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Alessandro Nesta, cœur bleu ciel

Formé au club, capitaine à 21 ans, Alessandro Nesta se classe deuxième du Top 50 des joueurs ayant écrit l'histoire de la Lazio. Celui qui a dû se sacrifier en 2002 pour sauver son club de cœur de la faillite n'a jamais oublié son premier amour. L'ancien défenseur raconte ainsi ses premiers ébats à la Lazio, de ses débuts à son départ forcé, en passant par son but en finale de Coupe d'Italie contre... Milan.

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#2: Alessandro Nesta

Le premier club de ta carrière, ce n’est pas la Lazio, mais l’US Cinecittà, un club qui était affilié à la Roma.
Oui. Il faut savoir que toute ma famille est laziale. Mais vraiment laziale, laziale. Nous vivions à Cinecittà, un quartier très populaire de Rome, dans une barre d’immeuble immense. Peut-être 500 mètres d’appartements les uns à côté des autres. Je ne sais même pas combien de familles vivaient là-dedans. Mais une seule était de la Lazio : nous. Toutes les autres étaient de la Roma. Et quand tu es dans ce cas, tu deviens un supporter encore plus fervent.

Toi, tu étais quel genre de supporter ?
Un vrai. J’allais au stade tout le temps, et pourtant, la Lazio était souvent en Serie B. Il y a eu une période de mieux, avec Bruno Giordano, Laudrup. Mais ensuite, il y a eu la Lazio du -9, la période la plus difficile de l’histoire du club. Moi, j’étais ramasseur de balles à l’époque.

Comment s’est passée ton évolution, de l’US Cinecittà à la Lazio ?
Mon père voulait absolument que j’aille à la Lazio, et dès que l’occasion s’est présentée, il l’a saisie.
« Zeman a dit : "Non, moi, je ne veux personne en défense, je veux ce garçon-là." Il parlait de moi. "Il va jouer titulaire, au centre de la défense." Moi ! Comment ça moi ? Oui, moi. »
C’est là-bas que j’ai grandi sur le plan footballistique. Au tout début, j’étais attaquant. Mais je suis devenu de plus en plus grand, avec des pieds de plus en plus longs. Du coup, j’ai reculé. Pour mon premier match avec l’équipe première de la Lazio, j’ai joué au milieu. Finalement, je me suis retrouvé défenseur latéral. Ensuite, Zeman est arrivé. Le défenseur central de la Lazio s’est blessé, et, du coup, il m’a mis au centre de la défense pour les quatre derniers matchs de la saison. L’année d’après, j’étais jeune, le président Cragnotti avait de l’argent pour acheter des joueurs. Zeman a dit : « Non, moi, je ne veux personne en défense, je veux ce garçon-là. » Il parlait de moi. « Il va jouer titulaire, au centre de la défense. » Moi ! Comment ça moi ? Oui, moi. Et c’est ce qui s’est passé.


Zeman t’a beaucoup fait bosser ?
Oui, c’est lui qui m’a fait le plus progresser. Il s’occupe peu de la phase défensive. Ce qui lui importe, c’est de marquer un but de plus que l’adversaire. Il s’en fiche de prendre quatre buts, du moment que tu en marques cinq. Sur le plan physique, il m’a fait travailler comme une bête. Il m’a tué. Mais cela m’a fait devenir plus robuste.

La première grande date de ta carrière : 29 avril 1998.
Oui, c’était la finale de la Coupe d’Italie. Cela reste encore aujourd’hui l’une des plus belles soirées de ma vie. À l’aller, nous avions perdu 1-0 avec un but de Weah à la dernière minute. Là, au retour, on prend un but dès l’entame de la seconde période. On doit donc marquer trois buts. Là, notre entraîneur fait entrer un joueur suisse, Gottardi. Ce jour-là, on aurait dit Maradona. Il a marqué, il a provoqué un penalty. Et ensuite, je marque le troisième but qui nous offre la Coupe.

L’enfant du pays qui fait gagner son club.
C’était magnifique. Quand tu es plus jeune, tu es encore plus tifoso de ton équipe. Quand tu grandis, tu prends du recul. Mais ce soir-là, j’avais 22 ans, j’étais un vrai supporter. Après le match, je planais.

Vidéo

Avec la Lazio, tu as ensuite gagné la Coupe des coupes et le Scudetto. Tu étais le capitaine de cette équipe, qu’est-ce que cela représentait ?
C’était un rêve. J’ai toujours été chanceux dans ma vie parce que quand j’étais petit, la Lazio était un champ de ruines, pleine de dettes, impliquée dans le Totonero, elle n’avait pas d’argent, Serie B. Dès que j’ai commencé à jouer avec l’équipe première, Cragnotti est arrivé. Il a investi beaucoup d’argent, il a acheté de grands joueurs, les plus forts du monde. Il m’a donné l’opportunité de gagner des trophées avec mon club de cœur.

Ton départ, lors de l’été 2002, a été douloureux.
C’était surtout irréel. J’étais en train de faire un toro à Formello, dernier jour du mercato. Le fils de Cragnotti m’appelle et il me dit : «  Tu vas aller à l'AC Milan. » Je lui réponds : « Comment ça ? Moi ? Non, certainement pas ! »
« Je me suis demandé s’il restait quelqu’un à la Lazio. C’était un vrai bordel, le club n’avait plus d’argent et a dû nous vendre. »
Quelques heures plus tard, je me retrouve à San Siro. Moi, je ne voulais pas. Ensuite, cela s’est révélé être la chance de ma vie, mais à ce moment-là, je ne voulais pas y aller. J’arrive au stade pour la présentation officielle, et il y avait Inter-Milan, match amical de charité. Je suis sur la pelouse, je me tourne, et là je vois Crespo avec le maillot de l’Inter, alors que le matin même, on faisait ensemble un toro avec le maillot de la Lazio ! Il me dit : « Ils m’ont vendu moi aussi. » Je me suis demandé s’il restait quelqu’un à la Lazio. C’était un vrai bordel, le club n’avait plus d’argent et a dû nous vendre.

C’était surtout la première fois en 26 ans que tu quittais Rome.
C’était dramatique. Dès mon arrivée, j’ai dû faire une interview en direct pour une émission italienne, la Domenica Sportiva je crois. Et moi, j’étais vraiment triste. Galliani est venu me voir et m’a fait comprendre qu’il valait mieux que je sourie un peu, au moins devant les caméras. Ils venaient de dépenser quoi, 30 millions pour moi, et moi j’étais triste. Les premiers jours cela a été difficile...

Après ton départ, tu as totalement coupé le cordon avec les supporters de la Lazio. À Rome, on te l’a souvent reproché.
Je suis quelqu’un de très orgueilleux. La première fois que je suis revenu à Rome pour un Lazio-AC Milan, des supporters ont jeté des bouteilles d’eau sur moi. Tout le monde me jugeait coupable de mon départ et disait que c’est moi qui avait voulu aller à Milan. La vérité, c’est que j’ai été forcé à aller à Milan. Aujourd’hui, je dis que cela a été ma chance, mais à l’époque je ne voulais pas partir. C’était évident que la Lazio était en train de faire faillite, les gens le savaient. Alors pourquoi ils m’en voulaient ? Ils auraient pu en vouloir au président, mais pas à moi. Ensuite, les années se sont écoulées, et à chaque Lazio-Milan, j’ai reçu des coups de fil pour « faire la paix » . Mais moi, je ne fais la paix avec personne. Si vous voulez me siffler, vous me sifflez, si vous voulez m’applaudir, vous m’applaudissez. Moi, je viens, je joue, et quand le match se termine, je rentre à la maison. Point.


C’était une carapace pour ne pas montrer que tu souffrais de la situation ?
Oui, et c’était aussi de la fierté. Je pense m’être toujours bien comporté. J’ai toujours eu de beaux rapports avec les tifosi. Le problème, c’étaient les ultràs. Lors d’un Lazio-Milan, ils m’ont envoyé un message en me disant : «  Ne viens pas te présenter sous la Curva Nord, fais vraiment attention.  » Une vraie menace. Après, pour les autres, pour les familles, je sais qu’il y a de l’affection pour moi, car je suis de Rome. On se souviens de moi avec plaisir. Avec ces supporters-là, je n’ai jamais eu aucun problème. En revanche, les ultràs veulent toujours que tu fasses certaines choses. Moi, je ne veux rien faire. Moi, je joue au football. Et vous, vous faites les supporters. Basta.

Rien que tu ne changerais si tu pouvais revenir en arrière ?
« Comment peux-tu me dire de m’en aller la veille du derby ? Pourquoi ne pas me l’avoir dit deux jours après ? Je n’ai pas arrêté d’y penser, j’étais mal. À la fin de la première mi-temps, on perdait déjà 3-0, tout ça m’est monté au cerveau, j’ai dit que je voulais sortir et j’ai été remplacé. »
Si, évidemment. J’ai fait quelques erreurs à cause de mon jeune âge. Il y a eu un derby à Rome où je suis sorti du terrain furieux, en 2001. La Roma était plus forte que nous. À cette époque, le président Cragnotti voulait déjà me vendre. On me disait : « Tu vas aller à la Juve » , je répondais : « Pas question  » , on s’embrouillait. La veille du derby, le président m’appelle et me dit : « C’est fait, tu vas à la Juve. » Je lui ai encore répondu : «  Je ne vais pas à la Juve, moi je reste ici.  » Comment peux-tu me dire de m’en aller la veille du derby ? Pourquoi ne pas me l’avoir dit deux jours après ? Je n’ai pas arrêté d’y penser, j’étais mal. À la fin de la première mi-temps, on perdait déjà 3-0, tout ça m’est monté au cerveau, j’ai dit que je voulais sortir et j’ai été remplacé. Je n’aurais jamais dû faire ça. Si cela arrivait aujourd’hui, je l’aurais géré différemment.

Tu n’as jamais eu envie de rentrer à Rome pour finir ta carrière ?
Si si. En 2006... (il hésite). Oui, 2006 je crois. J’ai voulu revenir à la Lazio. Je jouais en Nazionale avec Massimo Oddo, et il jouait à la Lazio. Je lui ai demandé de voir avec le président Lotito s’il voulait que je revienne. J’étais même en fin de contrat. Tu sais ce qu’il a dit ? Que j’étais trop vieux. Il a même dit dans les journaux : « Nous, nous n’achetons pas les vieux.  » Tu peux dire ça avec plus d’élégance, autrement, avec plus de style. Surtout que j’avais 30 ans, pas 38. L’année d’après, j’ai gagné la Ligue des champions avec l'AC Milan. Je me rappelle même l’avoir vu le soir de la finale, quand j’allais chercher la Coupe, il était caché derrière Galliani. Tu imagines. À partir de là, basta. Les années suivantes, on m’a rappelé pour que je revienne à la Lazio, mais je n’ai pas voulu y aller. Il s’était planté, tant pis. Ça n’empêche pas que mon cœur sera toujours laziale. Je serai toujours laziale.


Interview intégrale initialement publiée dans le So Foot #101

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