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Rouge George

Dans l'histoire de Manchester United, il y a eu de sacrés numéros 7, mais pas seulement. De Brian Kidd à David Beckham, en passant par Paul Scholes, Duncan Edwards et Ruud Van Nistelrooy, plongée dans l'histoire des Red Devils. Aujourd'hui, le troisième de ce top : George Best, avec un retour sur sa finale de C1 1968.

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#3: George Best

George était sûr de lui. Un regard sur le parcours de Benfica lui avait suffi. Au premier tour, les Lisboètes s'en étaient difficilement sortis face au premier coup de cœur de sa vie, le Glentoran FC. Au deuxième, il y avait eu Saint-Étienne puis le Vasas CS en quart de finale. Enfin, il y avait eu la Juventus, balayée en demi-finale, et voilà. Alors, pourquoi trembler ? « J'étais sûr qu'on allait se balader » , aimait raconter George Best dans les semaines qui précédaient le dîner le plus important de sa vie. Chacune de ses nuits étaient identiques : il ne rêvait pas mais s'imaginait tout ce qui allait suivre. Best visualisait la pelouse, il voyait ses futurs partenaires de danse mais « préparait » surtout tout ce qu'il allait faire une fois une fois arrivé au stade. Comment aborder un adversaire ? « Tu dois essayer de le détruire moralement. » Alors, George dessinait dans sa tête les gestes, les courbes dans lesquelles il souhaitait emmener son corps et les torsions futures qui lui permettraient de ridiculiser le moindre défenseur. Un détail, George Best ne parlait jamais au pluriel mais voyait avant tout n'importe quelle sortie à un contre onze. Ainsi, il se sentait intouchable et pouvait écrire son propre scénario. Voilà comment il avait aussi imaginer cette fin d'après-midi londonienne le 29 mai 1968.

Pression et défi


En face, Benfica avait aussi ses références : sept titres sur les neuf dernières saisons, des noms qui ramenaient à une demi-finale de Coupe du Monde perdue deux ans plus tôt par le Portugal face à l'Angleterre (1-2) à Wembley – Torres, Augusto, Coluna, Graça, Simões, Eusébio – et la promesse de recevoir 1000 livres par tête en cas de succès ce soir-là. Comment allait Manchester United ? Pas très bien, malgré la qualification pour cette finale de C1. Avant tout car le championnat a été perdu quelques semaines plus tôt au profit de Manchester City après deux défaites dans les trois dernières journées à West Bromwich Albion (3-6) et à Old Trafford face à Sunderland (1-2). George Best, lui, a déjà la tête ailleurs, bien loin des 28 buts claqués cette saison-là et même au-dessus du titre de meilleur joueur du championnat qu'il vient de recevoir. Son souhait est simple : enfin regarder Denis Law, Stanley Matthews, Bobby Charlton et les autres dans les yeux. Pour ça, il sait qu'il doit soulever l'Europe. Comment ? Il rêve de planer sur la rencontre, il se voit régaler Wembley avec des actions individuelles, il s'imagine casser en deux la ligne Calisto-Fernandes-Santos-Cruz. En privé, il s'était même lancé un défi : « Un hat-trick et conquérir Wembley. » Problème, ce jour-là, George Best s'est peut-être pour la première fois mis la pression, quelque chose qu'il ne connaissait pas jusqu'ici. Dans les couloirs, on l'a vu tripoter frénétiquement son maillot, remettre avec anxiété sa mèche. Sur le terrain, on a vu à plusieurs reprises son regard se perdre.

Vidéo

« Le boss en aurait fait une crise cardiaque »


Dans sa tête, Wembley devait être son sommet et le fait qu'il n'a alors que 22 ans ne peut rien y changer. Cette finale, c'est aussi de la dramaturgie : les souvenirs de Munich, les cigarettes de Busby, les rues vides de Manchester, la responsabilité de la mémoire des vivants pour les amis perdus dix ans plus tôt... Best ne pouvait supporter l'idée de l'échec : « J'avais l'impression d'avoir laissé tomber des gens. » Alors, pour se préparer, il avait coulé des verres avec son pote Mike Summerbee, même si George était le plus souvent vu en couple avec une bouteille de champagne. Seul. Rien ne lui avait alors jamais résisté et George Best avait confié ceci à propos de Matt Busby : « Je ne voulais pas penser à ce que je pourrais lui dire si on perdait. Je n'étais pas sûr d'être capable de le regarder dans les yeux et de lui demander pardon. » Le match qui suivra sera assez chiant, bouffé par la tension malgré la beauté du décor : un soleil qui se couche. Parler de cette finale, c'est avant tout penser à l'ouverture du score de Charlton, se repasser l'égalisation de Graça et filer en prolongations après un dernier frisson glissé par Eusébio. Un Ballon d'Or se mérite, Best le sait alors la suite doit lui appartenir. Depuis 90 minutes, il a été accroché entre les inspirations. Un tacle posé sur son tibia le laissera même quelques minutes allongé sur la rencontre. Et, l'éclair : l'insolence, la gestuelle, le génie. L'illusion, surtout, entre un défenseur et José Henrique. C'est son moment, c'est parfait mais lui l'avait rêvé autrement. Pourquoi ne pas s'accroupir et pousser le ballon derrière la ligne de la tête ? « Je me suis juste dégonflé parce que ce casse-pieds s'est relevé trop vite. Ceci dit, le boss en aurait fait une crise cardiaque » , lâchera-t-il après la rencontre. Manchester United est lancé et s'imposera finalement largement (4-1). Le dernier ballon de la rencontre sera touché par George Best. Matt Busby pleure, il y a du champagne, on boit dans la coupe mais George, lui, plonge dans son spleen.

7 et match


Best ne voulait pas que cette finale s'arrête. Il confiera plus tard qu'il aurait pu continuer de jouer jusqu'au moment de s'effondrer sur la pelouse. Il n'est pas heureux, il a des regrets car la finale ne s'est pas passée comme il l'avait imaginé la nuit précédente. C'est « la plus belle nuit de sa carrière de footballeur » mais aussi « l'une des moins satisfaisantes » . Manchester United a touché les sommets qu'on lui promettait mais Best estime que ce moment « ne lui appartient pas » . Alors, George est sorti et a tout oublié. Il ne conservera que quelques images de la finale, qu'un bref souvenir du banquet organisé au Russell Hotel de Londres au cours duquel les parents de Duncan Edwards viendront le voir pour lui dire que « Duncan racontait toujours que United gagnerait la Coupe d'Europe » . La suite de la nuit sera floue, Best rangera sa médaille, partira retrouver Jackie Glass et lui offrira un sac à main offert par Eusébio. Wembley aurait dû être « le début de quelque chose de magnifique et merveilleux » , ce sera finalement le début de la fin. De cette journée, on conservera alors cette image figée d'un numéro sept bloqué dans l'espace-temps. Busby arrêtera bientôt le football, Best ne gagnera plus et sera déclaré en faillite quatorze ans plus tard. Il revendra alors son Ballon d'Or pour vivre. Vivre pour oublier, pour espérer, mais vivre, simplement. MBr

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