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Leroy Rosenior : « J’ai levé la tête et 7000 personnes faisaient un salut nazi »

Dans les années 1980, sous le maillot de Fulham, QPR ou West Ham, Leroy Rosenior était souvent le seul noir sur le terrain. Ce qui, fréquemment, n’était pas du goût du public ou des joueurs adverses. Durant toute sa carrière, l’ancien attaquant a été victime d’un racisme féroce, que beaucoup ne voyaient que « comme des plaisanteries » . Une excuse qui a inspiré le titre de son autobiographie, It’s Only Banter, dans laquelle il raconte le combat qu’il a eu à mener pour continuer à jouer.

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Il y a dix jours, près avoir été victime de cris racistes à Cagliari, Sulley Muntari, joueur de Pescara, a décidé de quitter le terrain. Que penses-tu de sa réaction ?
Je pense que c’était juste. Il a demandé à l’arbitre de s’en occuper et a pris un carton jaune. Donc il n’avait pas d’autre choix. Recevoir une suspension après ça, c’est absolument dégoûtant. J’ai entendu que Garth Crook a demandé aux joueurs de Serie A de faire grève pour montrer leur soutien. Je suis totalement d’accord. Tous les joueurs devraient le faire. Ça te montre où les autorités en sont si c’est ça leur réaction face au racisme. Les autorités doivent annuler cette décision. Puis l’arbitre devrait aller à une sorte de séminaire pour apprendre comment gérer ce genre d’évènements sur un terrain de football. Sinon, ça légitime le comportement de ces fans, qui font ce qu’ils veulent. Je soutiens Sulley, parce que je suis passé par là. Il en a besoin. J’espère qu’il en recevra de la part des joueurs.

Comment expliques-tu la réaction de l’arbitre ?
(Il bafouille) Je ne peux pas l’expliquer ! Est-ce qu’il a mal entendu ? Pas compris ? Tu sais comment s’appelle mon livre... (que l'on peut traduire par « C'est juste une vanne » , ndlr) Est-ce que c’est ça qu’il a pensé ? Que les gens ne faisaient que plaisanter ? Je ne comprends pas sa lecture de la situation. Quelqu’un vient vers toi, réclame de l’aide... Si l’arbitre réagit comme ça, ça me fait penser qu’il est tellement ignorant qu’il ne sait pas vraiment ce qu’est le racisme. Il faut vraiment remettre en question son entraînement. J’aimerais vraiment entendre ses explications. Mais je ne vois pas comment il peut expliquer ça.

Tu te souviens de la première fois que tu as fait l’expérience du racisme sur un terrain de football ?
Oui. On m’insultait tout le temps. Mais la première fois que ça m’a vraiment affecté, c’était pour un gros match, beaucoup de gens dans les tribunes. Deux joueurs, comme suivant une tactique, comme deux catcheurs, venaient m’agresser verbalement chacun leur tour. Pendant 90 minutes, sans arrêt : « enculé de noir » , « négro » , « ta mère descend d’un bateau de bananes » , « sale nègre » . C’était très bien fait. C’était évident qu’ils étaient loin d’en être à leur coup d’essai. À la fin, j’étais encore sur le terrain et je ne me suis même pas rendu compte que le match était fini. Ma tête tournait. Je n’avais eu strictement aucun impact durant le match. Comme si je n’avais pas joué. Ils avaient réussi leur coup. J’ai trouvé mon chemin jusqu’à la douche, j’avais envie de pleurer. Mais je me suis retenu, évidemment. J’ai réalisé que ce n’était pas juste un jeu. Que si je voulais continuer à jouer, je devrais apprendre à gérer ça.

« Là tu t’énerves parce qu’on m’a craché dessus. Mais tu n'étais pas énervé la fois où ils ont fait un salut nazi ou quand ils faisaient des cris de singes ! Ou quand on me jetait des bananes ! Je me sentais pareil ! Pourquoi t’énerver que maintenant ?! »

Et comment as-tu appris à gérer ça ?
Je suis devenu plus physique. J’ai appris à mettre plus de buts. Je suis devenu très costaud, très fort. Et si quelqu’un me faisait ou me disait quelque chose, je lui faisais du mal. Mais en suivant les règles ! (Il rit.) Je devais être une sorte d’assassin silencieux. Je savais que c’était inutile de les confronter verbalement. J’ai appris à mettre des tacles par derrière. L’idée, c’était qu’ils comprennent qu’ils ne devraient probablement plus jamais faire ce qu’ils avaient fait. (Il rit.)


Tu as pris des rouges à cause de ça ?
Non, jamais en réagissant à des actes de racisme ! Je me suis fait expulser deux fois : sur un tacle et une fois après avoir étranglé un joueur qui m’avait marché dessus. Je l’ai revu depuis dans un studio télé et on s’est embrassé, on en a rigolé. En revanche, j’ai rencontré un des deux mecs dont je parlais plus tôt. Je suis arrivé dans un studio et je ne savais pas qu’il allait être là. La première chose qu’il m’a dit, c’est : « Hey Leroy... La forme ? Je ne savais pas comment tu allais réagir en me voyant ? Après ce qu’il s’est passé il y a 25 ans... » J’étais tellement choqué et décontenancé. Et pas préparé. Tellement surpris, que j’ai presque pris ça comme une excuse. J’ai pu voir dans ses yeux qu’il se sentait mal à l’aise. On ne va pas devenir amis, mais il a pris conscience de la chose. Tu dois reconnaître que certaines personnes sont ignorantes et non racistes. Ça m’a prouvé que c’était son cas.

Quel est l’acte raciste qui t’a le plus choqué dans ta carrière ?
C’était probablement à Leeds. J’étais encore jeune, 17 ou 18 ans. J’étais avec Paul Parker, qui a plus tard joué à Manchester United. En allant chercher le ballon au bord du terrain, j’ai levé la tête et derrière les grillages, comme en cage, 7000 personnes faisaient tous un salut nazi. En direction de Paul et moi. Toute une tribune. Je me souviens de la haine dans leurs yeux. Ils avaient une telle haine envers moi. On avait presque l’impression que de la bave coulait de leurs bouches. Et ils criaient : « SIEG HEIL ! SIEG HEIL ! » Je n’ai jamais eu aussi peur. Si ce grillage n’avait pas été là, ils m’auraient mis en pièce. Je me suis demandé : « Est-ce que je veux vraiment faire ça ? Est-ce que je veux vraiment jouer au foot ? Est-ce que ça vaut vraiment le coup ? » Au retour, dans le bus, Paul et moi on s'est assis à côté. C’était un mec assez bruyant. Ce soir-là, il était très calme. Ensuite, il y a eu ce gamin qui m’a craché dessus à Portsmouth. Tout le monde dans la tribune a rigolé. Un de mes coéquipiers a vu ce que le gamin a fait et est allé dire aux fans ce qu’il pensait, très énervé. Après, on s’est retrouvés dans les vestiaires. «  Leroy, ça va ? » J’ai perdu mon sang-froid. « Là tu t’énerves parce qu’on m’a craché dessus. Mais tu n'étais pas énervé la fois où ils ont fait un salut nazi ou quand ils faisaient des cris de singes ! Ou quand on me jetait des bananes ! Je me sentais pareil ! Pourquoi t’énerver que maintenant ?! » Tout le monde était un peu choqué. Pour eux, les insultes racistes, c’était comme dire : « Tu es bidon ! » Ce qui est ok. Mais quand on te crache dessus, qu’on te jette des bananes, ça t’affecte beaucoup plus profondément. En fait, c’était une expérience plus positive. Parce qu'à ce moment, mes coéquipiers ont compris ce que j’endurais. C’était la première fois qu’ils réagissaient.

« On doit faire une enquête pour trouver la bonne solution. Mais les clubs ne peuvent pas juste prendre l’argent des fans et faire comme si de rien n’était quand ils agissent mal. »

Tu te souviens du regard de cet enfant ? Il comprenait son acte ?
Je m’en souviens, oui. À côté de lui, il y avait un adulte, j’imagine que c’était son père. Ce qui m’a marqué, c’est l’air de fierté sur le visage de cet homme après que son fils avait fait ça. Le gamin s’est mis à rire, alors lui aussi. Ce gamin doit avoir la quarantaine maintenant. Je me demande s’il a toujours la même attitude. C’est ça qui m’inquiète. Parce qu’il doit avoir des enfants lui-même maintenant.


Ton fils, Liam, qui joue à Brighton, est également un joueur professionnel. Quand il était enfant, a-t-il assisté à des matchs durant lesquels tu étais victime de racisme ?
Je ne pense pas. Mais quand je suis allé jouer aux Queens Park Rangers, ma sœur est venue me voir jouer. J’ai marqué le but de la victoire, 1-0. Quand je suis allé dans les loges pour les joueurs après le match, je signais des autographes et ma sœur m’a dit qu’elle voulait s’en aller. Elle ne voulait pas dire pourquoi. Quand on est arrivés à la maison, elle m’a dit : « Ces gens à qui tu signais des autographes, ils t’ont traité de nègre pendant tout le match. » Elle était dégoûtée, et se sentait intimidée pendant le match. Comme le reste de ma famille. Ils étaient les seuls noirs dans cette tribune. Elle n’est plus jamais venue me voir jouer. Je ne pouvais pas me sentir à l’aise, sinon. Je me serais toujours inquiété de comment elle serait traitée en tribune. Elle s’est contentée de la télé et de la radio.

Que ce soit pour Muntari en Serie A ou Balotelli en Ligue 1, qui penses-tu que l’on devrait sanctionner ? Le club ou les supporters responsables ?
Je pense que le club doit assumer sa responsabilité vis-à-vis des fans. Ils doivent les éduquer, dire « nous sommes un club antiraciste, si vous agissez de la sorte, vous serez bannis. » Mais il doit toujours y avoir une enquête. Et si quelqu’un va au stade en faisant semblant d’être un fan de Bastia ? On doit faire une enquête pour trouver la bonne solution. Mais les clubs ne peuvent pas juste prendre l’argent des fans et faire comme si de rien n’était quand ils agissent mal. On doit agir avant que quelque chose arrive. Tout est une question d’éducation.



Propos recueillis par Thomas Andrei
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