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Orlanducci, le Lion de Vescovato

De l'épopée européenne de 1978 au renouveau du Sporting avec Frédéric Hantz, en passant par la victoire en Coupe de France 1981 et les garçons bouchers des années 1990, honneur aux 50 Turchini qui ont marqué l'histoire du Sporting Club de Bastia.

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#2: Charles Orlanducci

Excepté une pige au Red Star durant son service militaire au bataillon de Joinville, Charles Orlanducci est resté fidèle au Sporting toute sa carrière, de 1969 à 1987. Un défenseur rugueux, qui n’hésitait pas à remonter le ballon et se plaisait même à se retrouver aux avant-postes pour placer son jeu de tête. Si seulement un satané orage n’avait pas frappé Bastia le jour de la finale aller face au PSV Eindhoven, c’est lui, le capitaine à la tête de Maure, qui aurait pu soulever la Coupe UEFA. Interview avec le Lion de Vescovato.

D’où vient votre surnom de « Lion de Vescovato » ?
C’était en référence à ma façon de jouer, de courir, les cheveux longs... Avec des courses agressives, comme un lion. Ce sont les journalistes qui m’ont donné ce surnom, au bout d’un an ou deux, quand je commençais à être titulaire au Sporting.

Vos débuts coïncident avec la remontée de Bastia en D1, en 1967-1968...
C’est ça. J’ai eu un arrêt, et puis je suis revenu à dix-sept ans et demi. C’est là qu’est arrivé Rachid Mekhloufi. Dans le courant de l’année 1968-1969, j’ai fait mon premier match contre le Red Star. Après, je n’ai plus quitté le Sporting.


À quoi ressemblait votre enfance dans le village de Vescovato ?
J’ai commencé à jouer à l’école du village avec mon instituteur, qui était passionné de foot. Il n’y avait pas de stade, on jouait sur la place. C’était ça jusqu’à l’âge de quinze ans. Bastia, c’était déjà une équipe référence. J’étais un supporter. J’aimais bien suivre aussi le Gazélec qui faisait des exploits dans le championnat amateur.

Est-ce que c’était une évidence pour vous de devenir footballeur pro ?
Non (il insiste). Je n’y pensais pas. Je ne suis pas passé par un centre de formation. C’est venu au fil des matchs. Je ne m’en suis même pas rendu compte. Moi, mes parents étaient commerçants/agriculteurs, mon destin, c’était de prendre la relève de mes parents.

Quel type de relation entreteniez-vous avec Pierre Cahuzac, le coach emblématique du club dans les années 1970 ?
Avec Cahuzac, c’était une relation plutôt froide. Cahuzac ne parlait pas beaucoup. Dans le bon comme dans le mauvais, il ne s’excitait pas. Il était assez sévère, quand même. Moi, je respectais. Même si quelques fois, j’aurais pu me rebiffer, je ne le contestais jamais. Il avait toujours raison. On l’écoutait. L’anecdote de Courchevel ? Ah oui, c’était pendant un stage d’avant-saison. J’arrive en retard à table. Il n’y avait pas mon assiette sur la table. Alors, j’appelle le serveur : « Monsieur, vous m’avez oublié. » Et c’est là que Cahuzac intervient : « Non, non, petit, il ne t’a pas oublié. Tu ne manges pas ce soir. » Ça, c’était la discipline qu’il imposait. Ça suffisait pour remettre les choses en place. J’avais 22/23 ans.


En 1977-1978, il y a cette fameuse épopée européenne qui vous emmène jusqu’en finale de la Coupe UEFA. Qu’est-ce qu’il en reste aujourd’hui ?
Il en reste que Bastia est reconnu comme un club qui est rentré dans l’histoire. Je vais peut-être exagérer : avec Napoléon, Pascal Paoli (figure insulaire du XVIIIe siècle, chef d’un État corse entre 1755 et 1769, ndlr), en Corse, le Sporting est entré dans l’histoire de la même façon. Ici, c’était un événement extraordinaire. Disons qu’on a cru en nous quand on a battu le Torino. Il y avait 15 000 supporters de Bastia à Turin. Le retour, c’était une fête nationale pour la Corse. Le retour des bateaux, le débarquement à Bastia, ça a marqué tout le monde. Le match de Turin, c’est ce qui a frappé les esprits. Les gens m’en parlent sans arrêt. J’ai l’impression que c’est éternel. Ce qui a marqué les gens, ce sont ces exploits face à des équipes renommées. À l’époque, le Torino, c’était comme Barcelone aujourd’hui.


Trois ans plus tard, vous gagnez la Coupe de France (2-1, contre les Verts). C’est vous qui offrez le deuxième but à Roger Milla...
Je le revois ce but : j’intercepte un ballon au niveau de la défense. Je fais une percée, comme c’était ma façon de jouer, et je vois Milla qui me demande le ballon en profondeur, et c’est là que je réussis ma transversale. On est revenu avec une coupe. Il y avait une force populaire extraordinaire.

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Vous avez disputé plus de 500 matchs au Sporting, qu’est-ce qui vous a poussé à rester fidèle au club ?
En tant que joueur, jamais je n’ai eu l’idée de partir. Pourquoi ? Parce que j’avais ce qu’il fallait à Bastia. Je n’avais besoin de rien d’autre. Je voulais faire carrière dans mon club. D’abord, j’étais chez moi, ce qui n’est pas le cas de tous les joueurs. Ce qui me plaisait, c’était la proximité avec les gens, les supporters. Quand on joue pour un peuple, on a le plaisir derrière.

Aujourd’hui, quelle est votre vie à Vescovato ?
Je suis exploitant agricole. Je fais du raisin de table, de l’arboriculture, un peu de tout... Et le Sporting, c’est encore ma vie. Je vais toujours au stade. J’ai été président pendant quatre ans. On a déjà subi deux descentes. Là, c’est la troisième. Il y a une telle passion en Corse que je suis sûr que Bastia est capable de rebondir et de remonter en Ligue 1.

Ce match à Turin babin.......