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Genghini : « Je la mets en lucarne et Bonal explose »

Il est certainement le joueur le plus classe qui a évolué à Sochaux. Un meneur, fier étendard de la formation doubiste, qui a porté son équipe lors du plus grand exploit européen de son histoire en 1981, pour devenir ensuite un côté du « carré magique » des Bleus. Bernard Genghini nous raconte son Sochaux. Celui qui brillait.

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#3: Bernard Genghini

Être sur le podium de notre classement parmi tout ces joueurs, ça vous inspire quoi ?
Je ne connais pas les deux premiers, mais dans tous les cas, c’est une vraie fierté. Que ça soit avant ou après moi, il n’y a eu que des bons joueurs : avec Mattler, Di Lorto, Bosquet, Quittet, Bats, Rust, et plus tard Frau, Pedretti...

Que représente Sochaux pour vous ?
Premier contrat, premier match en pro, premier match européen, première cape en Bleu... Voilà, que puis-je dire de plus ? On ne peut rien oublier de tout ça. Même quand je suis parti ensuite à Saint-Étienne, Monaco, Marseille ou Bordeaux, le premier résultat que je demandais en rentrant au vestiaire, c’était celui de Sochaux. On s’identifie forcément à Sochaux. Quand je suis revenu au club en 1999 pour intégrer l’équipe dirigeante (il a été successivement directeur sportif, directeur de la cellule de recrutement, entraîneur de la réserve et adjoint avant de quitter le club en 2015, ndlr), c’est là que j’ai pris conscience que j’avais marqué les gens, parce qu’on m’a donné tout de suite beaucoup de crédit alors que c’était un nouveau métier pour moi.

Vous êtes originaire du Haut-Rhin, pile entre Montbéliard et Strasbourg. Comment êtes-vous arrivé à Sochaux ?
À 15 ans, je jouais dans mon club de Guebwiller. Et il y avait un monsieur âgé que venait regarder certains de nos matchs.
« Que l’équipe d’une petite ville comme Guebwiller vienne étriller les jeunes de Sochaux de cette manière, ça voulait dire quelque chose. »
Il avait des connexions dans quelques clubs pros. Un jour, il a parlé de moi à Sochaux. Ils sont venus me voir jouer, je suis parti faire un stage là-bas. Le contact était créé. Quelques semaines plus tard, je participe à un match amical avec Guebwiller contre des jeunes du FCSM, en lever de rideau de notre équipe première. On gagne 6-1 ou 6-0, je ne sais plus, mais j’en mets quatre. Ça avait pas mal joué en ma faveur ! Que l’équipe d’une petite ville comme Guebwiller vienne étriller les jeunes de Sochaux de cette manière, ça voulait dire quelque chose. Et donc je rejoins ensuite le centre de formation du FC Sochaux qui venait d’être créé. C’était en 1974.


Il n’y a pas eu énormément de meneurs qui ont brillé à Sochaux avant vous. Quel modèle aviez-vous quand vous êtes arrivé à Sochaux ?
Il y avait Georges Lech, un beau numéro 10 que je n’ai pas côtoyé longtemps. Il y avait aussi un meneur qui s’appelait Johannes Klijnjan, un Hollandais un peu trapu avec une superbe vision du jeu. Mais après, quand tu as 16 ans dans les années 1970, ton idole, c’est Johan Cruyff. On était dans les belles années de l’Ajax et il était au-dessus de tout le monde, il avait la classe, il était élégant, il savait tout faire...

Vous avez joué avec des mecs comme Ivezić, Rust, Revelli, Ruty, Stopyra, Anziani... Qui vous a le plus impressionné ?
C’est difficile à dire, parce que j’étais complémentaire avec tous ceux qui m’entouraient en attaque. J’adorais jouer avec Yannick Stopyra, un mec physique, athlétique, avec un bon jeu de tête et qui ouvrait beaucoup de brèches. En tant que numéro 10 qui aimait aller de l’avant, il avait un jeu qui me permettait de monter et de marquer beaucoup de buts. À l’époque, on jouait beaucoup avec de vrais ailiers. On a eu Thierry Meyer, Patrick Parizon ou Durkalić. Lui, c’était un très bon centreur, un peu à la Bellone, et j’adorais monter pour aller couper ses centres. Mais Sochaux a toujours été d’abord un bon collectif, avec toujours trois ou quatre individualités pour faire la différence.


Quel est votre plus beau souvenir sous le maillot jaune et bleu ?
Le quart de finale face au Grasshopper de Zurich en 1981. Déjà, dans cette compétition, on avait pour seul objectif de passer le premier tour. On finit par éliminer Boavista, l’Eintracht Francfort... C’était le tenant du titre, la meilleure équipe d’Allemagne, et on passe avec de la réussite en remontant deux buts de retard sous la neige. Arrive Zurich, un habitué des compétitions européennes. À l’aller, on fait 0-0 chez eux et au retour il y a encore 1-1 à cinq minutes de la fin. J’avais obtenu un coup franc sur les seize mètres sur mon côté favori en me laissant tomber - aujourd’hui je peux le dire - un peu facilement. Je le mets en pleine lucarne, et le petit stade de Bonal explose. C’était un exploit unique pour un club comme le nôtre. C’est un grand moment parce que c’était un moment de communion comme j’en ai rarement connu. Intense et rare.

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Sochaux a l’image d’un vrai club familial. Ça se passait comment en coulisse ?
Oh il ne faut pas croire tout ce qui se dit, hein ! Il y en a eu des coups de gueule... Mais il fallait tout régler à l’intérieur du club, rien ne devait sortir. Là-dessus, les dirigeants étaient assez exigeants. Quand ils nous distribuaient les fiches de paie, il fallait se rendre en personne au secrétariat pour toucher son salaire et se tenir à carreau. À mon époque, le directeur sportif René Hauss et le président Jacques Thouzery se complétaient bien. Le premier avait une grosse personnalité et était aux avant-postes, l’autre était plus discret et réglait les histoires directement avec nous. Mais bon, tout était contrôlé, on était dans un cocon. J’ai ensuite connu Bernard Tapie à Marseille, Claude Bez à Bordeaux, eux savaient vous la mettre, la pression !

Il y a eu le jeu à la rémoise ou à la nantaise, les épopées stéphanoises et marseillaises, etc. Qu’est-ce qu’a apporté le FC Sochaux-Montbéliard au football français ?
C’est vrai que, dans l’esprit des gens, l’identité de jeu sochalien est moins ancrée que d’autres. Le public de Bonal, c’est beaucoup d’ouvriers avec l’usine Peugeot à côté, des gens qui viennent au stade pour passer un bon moment. Alors bien sûr, ils voulaient voir leur club gagner, voir leurs joueurs se bagarrer, mouiller le maillot, s’accrocher. Mais à côté de ça, ce n’était pas suffisant. Ils voulaient voir une équipe qui construise, qui se porte vers l’avant, marque des buts. À mon époque, c’était ça : ça partait de derrière, ça jouait au ballon. Ça a toujours été une marque de fabrique. Paille, Sauzée, Silvestre proposaient un beau jeu, Frau, Pedretti, Meriem étaient tous de bons joueurs de football.


Pourtant, on stigmatise souvent le manque d’ambition des Sochaliens. Mais peut-on partager cet avis quand on a été vice-champion de France 1980 et demi-finaliste européen avec le FCSM ?
Pour ne rien vous cacher, si, je l’ai déjà pensé à un moment donné. Quand je suis parti, j’aurais pu rester peut-être encore un an ou deux sans ça.
« Peugeot a toujours voulu se limiter à certains salaires, à rester dans certaines limites, ce qui a empêché d’aller encore plus loin. »
On a souvent eu de bonnes équipes sans pour autant écraser la concurrence. Et on s’est déjà fait la réflexion que si les dirigeants avaient investi un peu d’argent sur trois ou quatre bons joueurs en plus, on aurait pu viser le titre. Mais Peugeot a toujours voulu se limiter à certains salaires, à rester dans certaines limites, ce qui a empêché d’aller encore plus loin.


Sûrement la cause ou la conséquence de la politique de formation pratiquée à Sochaux.
Oui, tout à fait. À la base, l’objectif du club a toujours été d’amener les jeunes les plus talentueux en professionnel, de les garder quelques années en équipe première pour les céder ensuite et faire une plus-value. Quand j’ai épaulé Jean-Claude Plessis, les transferts étaient une ligne importante de notre budget. Mais par la suite, les joueurs se sont vendus de plus en plus jeunes, comme Jérémy Ménez ou plus récemment Marcus Thuram, alors que beaucoup ont à peine le temps de jouer en équipe première. C’est devenu un business qui a déréglé la machine.

Deux ans après avoir pris vos distances avec le club, que pensez-vous de la direction prise depuis l’arrivée des investisseurs chinois ?
Aujourd’hui, tout le monde se pose des questions. On va entamer notre quatrième saison en Ligue 2. Je pense que l’année dernière, on avait une équipe qui aurait pu se mêler à la lutte pour la montée. Mais on ne sait pas où les investisseurs veulent aller, ni avec quels moyens ou quels joueurs... Quand Peugeot a décidé de vendre le club, il y a eu une grosse fracture avec les gens ici. Avec cette famille, on sentait un lien, ils étaient toujours là au match.

Est-ce que Sochaux ne court pas le risque de se couper de son histoire et de ses traditions ?
Il faut se dire les choses : ce ne sera jamais plus pareil.

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