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Lee Dong-Gook, le maudit revanchard

Une frappe vicieuse contre les Pays-Bas, voilà tout ce qu'il a failli rester de Lee Dong-Gook en Coupe du monde. C'était en 1998. Depuis, la prédiction d'un grand avenir en a pris un coup. La faute à des blessures, de mauvais choix et une sombre histoire de bar à hôtesses. En Afrique du sud, Lee Dong-Gook doit rattraper le temps perdu. A moins que le destin s'en mêle une nouvelle fois.

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«  C'était un but facile, n'importe qui aurait pu le mettre » . En février dernier, à l'issue du match de Coupe d'Asie de l'Est remporté face à Hong-Kong (5-0), Lee Dong-Gook la joue modeste. L'attaquant vient pourtant de mettre fin à quatre longues années de disette soit 1453 jours sans soleil. Le joueur enchaîne en plantant un pion contre le Japon, puis un autre, d'une volée limpide, lors d'une rencontre amicale contre la Côte d'Ivoire. Le début de la rédemption. Il faut dire que jusqu'ici sa carrière internationale prenait des allures de chemin de croix, un peu à l'image de celle de Djibril Cissé.

Tout d'abord les deux énergumènes partagent le même goût pour les fantaisies capillaires. A 31 ans, Lee Dong-Gook a autant usé ses tifs que ses crampons. Au gré des humeurs, il passe d'une tignasse grise, au châtain et tâte parfois du blond. Cette crinière décolorée et sa manière féline de courir lui vaut un surnom merdique à la sauce Disney : le Roi Lion. Après des débuts en fanfare au Pohang Steelers où il truste une Ligue des champions asiatique et un titre de rookie de l'année, Lee Dong-Gook cherche à se faire les griffes sur le Vieux Continent. A 21 ans, il part conquérir la Bundesliga via le Werder Brême. Miné par les blessures, il repartira la mèche en berne quelques mois plus tard avec moins de dix matchs dans les pattes. De retour au pays, le félin fait patte douce mais son côté dilettante agace les médias. Il faut dire que son style de jeu dénote au sein d'une sélection qui a érigé la cavalcade et le pressing perpétuel en dogme. Trop immobile, Lee Dong-Gook passe donc pour un branleur. Or, c'est plutôt un mec de surface, souvent bien placé et excellent finisseur de loin comme de près : « J'ai à la fois la technique et l'assurance pour marquer dans n'importe quelle situation » , explique-t-il. Affublé du sobriquet de Génie Paresseux, il est snobé par Guus Hiddink et manque l'épopée de 2002. Plus tard, Lee reconnaîtra s'être bituré tout l'été en évitant soigneusement la retransmission de matchs...

Les chemins de Cissé et de Lee Dong-Gook auraient dû se croiser en 2006, dans le groupe G, en Allemagne. Mais ni l'un, ni l'autre ne seront présents sur les pelouses teutonnes : Djibril se flingue le tibia-péroné contre la Chine, les ligaments du genou lâchent Dong-Gook au mois d'avril. Son forfait secoue les Guerriers Taeguk et le sélectionneur Dick Advocaat qui entendait lui laisser animer le front de l'attaque. Et ce n'est pas en club que Lee va se consoler. Cédé à Middlesbrough en janvier 2007, il doit se contenter de miettes : une poignée de matchs en Premier League et des titularisations en FA Cup qui ne laisseront pas un souvenir impérissable : « C'était une putain de merde absolue. Le pire buteur qu'on n'ait jamais eu » , balance un fan de Boro qui a pourtant vu défiler Mido et Aliadière au même poste. Incapable de mettre un kimbap au fond en championnat, Dong-Gook ne peut que constater l'écart de niveau avec la K-League : «  J'ai fait de mon mieux. Ça a été une bonne expérience et je n'ai aucun regret » . Seul point positif de son passage en Albion : il évite la déflagration d'un scandale. Car la presse coréenne révèle que Lee Dong-Gook - ainsi que trois autres internationaux dont Lee Won-Jae, actuel portier des Tigres d'Asie - est allé sécher quelques verres dans un bar à hôtesses de Jakarta durant la Coupe d'Asie 2007. La veille d'un match perdu face au modeste Bahreïn (1-2), avouez que ça la fout mal. Le couperet tombe : Lee Dong-Gook est écarté de la sélection pendant un an. On ne plaisante pas avec les bars à hôtesses au sud du 38e parallèle.

Fort mentalement comme Cissé, il lui faudra quand même presque trois ans pour digérer tout ça. Un transfert au Jeonbuk Hyundai Motors (club coréen de football, pas une écurie moto) le remet en selle. En 2009, une consécration de MVP et un titre de meilleur buteur lui entrouvre à nouveau les portes de l'équipe nationale même si le sélectionneur Huh Jong-Moo titille à demi-mot sa fierté : «  Il existe des joueurs qui sont performants en championnat, mais pas dans les matchs internationaux » . Déjà en poste en 2000, Jong-Moo connaît bien le bonhomme pour l'avoir eu sous ses ordres en Coupe d'Asie : Dong-Gook avait terminé meilleur buteur. Le bon état de service lui offre une place dans le vol Korean Air en partance pour l'Afrique du sud. Mais au moment d'embarquer, le tapis mondialiste manque de se dérober sous ses pieds à cause d'une blessure à la cuisse. L'attaquant récupère plus vite que prévu et devrait compléter la doublette offensive avec le monégasque Park face à la Grèce. Une affiche aux allures de dépucelage pour Dong-Gook. Après douze ans d'abstinence et de frustration.

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Bon article qui nous en apprend un peu plus sur des joueurs méconnus. C'est ce genre d'article qui me fait venir sur Sofoot.
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