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Giuly Jumper

En plus de quatre-vingt-dix ans d'histoire, l'AS Monaco a vu défiler un carré VIP monstrueux, de Marco Simone à Jürgen Klinsmann, de George Weah à Marcelo Gallardo en passant par Delio Onnis. Voilà le gratin, à commencer par le joueur qui se classe troisième : Ludovic Giuly.

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#3: Ludovic Giuly

Peut-être parce qu’il avoue « ne pas avoir eu de jeunesse » , Ludovic Giuly est incapable d’arrêter sa course. Combien sont-ils devant leur écran ? Depuis combien de temps attendent-ils de ressentir cela ? Et d’ailleurs, pourquoi devrait-il s’arrêter ? Dans un espace rationnel, cette soirée n’aurait jamais dû prendre un tel virage. Aucun élément du scénario qui s’étire devant nos yeux n’a de logique, mais peu importe, ça arrive, c’est le football. « J’ai tellement pensé à battre le Real Madrid... J’en ai tellement rêvé, je me suis angoissé, c’est la première fois que ça m’arrive dans une carrière, d’avoir mal au ventre comme ça avant un match... De ne pas dormir la veille... Que j’ai tout lâché à cet instant... » Lâcher, c’est profiter et ne plus rien contrôler. Alors, Giuly pleure, hurle, grimpe sur les épaules de son pote Julien Rodríguez et, comme il est comme ça Ludo, il chambre, forcément. « C’est nous les Ga-la-cti-ques ! »

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Derrière lui, sur le tapis défoncé par l'histoire de Louis-II, même Fernando Morientes décide de laisser de côté les bonnes manières. L’AS Monaco est en demi-finale de Ligue des champions et vient de faire sauter le Real Madrid. Celui de Zizou, de Ronaldo, de Figo, de Raúl, de tous ces mecs qu’on regarde normalement à la télé avec des yeux de gamins. Ludovic Giuly, au bout du rouleau quelques années plus tôt, vient définitivement de faire grimper son mètre soixante-quatre dans une autre dimension grâce à deux perles entrées au Panthéon du foot français. Mieux, il vient surtout de faire entrer une « bande d’escrocs » dans le cœur de mecs qui crachent d’habitude leur passion pour d’autres couleurs. Le 6 avril 2004, Monaco représente bien la France – même pour la LFP – et Giuly cavale avec un costume de concierge joyeux d’une boutique de luxe.

La marche à l'ombre


Durant les nuits du printemps 1998, Ludovic Giuly, qui s’est construit dans une ZUP à Saint-Fons entre des premières courses aux Minguettes et les conseils musclés d’un père entraîneur qui ne cessait de lui répéter de ne rien regretter, est pourtant seul. La fête est présente, mais est un exutoire. Depuis le début, le foot représente pour lui « un espace de liberté » , pas un moyen de gagner des sommes qui ne veulent rien dire. Puis, Giuly a été transféré de Lyon à Monaco en janvier sous une étiquette de 42 millions de francs. « C’est alors parfois difficile d’expliquer aux gens que les 42 millions de francs ne vont pas dans ma poche, mais dans celle du club vendeur, raconte-t-il dans son autobiographie Giuly par Giuly. En revanche, la pression, elle, est bien sur mes épaules. Lorsqu’une formation débourse autant d’argent, elle compte sur toi. Ils veulent que tu prouves ta valeur, qu’avec toi ils n’ont pas jeté des liasses de billets par les fenêtres. Le public me parlait beaucoup du transfert. À l’entraînement, les autres joueurs me charriaient. Certains soirs, je me sentais découragé. Je ne pensais pas mériter un tel investissement. Pour moi, c’était trop. » Si bien que le bouffeur de lignes va « péter les plombs » , tuer une partie de son quotidien dans les soirées mondaines d’une ville où tout se sait et laisser filer ses six premiers mois à Monaco « en free style » .

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Un électrochoc : pendant ses premiers mois à Monaco, Ludo est accompagné de son père, Dominique, ancien gardien passé rapidement par Bastia, qui coule sa tristesse sur la terrasse du fils. « J’étais debout à 4 heures du matin. J’avais passé tous les joueurs avec lui, matin, midi et soir. J’allais à tous ses entraînements. Je savais que c’était bien pour lui, mais j’ai vécu l’enfer. En plus, il n’y arrivait pas. J’ai fait plein de kilomètres, pour le voir à l’entraînement, sans lui dire » , racontera alors quelques années plus tard le paternel. Giuly est arrivé à Monaco, car Jean Tigana, débarqué sur le banc princier en 1995, a confiance en lui depuis qu’il l’a lancé quelques années plus tôt à l’OL.


Problème, le profil du petit format lyonnais peine à s’adapter au style du champion de France en titre. Un jour, David Trezeguet aura même cette phrase pleine de sens : « Je sais que Giuly est très bon, je suis désolé pour lui, mais on n’arrive pas à s’entendre dans le schéma actuel. » En janvier 1999, Tigana prend la porte, Claude Puel débarque. La grande gueule de Castres bouge les pions et trouve l’équilibre parfait : Djetou-Lamouchi au milieu et un carré magique Gallardo-Giuly-Trezeguet-Simone où la pile peine à braquer la lumière sur ses performances au milieu d’un effectif étoilé, champion de France en 2000.

Les interviews sur le banc avec Paga


Le repère serait finalement plus simple à trouver au cours de la saison 2000-2001 où Giuly est le seul à surnager avec Djetou. Ludo devient un homme de base et devient logiquement le bras armé de Didier Deschamps qui le nomme capitaine après avoir dégagé Simone. L’histoire est belle, Giuly traîne les autres vers le haut, n’hésite pas à allumer quand il faut, mais est surtout le mec qui rend définitivement ce groupe sympathique. Rare, il surmonte sans trembler une rupture des ligaments croisés qui lui permet de « mettre un peu d’ordre » dans sa vie. « Lorsque tu n’es plus au sommet et que tu restes tout seul chez toi, comme un con, tu repères assez vite ceux sur qui tu peux compter. (...) J’ai demandé à mon meilleur pote de venir vivre avec moi pendant sept mois » , expliquait-il en 2004 dans les colonnes de SO FOOT. Giuly, c’est aussi ça : un bonhomme qui a conscience du milieu dans lequel il vit – « à un moment, je rinçais sans arrêt au resto, partout, quasiment que des parasites » –, mais qui n’oublie pas ses potes du quartier. De cette sale blessure, il reviendra plus fort et portera bien sûr l’ASM jusqu’en mai 2004. Entre-temps, il y aura des coups de génie : un ciseau contre Lens, le Real, son entente avec Morientes, ses interviews sur le banc avec Paga...


Mais aussi un bout d’ombre, car Giuly reste une grimace. Lors de l’été 2003, l’AS Monaco est en Bretagne. Le groupe court le long de la mer. Deschamps regarde son capitaine : « Ludo, si tu vas maintenant dans la mer, et que tout le monde te suit, on va faire une saison de malade parce que ça voudra dire que si tu pars à la guerre, tu auras des soldats pour te suivre. » Tout le monde le suit, Rothen, Givet, Squillaci, Bernardi, Pršo... et la déception du titre de champion lâché à Lyon pour un point quelques semaines plus tôt est oubliée. Monaco va connaître sa saison rêvée et foutre le bordel dans les cœurs et dans les têtes jusqu’au 26 mai 2004.


À Gelsenkirchen, Giuly quitte ses potes pour une déchire musculaire au niveau du pubis après une petite vingtaine de minutes de jeu. La vérité veut que même sans son capitaine, l’ASM serait certainement tombée physiquement ce soir-là face au FC Porto (0-3). Ludovic Giuly ratera l’Euro 2004, mais la plaie ouverte est ailleurs. Peut-être parce qu’il ne voulait pas aller au Barça : quelques jours après la finale de C1, les dirigeants monégasques lui proposent une prolongation de contrat en lui demandant de baisser son salaire. La raison ? Il faut prolonger Didier Deschamps à qui l’on a promis un gros chèque. Peu importe la sortie, Ludo est devenu Giuly et est depuis revenu à Monaco. La question est la même : pourquoi devrait-il s’arrêter ?

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