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Gunnar Andersson, Marseille à mourir

Dans les années 1950, Marseille fait connaissance avec le plus provençal des Suédois. Des buts à la pelle, des verres de pastis à n'en plus finir, Gunnar Andersson s'est rapidement laissé enivré par l'Olympique de Marseille. Un excès aussi prolifique que tragique.

Modififié

#3: Gunnar Andersson

1er octobre 1969. Le Vélodrome est prêt à vibrer pour ses joueurs et surtout pour son magnifique Suédois : Roger Magnusson. Il y a un peu plus de dix ans, le public marseillais s'extasiait devant un autre Scandinave. Mais la dizaine d'années passée depuis semble bien plus longue pour le corps usé de Gunnar Andersson. Fatigué, malade, il passe dans les locaux du journal Le Provençal pour récupérer des billets pour le match de Coupe des coupes contre le Dukla Prague. Quelques minutes plus tard, quelques mètres plus loin, il succombe à une crise cardiaque, rue Breteuil. Son corps est retrouvé là, avec les tickets du match dans sa poche. À 41 ans, Gunnar est mort beaucoup trop tôt. Mais au moins, il est mort là où il se sentait chez lui, avec l'idée de rejoindre sa deuxième famille. Même si celle-ci avait un peu trop tendance à l'oublier depuis quelque temps.

Des pastis et des buts


L'histoire entre l'Olympique de Marseille et Gunnar Andersson commence dix-neuf ans plus tôt. Lors d'un match amical avec son club de Boldklub, le Suédois séduit Louis-Bernard Dancausse, le président de l'OM. Même s'il est totalement inconnu du grand public, Gunnar se voit proposer un contrat sur le champ par l'Olympique de Marseille. Quelques mois plus tard, en janvier 1951, le voilà qui débarque à Marseille. Trompé par deux journalistes du Soir qui l'interceptent et le font descendre à Avignon pour pouvoir l'interroger tranquillement dans un hôtel, le Suédois découvre la folie d'une ville qui lui plaira bien plus que prévu. Lui qui ne parle pas un mot de français apprend rapidement la langue, avec l'accent marseillais. « Ton arrière-grand-père a dû fauter avec une petite de la Belle de Mai, et il en est resté quelque chose dans la famille » , s'amuse à lui dire son capitaine Roger Scotti. Tombé amoureux de la Provence, il s'acclimate plus vite que n'importe qui et devient un spécialiste de la pétanque et de la belote. Et de la boisson aussi. Surtout.

« Lorsque Gunnar a débarqué et qu'il s'est assis pour son premier dîner, il a demandé du lait. Mais là-bas, dans le Sud, on boit pas de lait quand on est adulte. On lui a servi du vin à la place. Et il a aimé » , racontait son ancien coéquipier Jean Robin. Il a aimé, mais pas autant que le pastis, « ces petites boissons jaunes distillées par le diable » , comme il le décrit dans les lettres qu'il adresse à sa mère et à son frère restés en Suède. Loin de sa famille, il se laisse entraîner dans des soirées alcoolisées. Si bien qu'un jour, le 5 septembre 1954, juste avant un match contre Roubaix, il parie avec ses amis qu'il peut enfiler dix pastis avant la rencontre et planter un triplé. Il enquille, file au match, et claque un triplé en moins de quinze minutes. Victoire 5-2. Le lendemain matin, il ne se souvient plus de rien. Parce qu'avant d'être un homme avec un penchant pour la boisson anisée, Gunnar Andersson est un buteur d'exception.

De « 10h10 » à « Monsieur 50% »


À cause de ses pieds en canard, il est rapidement surnommé « 10h10 » par les supporters marseillais, avant de se voir attribuer un petit nom bien plus flatteur : « Monsieur 50% » . Car au fur et à mesure que les saisons passent, Gunnar chope l'habitude d'inscrire plus de la moitié des buts de l'Olympique de Marseille. En effet, ses pieds en dedans ne l'empêche pas d'enfiler les buts comme des perles. Du pied droit, du pied gauche ou de la tête, Gunnar Andersson trouve toujours le chemin des filets dans n'importe quelle position. En 220 rencontres avec l'OM, il inscrit 194 buts, dont deux quadruplés, dix triplés et trente-quatre doublés. Une obsession pour le but et pour rendre fier ses supporters qui s'exprime le 16 septembre 1951 au Vélodrome. Lors de la déroute 10-3 contre le grand Saint-Étienne, il marque les trois but de son équipe, ne peut retenir ses larmes et s'attribuer la responsabilité de cette humiliation. « Oui, j'ai marqué les trois buts, mais j'aurais dû en marquer onze... » , déclare-t-il, tête basse.

Finalement, à cause de son hygiène de vie, il finit forcément par baisser de régime, et quitte le club en 1958, à 30 ans. Après quelques piges dans d'autres clubs français, il est peu à peu oublié et travaille un temps comme docker sur le Vieux-Port. Quasiment SDF, des ulcères plein d'estomac et un caillot coincé dans la jambe droite, il se voit offrir un sursis par Marcel Leclerc. Le nouveau président de l'OM lui paie ses frais d'hospitalisation et lui trouve un emploi à la piscine privée Chevalier-Roze-Sports, à deux pas du Vélodrome. Un beau geste, mais qui ne suffira pas. Gunnar Andersson décède un an plus tard. Il aimait trop Marseille pour y survivre.
À Marseille il a retrouvé le bleu et le jaune de son pays. Putain de saudadje.
Merci pour cet article.
Fred Astaire Niveau : National
Marcel Leclerc: un grand président et un grand homme.
On a oublié de dire que Gunnar Andersson a été naturalisé en 1954. Du coup on peut s'étonner qu'il n'ait en tout et pour tout qu'une seule et unique sélection en équipe de France...B: histoire à fouiller.
Je ne pensais pas que Waddle serait si haut: on ne va pas s'en plaindre.
Fred Astaire Niveau : National
Pour compléter

Gunnar Andersson fut peut-être le joueur le plus aimé de toute l'histoire de l'OM.Trop gentil, trop attachant, vraiment proche des supporters avec qui il conversait « avè l'assent ». Pourtant, rien ne destinait ce Scandinave à devenir la coqueluche de tout Marseille.

Né le 14 août 1928 à Arvika, petit bourg de la Suède du Nord, il fait des débuts prometteurs dans deux petits clubs, jouant ensuite à Goteborg avec Gren qui deviendra plus tard une star du Milan AC. Il fut recruté par l'entraîneur Wolf, du Stade Français, qui l'avait observé lors d'un tournoi à Barcelone et qui s'entendit critiquer sévèrement pour avoir dirigé sur Marseille un tel joueur au lieu de le garder tout bonnement pour lui.
Et bien sûr, Gunnar eut un curieux titre de gloire : il fut le premier footballeur qui ait été "kidnappé" (avant Di Stefano et maintenant quelques Colombiens). Alors qu'il se trouvait dans le train Paris-Marseille avec M. Wolf, lors de son arrivée, il fut invité à quitter le convoi à la gare d'Avignon.

(Deux journalistes de Marseille le firent monter à bord d'une traction avant noire qui les conduisit en grand secret dans un hôtel discret proche de la Canebière. Simple épisode de la guerre qui mettaient aux prises depuis longtemps les chroniqueurs sportifs marseillais et le Président de l'OM, le tout puissant Louis-Bernard Dancausse. L'histoire fit quelque bruit autour du Vieux-Port et Dancausse faillit en attraper une jaunisse. Le patron de l'OM., en effet, n'admettait pas que l'on joua au "kidnapping" avec un gaillard qui lui avait couté quatre millions (de l'époque) plus les frais et les centimes additionnels.
Quand on voit ce que coute aujourd'hui un joueur et que l'on fait la conversion, cela représente 6000 Euros. Pas de quoi fouetter un chat. Mais on ne vit pas à la même époque).

Qui était au juste cet Andersson dont personne n'avait entendu parler?

Tout simplement un réserviste de l'IFK Goteborg que les censeurs de l'amateurisme suédois avaient sanctionné parce qu'il touchait 25 couronnes (1.625 francs, soit 2 Euros 50) par match alors que les meilleurs joueurs devaient se contenter de 15 couronnes au titre de manque à gagner.
A Goteborg pendant l'hiver, il jouait au "bandy", adaptation du hockey sur glace sur terrain de football. A cette époque Gunnar vivait de son métier de ... plombier à la Compagnie des Chemins de Fer Suédois.

Un an exactement après son départ de Goteborg, tous les Marseillais s'accordaient à dire (et la Bonne Mère sait qu'il est difficile de faire l'unanimité dans sa bonne ville) que le suédois était un joueur en or.

Il avait suffi que Gunnar marqua quelques buts époustouflants pour que de plombier, il devint orfèvre.

Le 31 Décembre 1950, à Toulouse, Gunnar (ci-contre) marquait le premier but de son aventure Olympienne.
Il avait été le roi des buteurs en 1952 (31 buts) en 1953 ( 35 buts et record) et le n° 3 en 1954 et en 1955. Autant dire que l'OM lui devait beaucoup. Il était surnommé Monsieur 50 % puisqu'il marquait plus de la moitié des buts Olympiens. Gunnar n'aimait pas beaucoup perdre, même à la belote.
Lors de ses débuts à l'OM. il n'osait plus sortir de son hôtel après une défaite, tant il avait honte.

Quand son équipe fut battue le 16 septembre 1951 au Vélodrome (3-10) par Saint-Étienne (le gardien Libérati avait été blessé et on ne remplaçait pas les joueurs), il pleura, et s'attribua toute la responsabilité de la défaite, bien qu'ayant marqué les 3 buts de son équipe : «Oui, j'ai marqué les 3 buts, dit-il, mais j'aurais du en marquer onze ... »
Un humoriste s'exclama : "On en fera un bon international... français !" Et Gunnar "Marius" Andersson fut naturalisé et joua avec l'équipe de France B à Marseille au Vélodrome contre l'Italie en Février 1956.

Le départ de Kopa au Real de Madrid (à l'époque, on ne jouait pas en sélection quand on était à l'étranger) avait provoqué dans la presse l'idée que l'avant-centre Marseillais lui succèderait.

En 1957, il marqua quatre buts au champion de France Saint-Étienne (4-3), ce fut son chant du cygne avec la victoire en Coupe Drago cette même année (son dernier but ci-contre). Au début de la saison suivante, alourdi et en piètre condition physique, il ne fut plus que l'ombre de lui-même. L'OM d'ailleurs en paya les conséquences en ne se sauvant que lors de la dernière journée
A à peine 30 ans, il fut transféré à Montpellier, Bordeaux, Aix où il continua malgré tout de marquer des buts.En 1961, de retour à Marseille et sans club, il se retrouva docker sur le port de Marseille.

Le début de la dégringolade qui va inexorablement entraîner le « pôvre » Gunnar au fond d'un gouffre sans fin. Le soir du match OM-Dukla de Prague, le 1er Octobre 1969, alors que l'OM adule un autre Suédois, Roger Magnusson, Gunnar tombe pour ne plus se relever. Il avait 41 ans.

Quelques jours plus tard arrivait pour la deuxième fois après une pige en 1967 un certain Josip sur La Canebière, mais là, ce sera une toute autre histoire.

Alain Pecheral, OM4ever.

OM Dukla de Prague au Vélodrome, seizième de finale de la Coupe des Coupes....
A Marseille, un homme traverse la rue Sainte, proche du Vieux-Port.
Pris d'un malaise il s'affaisse, Sa tête heurte violemment le sol
Des passants s'empressent, un médecin intervient. Trop tard, l'homme expire.
C'est un fait divers banal dans la chronique d'une grande ville.
A Marseille, le match de Coupe des Vainqueurs de Coupe, OM - Dukla, va avoir lieu, et au stade Vélodrome, les 26 000 personnes ne se posent qu'une question, comment porter leur équipe à la victoire?
Suivant le formule consacrée, la vie continue .
Et demander à la foule une minute de silence ne serait ce pas risquer de gàcher une soirée qui peut être euphorique.
Cette tragédie que fut la vie de Gunnar Andersson, s'est terminée à 41 ans, à un âge où tant d'hommes ont des raisons de penser qu'ils ont encore l'avenir devant eux.
Pour tous les sportifs, ce doit être un sujet de réflexion, sur la fragilité de la gloire sportive et sur la vanité de la condition de vedette, les exemples sont nombreux que la presse, la littérature et le cinéma ont maintes fois illustrés.
Plus dure sera la chute, mais le monde du football a été iusqu'ici un monde qui se voulait clos pour mieux dissimuler ce voile de l'hypocrisie qui s'est déchiré dans une ville où l'engouement et la déception prennent toujours la forme du paroxysme.
Quant à Gunnar, il aura écrit les plus glorieux moments de la Grande Histoire de l'OM.
François Thébaud
Ce commentaire a été modifié.
Merci pour le partage, j'ai bien fait d'attendre ce soir pour
"savourer Gunnar Andersson" !
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
Superbe complément. Un grand merci Fred !
3 réponses à ce commentaire.
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
Vu qu'on râle tout le temps sur vos tops, pour une fois je tenais à vous le dire, ce podium Papin-Waddle-Andersson est quasiment parfait ! Seule petite remarque, je trouve les deux grandes légendes olympiennes des 70's un peu sous-notées : j'aurais mis Skoblar dans le top 5 et Magnusson dans le top 10 à la place de Mandanda... Mais pour le reste, après des débuts très contestables (c'est un euphémisme), vous vous êtes bien rattrapés !
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
Gunnar Andersson, immense attaquant !
En revanche, je pense qu'il a un peu manqué le coche en sélection, sa carrière internationale (ou plutôt son absence) étant une véritable anomalie. Que ce soit avec la Suède ou avec la France (vu qu'il a été naturalisé), il aurait mérité de participer au Mondial 58 : Andersson aurait été parfait en pointe de l'attaque suédoise, avec Liedholm et Gren en soutien et Kurt Hamrin sur l'aile...
Fred Astaire Niveau : National
Apparemment, comme le dit Alain Pecheral, il était déjà cramé en 58.
D'autres ont loupé le wagon pour la Suède (on ne pouvait pas emmener tout le monde, non plus): Mekhloufi, pour les raisons que l'on sait, Thadée Cisowski, considéré comme l'égal de Fontaine, mais contrarié par des blessures récurrentes, ou Joseph Ujlaki, handicapé par son caractère taciturne et son peu d'affinités avec Kopa: un peu similaire à des absences de Cantona-Ginola.
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