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Les cheikhs et mat

À Melbourne, un groupe d'expatriés argentins se bat pour la survie de son club amateur. Et l'adversaire est coriace : le City Football Group, holding surpuissante qui gère les droits de Manchester City et qui a décidé d'outrepasser les lois pour modifier le nom de sa dernière acquisition. Récit d'une aventure entre potes, devenue croisade contre des milliardaires.

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« Ils sont venus nous voir à l'entraînement. Puis ils assistaient discrètement au match. Enfin, discrètement pas tellement. Tu remarques rapidement un cheikh en tribune pour un match d'amateurs argentins en Australie. On a eu pas mal de réunions avec eux. Ils nous ont promis de l'aide. Rien d'économique, mais des équipements pour nos entraînements, des ballons, et des cours de formation pour les entraîneurs. Mais ça ne nous intéressait pas. » Leonel Malik entraîne l'équipe amateur la plus cosmopolite de l'état de Victoria, au sud-est de l'Australie : le Melbourne City FC. « Le vrai » , précise-t-il. « On a voulu nous voler notre identité. C'est pour cela qu'on le répète haut et fort » , ajoute le coach. Mais qui aurait bien pu vouloir voler le blase d'une équipe amateur ?

Les emplettes de City


Nous sommes en 2013, et le City Football Group, société faîtière qui gère les droits de Manchester City, souhaite étendre son empire. La création d'une franchise à New-York est un projet en cours de réalisation, et l'Australie apparaît alors comme une cible lucrative. La société basée à Abu-Dhabi jette son dévolu sur les Melbourne Hearts. Une offre de douze millions de dollars fera l'affaire. À l'instar de sa filiale américaine – le New York City FC – l'entreprise décide de rebaptiser sa nouvelle acquisition avec le même sigle. Le Melbourne City FC voit le jour. Problème, ce nom existe déjà. Il appartient même à une bande de potes qui se réunit deux à quatre fois par semaine pour tâter le ballon, et ce, depuis 1990. Le City Football Group tente donc de soudoyer les Argentins : « Ils nous ont demandé combien nous voulions pour vendre le nom. Je leur ai répondu qu'on ne voulait pas de leur argent » , raconte le natif de Rosario. Le City Football Club décide tout de même de déposer le nom à la Fédération. Le début d'un long combat pour le « vrai » Melbourne City FC.

Titre de champion et asados


Fondé par une communauté d'Argentins exilés, le Melbourne City FC compte aujourd'hui une équipe junior et senior. Le club joue en « Men's State League 4 West » , quatrième division de l'État de Victoria (Sud-Est de l'Australie), et sixième échelon national. Composée aussi de Colombiens, de Chiliens mais aussi de Libanais et d'Anglais, l'équipe a remporté le titre cette année. Un contingent à l'accent latino qui a logiquement fêté cela au barbecue : « Pour les asados, c'est jeudi après les entraînements. Une troisième mi-temps argentine comme il se doit. Tu retrouves les classiques de chez nous : choripanes (sandwich avec du chorizo, ndlr), empanadas, etc. La vie de ce groupe est incroyable. Les joueurs se voient tous le temps en dehors. On va manger, on sort » , raconte l'entraîneur, supporter inconditionnel de Rosario Central. « Il y a une véritable communauté qui nous suit. C'est assez incroyable pour un petit club » , ajoute-t-il. En témoigne la soirée après le titre.

Es el CAMPEON!

Posted by Melbourne City Football Club on Sunday, September 13, 2015

Le combat judiciaire


Un quotidien bousculé par l'intrusion du City Football Group. « Ils ont tenté une sorte d'infiltration. Ils nous ont simplement dit qu'ils allaient prendre notre nom. Mais deux équipes avec le même nom ne peuvent pas coexister dans une même Fédération. Ça n'arrive nulle part dans le monde » , s'emporte Leonel Malik. L'Argentin explique que la société holding a profité de l'arrivée de David Villa en juin 2014 pour cacher l'affaire : « Cette arrivée a fait tellement de bruit en A-League, que les médias sont totalement passés à coté du changement de nom illégal. C'était un coup parfait pour eux. » Les Argentins de Melbourne décident alors de porter plainte contre le groupe qui gère les intérêts de Manchester City. « Nous sommes en plein combat judiciaire avec eux. La Fédération est de leur côté malheureusement » , déclare Malik. Alors qu'une offre pourrait arriver sur la table des Argentins de Melbourne, l'entraîneur affirme que le nom n'est pas à vendre : « Ils ont payé près de 120 millions de dollars pour acheter le nom New York City. On sait qu'ils ont des ressources illimitées. Mais cela ne nous intéresse pas. On ne meurt pas de faim. On a le budget pour acheter des maillots, des ballons. C'est notre fierté qui est en jeu ici. Ils viennent chez nous et veulent se servir. »

Outre sur les bancs du tribunal, le club amateur pourrait affronter le City Football Group sur un autre terrain : « On vient de monter en troisième division. Et le City Group vient d'acheter une nouvelle équipe en deuxième. Si on monte cette année, on pourrait les rencontrer. C'est n'importe quoi » , affirme l'entraîneur. En attendant, les amateurs argentins attendent la fin du jugement. Et Leonel Malik de conclure : « On ne peut rien dire pour l'instant, on ne sait jamais ce qu'ils ont sous la manche. »

Par Ruben Curiel
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