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Le Beckenbauer des sixties

Certes, les années 1970 ont été les siennes pour tout remporter avec le Bayern en étant dominateur à l'extrême, avant de partir faire des sous ailleurs. Mais avant cela, avant d'être un Kaiser, il y a eu un autre Franz Beckenbauer : celui des années 1960, l'outsider, celui qui apprenait, progressait et vivait en voulant se venger des claques reçues.

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#2: Franz Beckenbauer

L'histoire de Beckenbauer commence véritablement par une défaite, et pas des moindres. Le 14 août 1965, le Bayern est un jeune promu en Bundesliga. Il affronte pour commencer son grand rival, le TSV Munich 1860, qui a eu le droit quant à lui d'être intégré à la première fournée de la Bundesliga. Pour Beckenbauer, c'est un match à la saveur particulière. Plus jeune, il a refusé de faire partie des Löwen pour une histoire de gifle qui deviendra légendaire et fondatrice. Il s'apprête à recevoir la deuxième gifle de la part de Munich 1860. Et dès lors, plus rien ne sera comme avant. Si Beckenbauer reste fidèle à son équipe en rouge, elle doit devenir autre chose qu'un second club dans la capitale bavaroise. Elle doit être la meilleure du pays.

Plus jamais 1860


Ce premier derby de Munich dans l'histoire du tout nouveau championnat allemand tourne vite à l'avantage du plus gros. La victoire est courte, 1-0 sur un but de Timo Konietzka, mais les faits sont là : le Bayern doit s'incliner dès l'entame de la saison et confirme que les objectifs sont modestes. L'entraîneur, Cajkowski, se la joue Guy Roux des temps anciens en annonçant « être satisfait si on obtient le maintien » . Son équipe ne joue pas plus sur cette saison de découverte. Le Bayern est encore un club modeste, qui a souffert pour parvenir à monter. La première saison de Cajkovski, l'accession est loupée d'un rien, malgré un premier match et un but de Beckenbauer contre Sankt-Pauli. Beckenbauer est resté fidèle, mais a longtemps hésité. Il se remémore le choix difficile dans le magazine officiel du Bayern en 2010 : « En 1964, il y a eu un moment critique où j'étais proche d'être transféré à 1860. Nous jouions en Regionalliga, les Löwen eux déjà en Bundesliga : ils se sont renseignés auprès de moi. » Il accepte finalement d'attendre un an de plus, promettant de partir si la Bundesliga n'est toujours pas au rendez-vous. Avec une année record en Regionalliga, le Bayern se taille une place au zénith sans problème. Ce laps est même mis à profit par Beckenbauer, qui grandit, ajoute quelques cordes à son arc de joueur complet et accepte de rester puisque le club progresse à sa vitesse et accède à la Bundesliga. Vient alors la défaite contre 1860, dès la première journée. Et une promesse intérieure : « Plus jamais ça. »

Les Anciens et les Modernes


Malgré cette défaite, le Bayern si dominateur la saison précédente revient sur les terrains. Dès la quatrième journée, le leadership du championnat est repris, la bataille lancée et le maintien une histoire déjà ancienne. Le promu séduit par ses jeunes joueurs talentueux, et son latéral gauche intenable et doué balle au pied. Beckenbauer se fait remarquer, en participant à toutes les rencontres en dehors de la 34e journée. Au match retour, 1860 encaisse un lourd 3-0 dans les dents et il ne manque que trois petits points aux Rouges pour être devant les Bleu et Blanc à la fin de la journée. Une misère. Mieux, le promu se permet de gagner la Pokal, en ayant éliminé le tenant du titre Dortmund dès le tour de qualification. En finale, Beckenbauer marque. Le Bayern construit un palmarès consécutif et se donne un nom, comme à ses joueurs. Beckenbauer est pris en équipe nationale courant septembre. Il parvient à être dans le groupe pour le Mondial 66 et être sur le terrain en finale pour opérer un marquage à la culotte de Bobby Charlton. Il n'a que vingt ans et devient pourtant le joueur allemand de l'année. Déjà. Ce n'est qu'un début.

Le pré Kaiser


La saison suivante sera la bonne à tous les niveaux. Dans la colonne des trophées, Beckenbauer s'offre un doublé avec la Pokal à nouveau dans la poche, accompagnée de la Coupe des vainqueurs de coupe. Le Bayern commence à engranger les victoires. La jeunesse paie. La tactique aussi. Le jeune Beckenbauer s'endurcit et son jeu s'étoffe lorsqu'il est replacé comme libéro par Cajkovski. Son style n'a pourtant pas encore de surnom, contrairement au « Bomber » de la nation à ses côtés. Il est un talent reconnu, le fer de lance du Bayern qui vient s'affirmer devant toute l'Allemagne, sans plus. Il faut le départ de son premier mentor pour parvenir à la gloire. En 1969, pour la première fois dans Bild, le Meisterschale sous le bras, son élégance balle au pied teintée d'une certaine confiance en soi et d'un degré de majesté lui vaut un nom bientôt immortel : « Kaiser de Bavière » . Quatre jours plus tard, Stan Libuda fait les frais du nouveau statut du maître à joueur du Bayern, en finale de Pokal. Le Tageszeitung et le Süddeutsche Zeitung emboîtent le pas du concurrent dans les termes. Le couronnement est définitif. L'Empereur entame sa décennie de règne, pour lui et pour son équipe, en marchant sous les sifflets des adversaires. C'est désormais certain, il est là pour rendre grand le Bayern. Les sixties sont terminées. Son temps est venu.



Par Côme Tessier

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