demichelis). Lors de la phase de préparation, Pep Guardiola a donc largement insisté sur ce secteur de jeu et a essayé beaucoup pour finalement se tourner vers une paire Stones-Kolarov samedi.


Après la victoire contre Sunderland, le Catalan a expliqué avoir compris à quel point « la Premier League est difficile » . Pourquoi ? Parce qu’il a vu son équipe souffrir justement par plusieurs phases défensives, notamment face à un Jermain Defoe en forme et à une organisation en rodage. Le but de l’attaquant de Sunderland montre à quel point le système de Guardiola est méticuleux et prouve que chaque erreur de jugement est synonyme de punition. Car, aussi, l’entraîneur espagnol a décidé d’imposer de suite sa patte en installant Fernandinho seul à la récupération et en faisant grimper Sagna et Clichy au milieu en phases offensives. L’idée est intéressante, mais impose un replacement rapide des latéraux, ce qui n’a pas toujours été le cas samedi. C’est déjà le chantier des prochaines semaines dans le style de jeu direct et vertical que Guardiola veut imposer à son Manchester City. Le premier choc à Old Trafford face au voisin de United prévu le 10 septembre prochain pourrait être un test grandeur nature. Mais Pep Guardiola a déjà réussi à débloquer son groupe.

La mission Stones


Et c’est déjà sa première victoire à l’heure d’ouvrir sa campagne européenne par un déplacement au Steaua Bucarest ce mardi soir. Un soir où il devrait continuer à tester ses schémas et où il faudra suivre avec attention la performance de John Stones, arraché à Everton pour un peu plus de 55 millions d’euros cet été. Il faut être clair : Stones fait partie du genre de talents qu’on ne voit qu’une fois par décennie. Guardiola doit maintenant terminer le produit qui a tendance à parfois prendre des risques inutiles avec sa classe naturelle et qui se fait souvent punir, à l’image du penalty concédé la saison dernière contre Stoke (3-4).


Beaucoup d’observateurs lui sont tombés dessus lors du dernier exercice pour ses dribbles dans sa propre surface, mais il y a eu aussi la prise de parole de Sam Allardyce, aujourd’hui sélectionneur national : « J’aimerais lui apprendre comment défendre. Ce ne doit pas être quelque chose de trop difficile avec un joueur de son intelligence, il faut juste lui montrer où faire et quand faire certaines choses. Il peut garder le ballon et le remonter seul, mais il ne faut pas le faire au mauvais moment. Rio Ferdinand était pareil au même âge et on sait tous ce qu’il est devenu. » Pour beaucoup, John Stones peut simplement devenir un monstre et il a les qualités pour. Guardiola doit simplement lui donner les clés. Et comme Xavi l’expliquait la semaine dernière au Guardian, « Pep ne jure que par le détail, mais tout ce qu’il te demande devient une évidence » .

Par Maxime Brigand
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