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  2. // Affaire Fiorèse/Anselmini

Les cheveux blancs de Ghislain Anselmini

Il a été condamné à cinq ans de prison pour l’enlèvement de Fabrice Fiorèse, son ancien ami. Mais comment Ghislain Anselmini en est-il arrivé là ? Portrait.

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Il a les traits plus tirés. Les rides plus prononcées et quelques cheveux blancs naissants. Quand il arrive la semaine dernière à la cour d’assise de Savoie, à Chambéry, Ghislain Anselmini n’a plus rien à voir avec le joueur qu’il était. Doudoune sombre et chemise bleue cachée sous un pull noir. Barbe fournie, bien taillée et des petites lunettes discrètes. Rien d’anormal. Juste un ancien sportif à la retraite. Non, ce qui frappe vraiment, c’est son regard. Il avance, il sait où il va, mais son regard semble figé. Ses yeux restent vides. Comme s’il en avait vu d’autres et qu’il savait désormais où trouver refuge. Il assume, mais semble indifférent à ce qu'il se passe autour de lui. Car depuis la fin de sa carrière, au début des années 2000, Ghislain se cherche, sans jamais vraiment se trouver. Il a passé ses diplômes d’entraîneur, s’est investi dans chacun des clubs amateurs dans lesquels il est passé, mais rien à faire. Il traîne son sens de l’humour, sa carapace, son blues et sa poisse de partout. Jusqu’à ce fameux jour de 2012, où il refait parler de lui. Mais certainement pas comme il le souhaitait.

Ghislain, le grand frère


Son père était dirigeant du club de foot du Coteau. Sa mère tenait un magasin de fleurs à Cours-la-Ville. C’est d’ailleurs là que Ghislain grandit au début des années 70 et commence à jouer au foot. Un enfant sans problème, si ce n’est d’être plutôt doué ballon au pied. À quatorze ans, il intègre le centre de formation de l’OL. Et c’est dans son club de cœur qu’il rencontrera pour la première fois Fabrice Fiorèse. Ghislain a cinq ans de plus que lui et leur amitié, leur relation fraternelle, débute à l'aube des années 90. Quand Ghislain commence à faire ses premières apparitions en D1. Des débuts compliqués d’ailleurs. Durant deux ans, Raymond Domenech ne lui offre que cinq apparitions. Ghislain décide donc de s’essayer en prêt à Guingamp. En un an, il fait ses preuves en Bretagne et force Jean Tigana, Guy Stéphan et Bernard Lacombe, entraîneurs successifs à Lyon, à le titulariser lors de son retour au club.

Une deuxième place la première année, l’Europe et une finale de Coupe de la Ligue la deuxième, un 8-0 contre l’OM lors de la troisième et un seizième de finale d’UEFA pour ponctuer la quatrième année. Malgré ce succès relatif, il n’oublie pas pour autant son ami en difficulté sportive. Il fait jouer ses relations pour lui trouver un club : « Comme Ghislain est parti à Guingamp, il connaissait Francis Smerecki, l’entraîneur, et il lui a dit : "Il y a un jeune qui est bon à Lyon, il s’appelle Fiorèse, tu devrais le prendre." C’est comme ça que Fabrice est allé en Bretagne » , explique Jean-François Barre, avocat de Ghislain. Le grand air fait envie à Fabrice qui y tentera sa chance en 97. D’abord un échec avec la relégation dès la première année. Et puis la réussite avec l’explosion de Fabrice en D2. Il marque but sur but sous l'ère Guy Lacombe et, avec son ami Ghislain, qui l’a rejoint entre-temps, ils vont chercher la deuxième place du championnat de D2. Le retour dans l’élite. L’apogée de leur amitié.

Vague à l’âme


Ensuite, à un an d’écart, les deux copains retrouvent la capitale. L’un pour se délecter des caviars de Ronaldinho. L’autre pour finir sa carrière en banlieue. Un contraste qui marque le début des problèmes. Aujourd’hui, en plein procès, Fabrice n’hésite d'ailleurs pas à accuser Ghislain « d’avoir été jaloux de sa carrière » . Pourtant, à Créteil, on raconte qu’il vit plutôt paisiblement ses derniers jours en pro. Lilian Compan, un de ses coéquipiers, parle d’un homme souriant, parfois drôle, et d’un joueur impliqué. Même quand il ne joue pas : « Il avait beau être en fin de carrière, il voulait quand même tout donner pour ses dernières années. Et ça, c’est plutôt appréciable. » Il prend aussi un peu plus de temps pour profiter de la vie. Si Fabrice vient de temps en temps le voir sur le bord du terrain, il n’hésite pas à sortir un peu plus avec ses coéquipiers, pour un verre ou une bouffe. Marié à 23 ans exactement, père de deux enfants, Ghislain se dirige tranquillement vers la retraite. Serein. Et pour sa reconversion, il pense au foot. Forcément. Malgré les réticences de sa famille. Il passe ses diplômes d’entraîneur et remplit des rôles toujours vagues et occultes dans différents clubs amateurs de la région.

Il fait partie de la commission technique et des jeunes du district du Rhône, responsable technique des jeunes au Monts d’Or Azergues, entraîneur et responsable des entraînements à Genay ou encore recruteur ponctuel pour Dijon à qui il offre Benjamin Corgnet sur un plateau. Vague et occulte comme en 2011 par exemple, quand son ami Fabrice, nouveau président du club de Saint-Tropez, le recrute en tant que manager général et seul salarié du club pour 1500 euros par mois. Un poste de dépense qui ne passe pas pour un club de district. Fabrice démissionne. Ghislain s’en va. Ou encore cette sombre histoire au club de Marcy l’Étoile qui aura définitivement raison de leur amitié. Fabrice, certainement reconnaissant, fait une donation d’au moins « 200 000 euros » selon l’avocat de Ghislain, pour que ce dernier soit embauché au club. C’est ce qu'on appelle un dessous de table. Ghislain est condamné. Pas Fabrice. « Il a gardé le silence par rapport à Fiorèse qui a juste fait trente heures de garde à vue. Il a tout pris pour lui et il en gardé une petite rancœur. Mais aussi une grosse amende parce que le club avait demandé 50 000 de dommages et intérêts » , tente Jean-François Barre pour justifier son client.

Engrenage


Depuis ce jour-là, Ghislain a du mal à contenir son amertume. « Grand bavard » pour Djoudi Boumaza, président de Ménival, un autre club dans lequel il a occupé un poste assez vague de responsable sportif : « Il supervisait notamment les jeunes, il a changé la structure du club pour le rendre plus professionnel. Il a aussi changé la manière de travailler. » Carrément « volubile » pour son avocat, Ghislain finit par mettre les pieds dans un engrenage plus gros qu'il ne l'imaginait sur les bords du terrain de Marcy l'Étoile où joue un certain Radouane el Maryouch. Il parle. Un peu trop : « Et sur Lyon, ça commençait à se savoir qu’il avait été condamné à rembourser le club, explique Jean-François Barre. Et puis il devait dire : "L’autre, il me doit tant. Il m'a laissé tomber." Et comme les jeunes des cités étaient là sur le terrain, ça s’est su. Si vous connaissiez la personnalité de Ghislain, vous pourriez comprendre. Il peut vous tutoyer très rapidement. Vous parler de choses privées tout aussi rapidement. »

Et ça ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd. Finalement, Radouane el Maryouch joue le rôle d'intermédiaire entre Anselmini, Salhi et Goussairi. Ghislain leur raconte que son ancien ami doit vendre sa maison à Saint-Tropez et ramener du liquide pour l'enterrer : « Il leur a donné l’adresse de la maison pour que soit déterré l’argent, explique Jean-François Barre. Et les gamins se sont dit : "Pourquoi déterrer une partie du butin dès lors qu’on peut taper Fiorèse quand il revient avec les 500 000 ?" Donc après, les gamins sont allés s’imaginer prendre des armes et cagoules, enlever et séquestrer Fiorèse. » Beaucoup plus que ce que n'imaginait Ghislain. Aujourd'hui, il reconnaît ses torts. Sans lui, rien n'aurait été possible. Mais refuse d'admettre qu'il a pu commanditer ce rapt. Sa femme, bientôt son ex-femme puisqu'ils sont en instance de divorce, présente à la barre, ne cesse de le répéter sur les ondes d'Europe 1 : « Il n'est pas violent.  » Le verdict tombe : il est condamné à cinq ans de prison par la cour. De quoi se faire quelques cheveux blancs et creuser quelques rides supplémentaires.

Par Ugo Bocchi
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Dans cet article

En attendant on ne peut pas se passer de lui en équipe de France et si on veut atteindre ne serait que le dernier carré de l'Euro, Didier Deschamps se soit de le sélectionner. Il en va de l’intérêt supérieur national.
FourFourTwo Niveau : Loisir
Message posté par ozymandias
En attendant on ne peut pas se passer de lui en équipe de France et si on veut atteindre ne serait que le dernier carré de l'Euro, Didier Deschamps se soit de le sélectionner. Il en va de l’intérêt supérieur national.


Hein ?
Pour moi ca sera oui osymandias. Je suis impatient de voir au prochain tour ce que ca peut donner dans un autre registre.
Alain Proviste Niveau : Ligue 2
Message posté par ozymandias
En attendant on ne peut pas se passer de lui en équipe de France et si on veut atteindre ne serait que le dernier carré de l'Euro, Didier Deschamps se soit de le sélectionner. Il en va de l’intérêt supérieur national.


En effet, la charnière centrale formée par Ghislain Anselmini et William Prunier est sans conteste notre meilleure garantie pour aller chercher un titre européen !
Ne pas oublier René Vignal dans les buts.
1 réponse à ce commentaire.
petitbodiel Niveau : CFA2
Sans oublier Vairelles pour entraîner l'attaque à tout casser à l'Euro.
Message posté par ozymandias
En attendant on ne peut pas se passer de lui en équipe de France et si on veut atteindre ne serait que le dernier carré de l'Euro, Didier Deschamps se soit de le sélectionner. Il en va de l’intérêt supérieur national.


J'suis vert de ne pas y avoir pensé... chapeau bas l'artiste !!
j'y suis giresse Niveau : Ligue 1
Et Teddy Bertin en libéro !
adebayorsheyi Niveau : District
Déchéance quand tu nous tiens. Pauvre bougre. Pas un mauvais joueur en plus
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