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Le vrai Nino, c’est lui

Basta Fernando Torres, le nouveau Nino s’appelle Gaston Ramirez. La nouvelle perle du football uruguayen s’est établie à Bologne en Italie, et régale les tifosi de sa folle technique depuis deux saisons. Pourtant, Gaston est encore un inconnu pour beaucoup. La faute à une équipe pas vraiment sexy, établie dans le ventre mou de Serie A. Mais gare au décollage prévu cet été, si le ciel est dégagé.

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Le visage d’un filou, le regard moqueur de ces gosses qui cavalent dans la rue à la recherche d’une connerie. Et cette espèce de retenue, de timidité devant une caméra, laissant entrevoir les yeux du gamin qui, justement, se serait fait choper après une énième bêtise. Oui, du haut de ses 21 ans, Gaston Ramirez porte bien son surnom. Niveau football, en revanche, gare à traiter El Nino de la sorte. Car dans le vieillissant Calcio, le bambin se fait un malin plaisir à détourner les murailles. Trop rapide, trop technique, trop dribbleur. Bref, trop fort là où il est. A Bologne, il joue ses plus belles gammes depuis deux saisons, ayant montré une capacité d’adaptation étonnante pour un talent sud-américain. En à peine un an, Gaston est passé du statut d’extra-communautaire tout jeune et perdu à celui de star montante. Au rayon des nouveaux cracks de Serie A, Gaston figure en tête de gondole, au côté des Jovetic, Lamela and co. Mais il doit cependant payer le prix de sa situation géographique. Bologne est en effet un petit club végétant en bas de tableau. Pas très vendeur. Et pourtant.

Bologne, plaisir du jeu et tradition

Tout commence en Uruguay, petit bled coincé en Amérique du Sud, terre de champions. Lui débute à 15 ans dans la section jeune du plus titré des clubs du coin, le Penarol de Montevideo. Julio Ribas, qui l’a lancé dans le grand bain, se souvient d’un gosse surdoué : « Malgré sa jeunesse, il avait déjà les qualités qu’on lui connaît aujourd’hui. De la vista, le sens du but, l’explosivité, l’esprit de sacrifice… Je l’ai aligné dès ses 18 ans. Beaucoup m’ont critiqué pour ce choix, car il y avait des joueurs expérimentés au sein de l’effectif, mais j’étais convaincu de son talent. Et il a vite fait taire ses détracteurs. Résultat, l’année suivante il a contribué au titre du club. » 23 matchs et six buts plus tard, le numéro 10 songe à l’Europe. Et accepte le défi de Bologne à l’été 2010. Dans la cité d’Emilie-Romagne pourtant, il ne se bat pas dans la course au titre comme en Uruguay. Les Rossoblù viennent de terminer 17ème au forceps, dans un climat pesant. Le club est embourbé dans une belle dette et l’ingérence à la tête du club (5 présidents en 3 ans, ndlr) n’aide pas forcément. D’autant que ces problèmes se répercutent directement sur les joueurs. Bien beau quand ils touchent leur salaire mensuel.

Bref, un climat malsain. Mais pour un gamin en apprentissage et en quête de temps de jeu, Bologne reste le top. « Il a fait un excellent choix en allant à Bologne, un lieu pour grandir tranquillement, un club historique en Italie. D’autant qu’il y a un grand respect envers les Uruguayens » continue Julio. En effet, il y aussi une autre logique dans ce choix. On a tendance à l’oublier, mais Bologne a glané 7 titres de champion. Dans les années 30, c’était la meilleure équipe d’Italie. Et surtout, à cette époque-là, évoluaient au club pas mal d’Uruguayens, rentrés depuis dans la légende. Raffaele Sansone et Francisco Fedullo sont les meilleurs exemples, 15 autres ont perpétué la tradition depuis. Gaston a choisi, pour 3 millions d’euros le transfert est bouclé. Tout timide lors de sa présentation, il balbutie quelques phrases dans un italien maladroit. On en retient une en particulier : son modèle c’est Riquelme. Le Renato Dall’Ara attend de voir.

« Bientôt chez un grand d’Europe »


Le public ne s’attendait pas forcément à voir le gamin de 20 ans percer direct. Mais Alberto Malesani, coach de l’époque, n’a pas vraiment le choix. Ce n’est pas un mystère, Bologne mise alors tout ce qu’il a sur le seul Marco Di Vaio. La tactique est simple, balancer des ballons sur son crâne dégarni en espérant qu’il claque. L’arrivée de Gaston changera la donne. Positionné plus en 9 et demi qu’en 10 pour faire parler son sens du but, l’Uruguayen s’éclate. Le peuple rossoblù adhère, le divin chauve est soulagé. La complémentarité du duo est appréciable et Bologne file vers le maintien malgré les nombreuses pénalités distribuées (une nouvelle fois) au cours de la saison. Qu’importe, à l’heure d’une politique imposée d’exportation de ses talents, crise oblige, l’Italie découvre une nouvelle perle. L’été dernier est logiquement mouvementé. Vraies-fausses déclarations d’agents, du joueur, intérêts multiples en Italie (Juventus et Fiorentina) et ailleurs (Liverpool). Au final, le gamin reste. Et même mieux, il prolonge son contrat d’un an jusqu’en 2016. Et s’il ne participe pas à la Copa America qui voit l’Uruguay remporter le titre, la rumeur fait son trou : le futur de la Seleccion, c’est lui.

Alors Gaston revient de vacances bien disposé à continuer sur sa lancée. Il distribue des caviars, des coups de gonfle en lucarne, les illuminations fusent : cette madjer sublime contre la Fiorentina en est la parfaite illustration. Numéro 10 sur le dos, il agace les défenseurs, prend des coups. En bon sud-américain surdoué techniquement, il abuse un peu des dribbles, avec un rictus enfantin perpétuel. Il s’amuse. Et après un début de saison catastrophique (4 défaites sur les cinq premiers matchs), Bologne se relance. A cette heure, le club ne compte qu’une seule défaite en 2012. Et s’est fait une réputation de casse bonbons. Le Milan AC (2-2), l’Inter (0-3) et dernièrement la Juve (1-1) en ont fait les frais. Bologne a empêché la Vieille Dame de reprendre la tête de la Serie A mercredi dernier. Et devinez quoi ? C’est Di Vaio qui a marqué, sur une passe lumineuse du Nino. Bologne profite de chanter sa nouvelle idole, sans trop se faire d’illusions. A la fin de la saison, Gaston Ramirez devrait bouger. La Juve et Liverpool sont toujours sur les rangs, Manchester City et le FC Barcelone le suivent désormais. Coïncidence ou pas, les Rossoblù seraient sur le point de recruter Marti Riverola, un jeune Catalan de la Masia… « C’est malheureux pour Bologne, mais ils ne pourront pas le conserver longtemps. Il partira pour un grand d’Europe et connaîtra la même réussite. La seule chose à laquelle il doit penser désormais, c’est d’être encore plus pro de jour en jour, et remercier Dieu pour la chance qui lui a été offerte » résume le bienveillant Julio. Au final, peu importe l’endroit où il posera ses valises. Gaston a du temps devant lui. Après tout, il n’est encore qu’un gamin, non ?

Alexandre Pauwels
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