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« Je laisserais ma femme coucher avec Steven Gerrard »

Tout a déjà été écrit sur Steven Gerrard, ce capitaine courage à l’esprit invincible. Alors, afin de saisir concrètement son importance dans la ville anglaise, nous sommes partis à la rencontre de ceux qui le connaissent le mieux : ses fans. Voici leur Steven Gerrard à eux.

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#1: Steven Gerrard

« Ici, tout le monde le considère comme une personne dont il faut s’inspirer. Qu’on soit rouge ou bleu. Les habitants de Liverpool se reconnaissent en lui parce que c’est un gamin de la ville qui est devenu une vraie force de la nature. Moi, j’ai 35 piges, et je peux t’assurer que c’est le seul joueur de Liverpool dont j’ai été jaloux sur les 25 dernières années. » Casquette d’Everton posée sur un crâne chauve, Joe souffre le martyr à chaque compliment adressé à Steven Gerrard. « Je le hais comme pas possible ce type, mais d’un autre côté, je l’adore parce qu’il a porté haut et fort notre ville, nos traditions. » En ravalant sa fierté et son fanatisme pour les Toffees, Joe trouverait presque de la sympathie envers un homme qui lui a pourtant fait passer ses « pires moments de football » .

« Dieu seul sait où on serait aujourd’hui s’il était parti »


Rien de mieux que de se rendre à l’intérieur de The Park, mythique pub situé à l’arrière du Spion Kop – où l’histoire des Reds est chantée avant et après les rencontres par ses plus fidèles supporters –, pour comprendre l’impact de SG8. L’air y est lourd, l’odeur de houblon bizarrement agréable. L’espace se fait rare et chaque petit air frais se savoure. L’interminable queue au bar semble un bon prétexte pour entamer la discussion avec un bien-nommé Steven. « Selon moi, dans notre histoire, il n’y a que Souness qui possédait une aura similaire à celle de Gerrard. La première image qui me revient en tête ? La façon qu'il avait de tacler lorsque l’on jouait contre Everton. C’était incroyable une telle passion ! Il a toujours privilégié l’intensité aux grands discours, alors si je devais le résumer en deux mots, je dirais leadership et talisman. » « Pendant quoi, presque dix ans, le mec a permis au club de se maintenir dans une stabilité sportive, ajoute un petit homme bloqué entre deux commandes et qui écoutait la discussion avec discrétion. On voyait tous nos héros partir les uns après les autres pour le Real, le Barça et l’Italie, alors que lui est toujours resté pour maintenir le club dans le Big Four. Je ne préfère même pas imaginer ce qu’il se serait passé s’il était parti après la Ligue des champions en 2005. » Un violent sursaut après ce mauvais rêve, sans doute.


Rendez-vous à l’extérieur du pub pour discuter avec George, la soixantaine bien prononcée, dont les traits de visage sont si épais qu’une imprimante 3D n’aurait pas fait mieux. « Pour un Scouser, choisir entre Dalglish et Stevie revient à choisir entre sa mère et sa femme. On ne pourra jamais dire qu’on en aime une plus que l’autre, mais intérieurement, tu privilégies celle qui est restée quand tout allait mal, comme notre skipper. (S’adressant à ses potes qui se grillent une clope) Putain les gars, Stevie me rend même poétique » , lâche-t-il avant de balancer un rot parfumé, puis de se barrer en se marrant. Cheers, lad.

« Il ne serait jamais devenu Steven Gerrard s’il n’était pas né ici »


Nouvel intervenant impromptu, qui, ayant entendu les simples « Steven » suivi de « Gerrard » n’a pu contenir son ardeur et s’est lui-même posé la question quant au rapport qu’il entretient avec le jeune milieu retraité. « Écoute, Steven Gerrard a eu presque autant d’influence dans ma vie qu’a pu en avoir mon père. Et comme c’est lui qui m’a transmis sa passion pour le club, il ne m’en veut même pas. Il comprend, mon vieux. » Pas même le temps de souffler ou de lui demander son prénom que l’intrépide file à l’intérieur du pub pour reprendre en chœur le chant lancé par ses potes. « Steven Gerrard is our captain / Steven Gerrard is a Red / Steven Gerrard plays for Liverpool / A Scouser born and bred / And then one night in Turkey / It was 21 years since Rome / With a Liver Bird upon his chest / He brought the cup back home. »


Rose n’est plus toute jeune. De ses propres mots, elle demeure « plus vieille que sa plus vieille amie » . Mobilisée avec l’association Total Eclipse of The Sun, qui vise à bannir le tabloïd de la cité portuaire, elle revient sur la relation nourrie entre la ville et son héros. « Gerrard, c’est Liverpool. Son destin est lié à celui de la ville. Il ne serait jamais devenu Steven Gerrard s’il n’était pas né ici. Sans Hillsborough, et il le dit lui-même, il ne serait jamais devenu professionnel (l’autobiographie de Stevie-G se ponctue en effet par « Je joue pour Jon-Paul » , son cousin décédé durant la tragédie, ndlr). » Rencontre maintenant avec Emmanuel, fan français des Reds depuis les eighties, qui traverse la Manche plusieurs fois par saison pour effectuer son pèlerinage à Anfield. « C’est une grande ville de romantiques, et son histoire a touché les gens. Déjà, il arrive chez les pros un peu par accident, après que Houllier était originellement venu superviser les jeunes pour y trouver un arrière droit. Ce qui le rend si spécial, c’est aussi son charisme débordant, que Kenny Dalglish n’avait pas. » De fait, chose tout de même rare chez les capitaines, Gerrard avait le don d’être à la fois un leader silencieux, ne s’exprimant que par sa qualité intrinsèque, et également un sacré meneur d’hommes lorsqu'il s’agissait de rentrer dans le lard. Une personne dont tout le monde souhaitait suivre l’exemple, en somme.

« Une légende urbaine »


Adossé à un fish and chips, John beugle comme un forain pour écouler son stock de fanzines. Deux pounds, il s’agit du prix de sa parole. « Un ambassadeur. Voilà ce qu’était Stevie pour nous. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’était un symbole, parce que Liverpool est une ville très individuelle construite culturellement par de très grands noms. Je pense q... (s’arrêtant subitement pour faire la réclame du programme du match contre Crystal Palace) De quoi on parlait, déjà ? Ah oui, Stevie. Bon, moi j’ai eu la chance de voir King Kenny jouer. C’étaient des ères différentes. Dieu sait ce que Gerrard aurait pu faire gagner à Liverpool avec des types comme Heighway, Ian Rush, Jimmy Case à ses côtés... »


Sur les bons conseils de John, nous rencontrons Alan, qui travaille pour le club en tant que steward. Un enfant pur et dur de Toxteth, un quartier réputé pour sa criminalité. « Les perspectives pour les jeunes issus de quartiers défavorisés de Liverpool sont très limitées. Grâce à lui, les gens se sont remis à rêver pour leurs enfants, parce que Gerrard, il faut le rappeler, est sorti de nulle part. Ouais, on peut dire que c’est un genre de mythe, une légende urbaine, quoi. »

Retour à l’intérieur de The Park, où les Kopites se mettent les dernières pintes avant de rejoindre leur tribune pour la rencontre face à Crystal Palace. Sereinement assis à l’arrière de l’établissement, Isaac et Kirsty boivent sans se presser. Ils ont de la bouteille. Leur 32e anniversaire de mariage vient de passer. « Notre fils avait envoyé un message à Gerrard pour lui demander d’y venir » , souffle Isaac, pas fâché de l’absence de réponse pour autant. « Gerrard c’est l’Olympiakos, c’est Istanbul, c’est notre âme et notre histoire, bordel. Je le laisserais coucher avec ma femme, s’il le voulait » , dit-il dans le plus grand des sérieux, avant de claquer un smack à l’intéressée, qui paraît davantage flattée que vexée. « On nous charriait beaucoup parce qu’on avait soi-disant rien produit d’intéressant depuis des dizaines d’années, poursuit Isaac. Surtout les mecs de United, en fait, ils adoraient nous le dire, ces enfoirés, avec leur génération Scholes, Neville, Giggs... Du coup, après Istanbul, ils l’ouvraient un peu moins... » Elle est sans doute là, la plus grande victoire qu’a pu offrir Steven Gerrard à Liverpool.

Par Eddy Serres, à Liverpool

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