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Leicester, la queue coupée

Quatre mois après avoir renversé l'Angleterre, Leicester débute mercredi soir sa campagne européenne à Bruges après un retour à la réalité brutal et avec des cadres qui sont progressivement revenus à leur niveau de base. L'Europe doit donc servir à rebrancher le cœur, mais surtout à retrouver un esprit.

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C'est la nature d'une surprise. L'instant est bref, éphémère et est le plus souvent sans lendemain. Au fond, tout le monde le savait. Une bonne cuite n'est pas complète si elle n'a pas de réveil difficile. Voilà pourquoi Claudio Ranieri avait répété à plusieurs reprises la saison dernière ces mots : « On sait de quoi on est capables, mais on ne sait pas quand et jusqu'à quand. » Les souvenirs sont encore présents et ses hommes surfent encore sur ce qu'ils ont écrit la saison dernière, de la barre des quarante points posée lors de l'arrivée de l'entraîneur italien jusqu'aux cordes vocales d'Andrea Bocelli, posé au cœur du King Power Stadium de Leicester. Il aura fallu trente ans à Ranieri pour toucher une couronne, mais seulement quelques semaines pour revenir à la réalité. Sur le papier, rien n'a pourtant vraiment changé : seul Kanté a quitté l'équipe type championne d'Angleterre la saison dernière, le onze de départ inamovible n'a pas été bousculé et les nombreuses recrues (Zieler, Luis Hernández, Mendy, Musa, Kapustka, Slimani) ne sont pour le moment que des pièces ajoutées. Claudio Ranieri est comme ça. Il ne veut rien bousculer et ne croit pas aux cycles. Sa ligne est dans la continuité avec son historique « dilly-ding, dilly-dong » , histoire de remettre les idées en place. C'est ce qu'il a fait cette semaine en conférence de presse, expliquant que « personne n'avait une place de titulaire indiscutable dans le onze de départ. (…) Je regarde toutes les séances d'entraînement, tous les matchs, et si je sens que quelqu'un est meilleur qu'un autre, je change. (…) La saison dernière, ce n'est pas le onze de départ qui a remporté le titre, mais ce sont tous les joueurs, tout un groupe. » Pourquoi ? Car le tableau n'est plus le même. La saison a repris depuis un peu plus d'un mois et le bordel est revenu, en trois défaites sur cinq matchs officiels et une seule petite victoire.

Robert Huth n'est que Robert Huth


Les Foxes dansent maintenant avec un paradoxe. Car Leicester s'apprête mercredi soir à reprendre une partie de sa vie de luxe en ouvrant sa campagne européenne avec un déplacement à Bruges en Ligue des champions avant de replonger vers la Premier League, où l'effet de surprise ne marche plus. Samedi dernier, les hommes de Ranieri ont implosé à Liverpool (1-4) avec un onze de départ inchangé par rapport à la saison dernière à l'exception d'Amartey aligné à la place de Kanté. La saison dernière, Leicester avait bouclé son titre avec trois petites défaites sur la table. Cette saison, il y en a déjà eu deux en quatre matchs de championnat et une seule petite victoire contre Swansea (2-1). « L'an passé, quand on perdait, il y avait toujours une bonne réaction derrière. Pareil quand on prenait un but. C'est ce que j'attends de retrouver rapidement » , explique Ranieri. À Anfield, le constat a été terrible, car après une bonne entame de match, Leicester s'est complètement écroulé avec, au centre de tout, une défense noyée. Comme si Robert Huth était redevenu Robert Huth et comme si Wes Morgan n'était que Wes Morgan. Le retour à la réalité est brutal et il n'y a qu'à regarder le manque de créativité d'un groupe hier surprenant pour s'en rendre compte. L'histoire était impossible, et aujourd'hui encore, il faut se cogner pour y croire, tant « la faim » affichée par Ranieri en préparation semble lointaine.

La bouffée européenne


C'est donc le contenu global qui inquiète le plus, où les limites de certains cadres remontent déjà à la surface. En début de saison, Claudio Ranieri avançait sa peur de voir « un top 6 qui veut nous tuer » . Mais, pour le moment, Leicester se plombe lui-même, entre les blessures et la redistribution des rôles dans un entrejeu qui se cherche encore sans N'Golo. Offensivement, c'est aussi le manque de vie des Foxes qui alerte. Alors que Musa, hyper intéressant en préparation, n'a toujours pas réussi à gratter une place de titulaire devant, où Vardy galère à retrouver son niveau de la saison dernière. Plus que jamais, Riyad Mahrez est également seul, entre ses doutes sur le terrain et sa capacité perdue – pour le moment – à faire la différence tout seul. Son match contre Liverpool l'a également montré, où il n'a jamais réussi à éclairer le jeu des siens, ce qu'il faisait si bien l'an passé. L'Europe peut donc être une belle bouffée d'oxygène, dans un groupe abordable (Porto, Copenhague, Bruges), pour retrouver la patate et éviter l'accident industriel que certains envisageaient en mai dernier. Cela commence par la Belgique.




Par Maxime Brigand
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