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Mário Coluna, le père de substitution

Véritable star sur le terrain, Mário Coluna a aussi grandement participé à l'éclosion du légendaire Eusébio, son fils spirituel.

Modififié

#2: Mário Coluna

Nous sommes le 16 décembre 1960 lorsque, à peine arrivé de son Mozambique natal, Eusébio salue ses nouveaux coéquipiers du Benfica Lisbonne. Après avoir fait le tour de l’effectif, celui qui a perdu son père à l'âge de huit ans s’approche de nouveau de Mário Coluna pour lui demander une faveur, comme le racontera ce dernier dans le numéro 113 de SoFoot : « Peu après son arrivée à Lisbonne, juste avant Noël 1960, Eusébio m’a remis une carte dans laquelle sa mère, qui venait de donner son accord pour qu’il quitte Lourenço Marques, me désignait comme responsable de son fils. J’ai donc été le père d’Eusébio jusqu’à sa majorité. » De quoi tisser de sacrés liens.

« Sur le terrain, j’étais le seul à parler »


Mais alors, pourquoi Mário Coluna, de seulement sept ans son aîné, pour remplir ce rôle de paternel de substitution ? Tout simplement parce que Coluna a une trajectoire semblable à celle d'Eusébio. Une naissance au Mozambique, un passage au Sporting Clube de Lourenço Marques et une arrivée jeune au Benfica Lisbonne où il s’est de suite imposé. Et la maman de la Pantera Negra ne s’est pas trompée en choisissant Mário Coluna comme responsable de son fils. Car, au SLB, la voix de Mário Coluna se fait entendre et est entendue : « Sur le terrain, j’étais le seul à parler. Les autres devaient se taire, même Eusébio. » Un leader incontesté qui ne lâchera jamais son navire, même lorsqu'il se fait fracturer le pied en pleine finale de C1 face à l'AC Milan. Les remplacements n’étant pas autorisés, Coluna serre les dents et termine la rencontre sur une jambe.


Pourtant, bien avant de devenir « O Monstro Sagrado » (le monstre sacré) et capitaine du SLB lors des trois finales européennes perdues, Mário Coluna a vécu une arrivée légèrement compliquée. Numéro 9 de formation, ce sosie d’Apollo Creed ne pouvait pas occuper ce poste, priorité du capitaine d’alors, José Aguas. Le coach brésilien, Otto Gloria, décide alors de repositionner Coluna au milieu de terrain. Bingo, l’international portugais court comme un dératé pour ratisser les ballons, relance proprement en usant de sa vista incroyable et dirige ses troupes qui suivent ses directives. Plus reculé sur le terrain, Mário Coluna trouve tout de même le moyen de faire trembler les filets adverses comme lors des deux finales de C1 victorieuses en 1961 et 1962.

Vidéo

Mission papa de substitution réussie


En dehors de son rôle de patron sur le terrain et dans le vestiaire, Mário Coluna prend sa mission de père de substitution d'Eusébio très à cœur. Il ouvre notamment un compte en banque à la Pantera Negra et surveille ses dépenses afin que le jeune homme ne gaspille pas ses premières paies. Après avoir fixé un cadre, le Monstre sacré voit son fils adoptif prendre son envol lors la finale de Coupe des clubs champions européens de 1962 face au Real Madrid. Alors que le score est de 3-3, le Benfica Lisbonne obtient un penalty. En bon capitaine, Coluna s’empare du ballon, mais voit Eusébio se diriger vers lui : « M. Coluna, est-ce que je peux tirer le penalty ? » La suite, tout le monde la connaît. Eusébio le tirera, le marquera et donnera la victoire au SLB.


Véritable star de la finale, Eusébio n’est finalement encore que ce gamin de vingt ans qui profite de sa première finale européenne pour demander à Coluna de récupérer pour lui le maillot du légendaire Alfredo Di Stéfano. Malgré tout, cette finale européenne marquera la majorité de la Pantera Negra qui commencera à se détacher de l'emprise de son second paternel. Mais, Mário Coluna ne sera jamais loin, et ne manquera pas l’occasion de vilipender Eusébio lorsque celui-ci fera une connerie sur ou en dehors du rectangle vert jusqu’à son départ de Lisbonne en 1970. Reparti au Mozambique, où il exercera notamment la fonction de ministre de la Culture et des Sports, Mário Coluna s’est éteint le 25 février 2014. Moins de deux mois après le décès de son fils spirituel.


Dans cet article

Coluna deuxième... je comprends parfaitement le choix de mettre Eusébio à la première place et je n'ai même pas besoin de présenter des arguments pour cela. Ce qu'il faut faire plutôt, c'est de dire pourquoi Coluna la mériterait aussi et l'argument est très simple. Si Eusébio était l'arme lourde de ce Benfica des années soixante qui peut très bien être considéré la meilleure équipe de l'Europe pendant la décénnie (avec, peut-être l'Inter), Coluna était l'âme et le coeur.

Une petite anecdote qui n'est pas dans cet article et qui pourtant montre bien le caractère de ce Monsieur (pour le bien et pour le mal).

Lorsque Benfica a gagné le championnat en 2005, onze ans après le dernier en 94, la télévision portugaise est allé au Mozambique pour avoir la réaction de Coluna. On lui a demandé s'il était heureux de voir Benfica remporter le championnat et s'il l'a fêté avec la communauté (énorme) de benfiquistas mozambicains. Sa réponse a été étonnante. Il a affirmé qu'il n'a pas fêté le titre, qu'il était incapable de le faire. La raison? Trapattoni était l'entraîneur, c'est-à-dire celui qui l'a blessé lors de la finale de 63.

Coluna a toujours était convaincu que la mission de Trapattoni lors de cette mission n'était qu'une seule: celle de le blesser, ce que l'on peut déduire de l'agressivité permanente avec laquelle Trapattoni tombait sur Coluna pendant la partie. Il faut savoir que, au moment de sa blessure, Benfica menait 1-0, but d'Eusébio. Benfica a fini pour perdre 2-1, deux buts d'Altafini. Si c'est vrai, si effectivement la stratégie de Milan passait par blesser Coluna et ainsi détruire l'entre-jeu de Benfica, on peut dire que cela a bien marché.
Merci pour l'anecdote. J'apprécie d'ailleurs beaucoup la qualité de tes posts. Obrigado Duarte.
Merci Samo. Je ne sais pas si je dit des choses intéressantes, mais je sais que j'aime bien parler de foot, ce qui est devenu impossible au Portugal. Du coup, je m'exprime ici au milieu de tant de têtes illuminés touchées par la grâce.
Fred Astaire Niveau : Ligue 2
Magnifique, ton com.
"j'aime bien parler de foot, ce qui est devenu impossible au Portugal". Pourquoi ?
Je ne connaissais pas, ou j'avais oublié, l'histoire de la "filiation": très émouvant.
Evidemment que les "contrats" sur les joueurs ont toujours existé: Eusebio longtemps en a souffert, et que dire de Pelé en 66 ?
Etait-ce une initiative personnelle du "fameux Morais" ou une décision du coach ?
Quel impression a-t-il laissé au Portugal ?
Bon, parce que la communication a pris le dessus sur le foot. Il faut savoir que le Portugal est un pays de 10 millions de personnes et, pourtant, il y a 3 quotidiens sportifs, chacun plus ou moins soumis à l'un des trois grands (Abola pour Benfica, Record pour Sporting et OJogo pour Porto).

Cela a été presque toujours comme cela. Mais depuis quelques années les programmes de télévision où des idiots qui représentent les grands se rassemblent autour d'une table pour voir qui dit le plus de bêtises et crie plus fort se sont multipliés. C'est dans ce contexte que les Directeurs de Communication, l'un plus bête que l'autre, ont pris un poids gigantesque dans les affaires concernant le foot et on ne voit que de la propaganda des uns et des autres pointant le doigt à qui est le plus corrompu.

La dernière affaire en date c'est le directeur de com de Porto qui, dans l'un de ces programmes, a montré un mail obscure qu'un arbitre a envoyé au directeur de campagne de Benfica et a accusé Benfica de corruption. A cela la réponse des benfiquistas c'est de dire que, la saison dernière, l'un des éléments de la direction de Porto a ménacé, a la fin d'un matche, un arbitre en lui disant que sa carrière allait être courte (ce même arbitre a été récalé depuis des parties professionnelles). Et si les supporters de Sporting disent quelque chose, tout suite le Sporting est accusé parce qu'ils ont eu un vice-président condamné en justice pour avoir mis 2000 euro dans la compte d'un arbitre et rien n'est pourtant arrivé au club.

Voilà! Tu vois bien l'atmosphère. Et je ne te parle de ce qui est arrivé récemment. Tout cela, toute cette propaganda, pour dévier les attentions des supporters de l'état catastrophique dans lequel les clubs sont.

Le Benfica a repris l'hégémonie, mais c'est un club qui a autour de 500 millions d'euro de passif (pas de dettes, mais de passif) qui, malgré toutes les grands ventes, ne baisse pas. Porto vient d'être pris sous tutelle par l'UEFA par non respect du fair-play financier (d'ailleurs, le directeur de com de Porto sort l'affaire du mail la semaine même du jugement de UEFA sur le fair-play financier). Sporting, de son côté, continue avec une situation financière très fragile et pourtant ils ont dépensé d'énormes sommes d'argent (dont 6 millions par an pour leur entraîneur) depuis deux ans sans aucun résultat sportif.

Et au Portugal on ne parle que de petites affaires de propaganda. On ne parle jamais de la médiocrité des dirigeants qui sont en train de jeter le foot portugais dans une très mauvaise situation. Encore il y a 4 ans, le Portugal était 4e au classement UEFA, devant l'Italie et la France. Maintenant on a dégringolé à la septième place derrière la Russie et cela ne risque pas de s'améliorer parce que le président de Benfica ne pense aux ventes et à ses combines avec Jorge Mendes, celui de Porto est vieillissant et a perdu les qualités qui ont fait de lui l'un des meilleurs du monde, et celui de Sporting c'est un gamin hystérique tout droit sorti du kop Juve Leo.

Le foot portugais baigne actuellement dans tout cela. Et personne ne parle de foot, de terrain. c'est triste, c'est dégoutant.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 1
Je rejoins les copains, superbe post amigo. Merci.
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
 //  18:30  //  Aficionado de l'Argentine
Merci DJTDuarte, excellent post, précis, clair, instructif, pertinent... Du travail d'orfèvre ! Obrigado ;)
Moyennement d'accord avec toi, malgré ta profonde connaissance du foot portugais:
-le FCP est en train de s'enterrer tout seul à cause de deux séries de mauvais transferts: la vague mexicaine avec Herrera, Quitter et Reyes puis la vague espagnole avec Mariano (pas si mal finalement), Adrian, Tello... Et à mon avis ce n'est pas près de changer car il faut tjs plus d'argent pour acheter les pépites. Tu as raison sur ce point MAIS
-Benfica a un passif énorme, qui ne baisse pas c'est vrai mais la stratégie est brillante: ils augmentent de plus en plus l'actif du club, ce qui leur permet pas seulement d'équilibrer leurs comptes mais surtout de prendre de l'ampleur en Europe. Alors certes la dette ne diminue pas mais il vaut mieux avoir une dette de 100 000 e et gagner 20 000 e par mois plutôt que de gagner 2000e et n'etre endetté que de 50 000...
-quant au Sporting (mon club), malgré la grosse déception sportive, les finances s'améliorent bcp vu qu'il y a de grands transferts (34 millions cet ete pour l'instant avec R.Semedo, Mané, la part sur Bruma...) et que la moitié de cet argent va systématiquement au remboursement de la dette! Par contre tu as raison pour le président!
Les comptes de Sporting s'améliorent... j'ai des doutes là-dessus. Je pense qu'il y a surtout un gros maquillage des comptes, notamment avec les VMOC qui sont transférés tous les ans du côté des dépenses à celui des recettes quand il s'agit, en fait, d'une dette dont le payement BdC a réussi à repousser pour d'ici 10 ans. Autrement dit, dans son Relatorio e Contas, le Sporting a actuellement 160M cachés qui, de toute façon, devront être payés un jour. Néanmoins, c'est vrai que maintenant le Sporting fait de grands sommes d'argent en vente, ce qu'il ne faisait pas et cela ne peut que faire du bien.

Pour ce qui est de Porto, et au-delà de la situation financière, je pense qu'il y a surtout un grand conflit au niveau de l'administration qui est en train de détruire toute stabilité qui était la clé du succès de Porto. Que les gens le veillent ou pas, qu'elles l'avouent ou pas, il y a un gros conflit pour savoir qui va prendre le club après Pinto da Costa. On se disait que la grand homme fort c'était Antero, mais après est apparu sur scène... le fils de PdC et il y a eu une forte guerre. Le fils de PdC a gagné, pour l'instant, mais je ne sais si cela est bon pour le club parce que, en fait, qui est-il au-delà d'être le fils de PdC? Qu'a-t-il fait pour avoir réussi à avoir de l'importance au sein du club et de la SAD?

Pour ce qui est de Benfica... que dire? Que dire de tous ces combines avec Jorge Mendes où l'on fait des transferts de 30-35M et, après, on voit qu'il n'y a que 10-15M qui entrent dans le club? 10-15M qui, tout de suite après, partent parce que l'on achète pour l'enième fois un remplaçant quelconque de l'Atlético de Madrid?

Benfica est le club d'Europe qui a fait plus de plus-values avec des joueurs depuis 10 ans (dans une récente étude, on a dépassé le Porto) et, pourtant, le montant de son passif est passé de 89M à 500M si l'on compte la SAD et le club. Je comprends ce que tu dis. S'il est vrai que Benfica a un gros passif, il est vrai aussi que ont a de forts actifs qui nous sortent de la ligne rouge. Benfica n'est pas déficitaire.

Néanmoins, n'oublie pas que l'ont parle du marché portugais, là. C'est un marché où il n'y a pas beaucoup de recettes. Ce qui veut dire qu'il suffit de deux mauvaises années, autrement dit, des années sans Ligue des Champions et sans ventes, pour que tout le système crache. Depuis deux, trois ans Benfica s'en sort parce que les premières jeunes joueurs sortis de son centre de formation inauguré il y a une dizaine d'années sont de qualité. Mais, que serait devenu le Benfica s'il n'avait pas eu des Cancelos, B. Silva, A. Gomes, Lindelof, Sanches, Guedes, Ederson? Est-ce que, dans un espace de trois ans, on pourra sortir à nouveau sept joueurs comme cela qui peuvent jouer dans les ligues les plus compétitives d'Europe? Je ne pense pas. eux, trois peut-être, mais pas sept qui représentent 200M
8 réponses à ce commentaire.
Sinon "O MOnstro Sacro" a fini sa carrière à Lyon:



où il a cotoyé un jeune Domenech à ses débuts en pro.
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
 //  15:17  //  Aficionado de l'Argentine
Bien vu de le rappeler, la fin de carrière lyonnaise de Coluna est un épisode assez méconnu de sa vie de footballeur.
Psychedelic Train Niveau : CFA2
Ah?!? Ca explique peut-être la présence de Djorkaeff père à son jubilé, sur l'illustration de l'article. Y'en a eu quelques uns dans cette liste qui, au final, sont passés en France, quoique plutôt au PSG.
2 réponses à ce commentaire.
La photo de Wembley est magnifique! On voit le toute la sérénité du Capitaine dans son sourire et tout le respect qu'il inspiré dans la tête baissée de Maldini. Deux grands de l'histoire du football!
Eh bien... je suis vraiment en train de détruire la langue française à chaque commentaire.
Vous pouvez m'appeler l'Eder de la langue française.
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 1
On se fout de la grandmmaire quand elle porte d'aussi beaux fruits !
C'est un plaisir de te lire. Pour le contenu mais aussi pour ce français à la fois châtié et légèrement maladroit, ce qui lui confère un charme indeniable. Et merci pour ça !
4 réponses à ce commentaire.
Le but à 1:20 sur la vidéo est magnifique. Dommage pour le cadrage qui saisit mal la frappe. Mais que c'est beau.
Coluna avait pour seul défaut d'être dans la même équipe qu'Eusebio mais pour tous ceux qui l'ont vu jouer c'était bien l'âme de cette grande équipe de Benfica. Je n'ai jamais eu cette opportunité mais même si il est oublié en France , au Portugal il reste en haut de la liste des grands noms!
VanBaston Niveau : DHR
Je découvre ce classement ... Pourquoi cette absence de Paulo Sousa ?
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
 //  01:14  //  Aficionado de l'Argentine
Tu fais bien de le mentionner, super milieu de terrain Paulo Sousa !
Mais je ne suis pas spécialement choqué par son absence car il a davantage marqué la Juve et Dortmund que Benfica (bien que formé au club). Tu me diras, oui mais Rui Costa aussi (lui non plus n'a pas connu ses plus belles années au SLB) ?! Certes mais la grosse différence, c'est que Rui Costa a accepté de revenir gratuitement au Benfica en provenance du Milan, tandis que Paulo Sousa a quitté son club formateur pour le grand rival du Sporting et n'est jamais revenu au Benfica après son départ...
Paulo Sousa représente la perte de mon innocence en termes de football. Avec Rui Costa, il représentait ce qui le Benfica faisait de mieux dans sa formation et, avec l'arrivée de Joao V. Pinto en 92, ils formaient le trio qui était le futur du Benfica mais aussi du Portugal (il faut, bien sûr, ajouter Figo dans cette liste).

Néanmoins, 'l'été chaud de 93' est passé par là. On se réfère à cet été de 93 comme ça parce que c'est le moment où les finances de Benfica ont collapsé. Benfica n'avait plus d'argent et 93 marque le commencement de la période la plus noire de l'histoire de Benfica (même si Benfica remporte le titre 93-94 cela n'a été que le chant du cygne, une victoire de l'orgueil des joueurs et de l'entraîneur qui ont gagné lors d'une saison où ils ont été rarement payés).

Pourquoi cette contextualisation? Parce que, avec un Benfica fragile, le Sporting a décidé de l'attaquer en sollicitant ses joueurs. Deux sont partis: Pacheco et... Paulo Sousa. Sporting voulait un autre: Joao V. Pinto. heureusement, le président de Benfica de l'époque a tout fait pour le garder et a réussi à le convaincre de rester. De son côté, le président de Sporting a humilié Joao V. Pinto, en l'insultant en public et en affirmant que, de toute façon, Joao V. Pinto n'avait pas les qualités pour entrer dans l'équipe que le Sporting était en train de construire (une très belle équipe d'ailleurs, avec Balakov, Figo, et oui Paulo Sousa, entre autres). Résultat? Le meilleur match de la carrière de Joao V. Pinto a été lors du jeu du titre lorsque le Benfica bat à l'extérieur le Sporting 3-6 avec un triplé et deux passes décisives de Joao V. Pinto.

Voilà pourquoi, à mon avis, Paulo Sousa n'a pas sa place dans cette liste. Pour les benfiquistas qui ont vécu cette période, le fait que Maxi Pereira ait rejoint Porto et Jorge Jesus le Sporting représente peu à côté de ce que Paulo Sousa a fait. Pour beaucoup de benfiquistas, la traîtrise a un nom: Paulo Sousa.

P.S.: d'ailleurs, encore récemment et avec la qualité plutôt pauvre du jeu de Benfica, il y a eu des discussions sur si on devait trouver un nouvel entraîneur. A ce moment-là, Paulo Sousa était déjà mal barré à Florence et son nom est sorti dans la presse comme possibilité. Je peux vous dire que beaucoup de supporters ont bien gueulé...
moi compris.
Ce commentaire a été modifié.
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
 //  14:50  //  Aficionado de l'Argentine
Merci pour les précisions, je me doutais que le passage de Paulo Sousa chez les Leões était mal passé côté Benfica mais pas forcément à ce point-là... Son absence du top paraît encore plus logique du coup.
Bon, si l'on tient en compte qu'il s'agit du top joueurs qui ont marqué l'histoire de Benfica, alors il a sa place mais pas pour les bonnes raisons... donc, je préférerais ne pas le mettre. Et, je tiens à le préciser, toute cette affaire n'affecte pas mon jugement sur la qualité du joueur
4 réponses à ce commentaire.
Ce commentaire a été modifié.
Ah, Mário Coluna ...

Vous dites Apollo Creed ? Je dirais plutôt Sugar Ray Robinson. Mário était la puissance, la vitesse et la précision. Sa frappe de balle était redoutable, comme la qualité de ses coups de tête. Comme Sugar Ray, il avait l'aisance gestuelle, l'habileté à bloquer les attaques adverses tout en étant un maitre tacticien au milieu de terrain, lui qui permettait au Benfica de n'être jamais coupé en deux. C'était un joueur très mobile tactiquement pour l'époque et il fallait le descendre par derrière pour espérer l'arrêter car il ne perdait jamais le ballon. Et on peut aussi ajouter sa capacité de récupération. Un monstre sacré !


Le Benfica des années 60 va être un véritable laboratoire tactique au cours des années 60 et Coluna va évoluer en fonction des changements. Lors des finales de C1 victorieuses de C1 en 1961 et 1962, l'équipe de Béla Guttmann pratique le WM et Coluna, n°10 de l'équipe, est un attaquant-inter coté gauche qui fait le travail au milieu de terrain, il accélère et frappe de loin dès qu'il le peut, avec réussite.

Le Benfica gagne la C1 et la coupe nationale en 1962 mais perd le championnat au profit du Sporting Portugal. Saison 1962-63, entrainé par le coach chilien Fernando Riera, toujours en WM, Coluna devient capitaine, il passe au milieu de terrain, devient le n°6 et le chef incontesté de l'équipe. Saison 1963-64, entrainé par le hongrois Lajos Czeizler, Benfica gagne le championnat en marquant 103 buts en 26 matchs (record!) et la coupe nationale mais se fait humilier en C1 par le Borussia Dortmund au 2e tour, un cinglant 5-0 au retour ...

Saison 1964-65, entrainé cette fois par le franco-roumain Elek Schwartz, l'équipe pratique une tactique innovante pour l'époque: le 4-1-4-1 en phase défensive qui se transforme en 4-1-2-3 sur les phases offensives, qui sera le précurseur du futur 4-3-3 dominant de la fin des années 60 - 1ère moitié des années 70. Coluna devient le n°7 cette fois, toujours capitaine, faisant l'animation offensive aux cotés d'Eusebio, couvert par José Neto (milieu défensif devant la ligne de 4 derrière), sur les ailes Simões et Augusto, en pointe José Augusto Torres. L'équipe atteint encore la finale de C1, en humiliant au passage le Real Madrid 5-1 en quarts de finale pour leur 1ère saison post-Di Stéfano.
Si la finale de 1963 laisse des regrets, que dire de celle-là ? Match joué sur le terrain de l'Inter, une pelouse gorgée d'eau à cause de fortes pluies survenues la veille, de nombreuses flaques rendant les conditions de jeu très compliquées. Les portugais hésitent à se ruer à l'offensive par peur des contres interistes. Le seul but du match est un tir de Jair que le gardien portugais Costa Pereira ne peut stopper car le ballon est trop mouillé. Malgré une tentative désespéré de se rattraper le portier de Lisbonne ne peut empêcher la sphère de cuir de franchir la ligne de but. C'est la double peine pour le club portugais, car Costa Pereira en voulant effacer sa bévue se blesse au nerf sciatique. Il doit laisser ses coéquipiers à dix et c'est Germano le défenseur central qui le remplace dans les cages. Cruel encore ... pour couronner le tout, l'équipe perd la coupe nationale face au Vitoria Setubal.

Saison 1965-66, avec le retour sur le banc de Béla Guttmann sur le banc, l'équipe hésite entre la tactique de la saison précédente et le 4-2-4 en vogue à cette époque en Europe. Le dernier sera finalement adopté mais trop de tergiversations leur fera perdre le championnat au profit du Sporting et va leur coûter une lourde défaite contre Manchester United en quarts de finale de C1. Après un mondial 66 réussi (en tactique 4-2-4) et le retour de Fernando Riera sur le banc, Benfica récupère son trône national mais se fait sortir de la Coupe des villes de foire dès le 2e tour par le Lokomotiv Leipzig.

Saison 1967-68, le coach chilien développe progressivement la tactique 4-3-3 avec Coluna le capitaine au centre du jeu, entouré de Jaime Graça et José Augusto au milieu, José Torres attaquant droit, António Simões attaquant gauche et Eusébio dans l'axe. Riera quitte le club durant Noël 1967 pour entrainer l'Universidad Catolica, l'intérim est fait par Fernando Cabrita (futur coach du Portugal à l'Euro 84) avant qu'Otto Gloria ne revienne à son tour aussi.
Benfica atteint la finale de C1 1968, éliminant au passage St-Etienne et la Juventus époque Movimiento de Heriberto Herrera en demi-finale. Mais encore une fois, Benfica perd face à Manchester United 4-1 en prolongations. Le regret vient du face à face manquée d'Eusébio face à Alex Stepney à la 89 minute, Eusébio applaudira même le geste.

La décennie s'achève par un doublé coupe/championnat en 1969 mais par une élimination face face à un club hollandais nommé l'Ajax Amsterdam. Et à partir de là, Coluna restera encore une saison avant de terminer sa carrière à l'Olympique Lyonnais, ce que l'article ne dit pas (pas bien ...) et qu'il a créé une académie de football à Namaacha pour les jeunes joueurs locaux et qu'il est président de la Fédération mozambicaine de football à l’indépendance de cet état après 1975.

Ses 2 buts en finale de coupe d'Europe 1961 et 1962:


Sa technique inimitable:


O Monstro Sagrado, avec ZizouGabor le foot n'est jamais mort !
Merci Zizou. J'avais moi même écrit un long message évoquant Sugar Ray sur l'article consacré à Gerd Muller dans le Top Munich.

Content de voir que cet immense boxeur continue à nourrir notre imagination 50 ans après.

Allez un petit pas de danse:

https://www.youtube.com/watch?v=Nac0qnuqGDQ
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
 //  15:19  //  Aficionado de l'Argentine
Note : 1
Merci pour ton post Zizou, tu as résumé (en mieux) tout ce que je voulais dire sur Coluna !
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 1
Note : 1
Sublime ZizouGabor.

Merci pour cette magnifique évocation et pour ce crucial rappel tactique.

Je tiens aussi à remercier Steven Oliveira pour ce portrait très intime de Coluna qui m'a sacrément ému et particulièrement son lien avec Eusébio.
Salut à tous,

Ziz', tu évoques le cinglant 0-5 contre Dortmund en décembre 63. Le Benfica était bien la meilleure équipe dans cette confrontation (ils avaient gagné 2-1 à l'aller) mais il manquait trop de monde (blessures + suspensions?) au match retour: Costa Pereira n'était pas là, Germano non plus, Neto au milieu et la doublette en attaque: Eusébio/Torres. José Rita le gardien remplaçant a fait un match calamiteux, le duo Humberto Fernandes/Luciano s'est fait martyriser en defense et l'attaque composée par Serafim et Yauca a été inexistante. Du coup le Benfica a pris l'une des plus larges déroutes de son histoire en coupe d'Europe. Parfois l'histoire ne tient qu'à un concours de circonstances...
Bah alors Dip, comment tu vas ? On te voit plus trop chez So Foot ...

Effectivement ce match Dortmund-Benfica de 1963 c'était une véritable hécatombe coté portugais. Il y a même un article dessus en Mars dernier à l'occasion du 8e de finale retour en C1:
http://www.sofoot.com/quand-dortmund-ro … 39834.html
Salut, Ziz', ça va!
J'ai toujours été un silent reader tu sais, je sors du bois de temps en temps ;)
Merci pour l'article, je ne connaissais pas. J'ai eu l'occasion de voir le match il y a quelque temps quand j'ai décidé de me farcir toute la péripétie européenne du Benfica des 60's.
6 réponses à ce commentaire.
Ce commentaire a été modifié.
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
 //  15:14  //  Aficionado de l'Argentine
Note : 1
Mario Coluna, quel patron !
J'aime pas beaucoup les termes sous-coté/surcoté, actuellement utilisés à tort et à travers, mais pour le coup, je trouve que l'adjectif "sous-coté" sied à merveille à Coluna. J'ai du mal à me rendre compte, le lectorat et les forumeurs de So Foot ayant une culture foot supérieure à la moyenne, mais faudrait faire un sondage sur d'autres sites d'actu sportive : je suis persuadé que pas mal de gens ne le connaissent pas...
Pourtant, en plus d'être "l'âme et le coeur" du Benfica - comme l'a si joliment dit DJTDuarte - mais aussi de la sélection portugaise, Coluna était l'un des meilleurs milieux au monde dans les 60's ! Un véritable maître à jouer et un leader naturel, de surcroît très complet : meneur de jeu créatif, très fort pour dicter le tempo d'une rencontre et servir ses attaquants grâce à sa qualité de passe, doté d'une grande intelligence tactique, capable d'inspirations techniques géniales, il possédait en outre un gros volume de jeu et ne rechignait pas aux tâches de l'ombre et à la récupération, tout en se montrant très adroit devant le but avec sa qualité de frappe hors pair (en attestent ses deux buts inscrits lors des finales de C1 61 et 62)... Bref, un très grand du football portugais et mozambicain !
J'ai découvert avec bcp de curiosité ce classement car si je connais le football en général, le Benfica et son rayonnement également, certains joueurs me sont totalement inconnus...
Par contre, je me suis repassé le classement et j'ai souvenir d'une génération (Humberto, Toni, Chalana etc...) mais n'ai pas vu ni Joao Alvès (vous savez avec ses gants...), ni Jordao... Et ça c'étaient de sacrés joueurs...
Merci en tous les cas à tous les posts qui enrichissent les commentaires...
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
 //  01:04  //  Aficionado de l'Argentine
Tu parles du fameux Jordao de l'Euro 84 (bien connu de l'EDF) ? Si je ne m'abuse, il a joué dans les deux clubs de Lisbonne mais je crois qu'il a plus marqué le Sporting que Benfica... ;)
1 réponse à ce commentaire.