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Le Zénith fait la nique à la capitale

En s’imposant cet après-midi (16h45) face au Kuban Krasnodar, le Zénith Saint-Pétersbourg sera sacré champion avec quatre journées d’avance. Au nez et à la barbe des quatre équipes de Moscou, qui se bagarrent pour les places européennes.

Non : rallonger le championnat de quatorze journées n’aura en rien altéré les prestations du Zénith Saint-Pétersbourg. L’équipe de Luciano Spalletti, qui avait déjà terminé en tête de la saison régulière, a survolé les play-offs, organisés pour caler le calendrier du championnat russe sur celui des autres championnats européens. Invaincu depuis le 10 septembre dernier, le champion en titre n’est plus qu’à quelques heures d’un deuxième sacre national consécutif. C’est simple : il lui suffit d’une victoire, cet après-midi, contre le Kuban Krasnodar, pour être mathématiquement champion. Les Saint-Pétersbourgeois compteraient alors douze points d’avance sur le Spartak Moscou (si tant est que le Spartak s’impose demain contre l’Anzhi) et une différence de buts d’au moins +44 (ils sont pour le moment à +43), contre les +21 du club moscovite.

Autant dire qu’il faudrait ensuite que le Zénith perde tous ses matches 3-0 et que le Spartak gagne tous les siens sur le même score pour que l’équipe de Spalletti soit privée du titre. Donc non. Et le coach le sait. « Avoir la possibilité de remporter le titre après ce match et d’atteindre notre objectif peut seulement nous encourager et nous donner un nouvel enthousiasme pour prouver notre véritable niveau. De fait, la tension et la nervosité peuvent seulement nous créer des difficultés, mais quand vous savez que tout dépend désormais de vous, cela peut vous donner de la force » a-t-il assuré en conférence d’avant-match. Or, ce qui surprend, c’est la régularité de cette équipe qui s’appuie sur des noms pas forcément vrombissants, à l’inverse d'un Anzhi qui tente tant bien que mal de recruter de la star à gogo. Et si ce Zénith, tout de même appuyé par les dollars de Gazprom, c’était surtout la réussite d’un coach ?

Attaque russe, défense latine

Luciano Spalletti. Un entraîneur qui a longtemps fait les beaux jours de la Roma, avant de filer en Russie. Enfin, les beaux jours, c’est vite dit. Si sa Roma a de loin été la plus séduisante de ces dernières années, le coach a dû se résigner à ne remporter que deux Coupes d’Italie et une Supercoupe en quatre saisons passées là-bas. Tout ça à cause de l’Inter, qui a toujours devancé les Giallorossi de quelques points au classement. Néanmoins, Spalletti avait tout de même eu l’occasion de confirmer ce qu’il avait déjà montré sur le banc de l’Udinese et, bien avant encore, sur celui de l’Empoli : il est un technicien avec des idées précises, et un jeu largement basé sur l’offensive. En effet, avec le Zénith, la tendance s’est confirmée : meilleure attaque du championnat la saison dernière (61 pions) et meilleure attaque cette année (75). Et pourtant, pas la moindre trace d’un Zlatan, d’un Eto’o ou d’un Rooney en attaque.

Les avant-centres du Zénith se nomment Kerzhakov (de loin le meilleur buteur), Lazović, Bukharov et Kanunnikov. Le premier avait fait une pige de deux ans peu remarquée au FC Séville dans sa jeunesse, et le second avait brillé pendant quelques saisons aux Pays-Bas. Rien de bien fou-fou. Pourtant, au sein du collectif du Zénith, ils se sentent comme des poissons dans la Mer Noire. Mais c’est sur le plan défensif que Spalletti a particulièrement dû travailler. Lorsqu’il est arrivé, le Zénith était une équipe qui encaissait un bon paquet de buts, et le coach toscan a décidé d’y remédier. En faisant venir Criscito du Genoa et Bruno Alvès de Porto, il a dessiné une arrière-garde qui permet aujourd'hui à son équipe d’être autoritaire en son royaume. Et les trois dernières journées de championnat n’ont été que la réaffirmation de la prépotence de ce club du nord-ouest du pays face à ceux de la capitale. Le Spartak, le Lokomotiv et le CSKA ont tour à tour été battus, soit autant de potentiels candidats au titre qui se sont couchés face au souverain.

Printemps de Krasnodar


Forcément, avec un deuxième titre de champion en deux ans, Spalletti s’attirerait les convoitises de certains grands clubs en quête d’un entraîneur. Cela fait déjà quelques mois qu’on parle de lui du côté de l’Inter Milan, mais aussi de Naples, où Walter Mazzarri n’est pas encore sûr de poursuivre l’aventure. Mais pour le moment, le chauve ne veut pas entendre résonner une autre langue que le russe. Car il a un objectif : transposer les recettes de sa réussite nationale sur le plan européen. Après avoir remporté la Coupe UEFA en 2008, le Zénith n’a jamais réussi à confirmer en C1. Ses trois participations à la Ligue des Champions se sont soldées par trois éliminations : en phases de poules (2008-09), au tour préliminaire (2010-11, l’AJ Auxerre s’en souvient) et, cette saison, en huitièmes de finale.

Avec un football russe qui se fait de plus en plus séduisant et qui grappille chaque année des points au ranking UEFA (désormais septième, juste derrière la France), le champion incontesté du pays se doit de faire mieux. Et mieux, pour Spalletti, c’est au moins d’entrer dans le Top 8. « Cette saison, notre campagne en Ligue des Champions a été très bonne. Nous avons montré un beau football. A la fin de la saison, nous évaluerons l'équipe et peut-être que nous procéderons à des changements. L’objectif, c’est d’être encore plus performants l’an prochain. Je veux pouvoir aller plus loin que là où nous nous sommes arrêtés cette année » affirmait-il quelques heures après l’élimination sur la pelouse de Benfica. Or, le club croit largement en lui et en ses projets. La preuve : il y a quelques semaines, son contrat a été prolongé jusqu’en 2015. En fin de journée, Spalletti et son Zénith auront peut-être l’occasion de fêter ça avec un nouveau sacre. Mais cette fois-ci, même s’il finit torse nu, le coach ne chopera pas un sale rhume : le printemps est doux, du côté de Krasnodar.

Eric Maggiori
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