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Le Venezuela, tout près du but

Auteur d’une sublime Copa América 2011, le Venezuela, contrairement à son adversaire du soir, le Pérou, est bien parti en phase éliminatoire du Mondial 2014. Une compétition qui pourrait bien être son premier fait d’arme sur la scène internationale. Il serait temps...

Le Venezuela, c’est le pays d’Hugo Chávez. Le pays où le litre d’essence est moins cher que le litre d’eau. Un pays de football naissant. Seule nation du continent sud-américain à n’avoir jamais participé à une Coupe du monde, et surtout à ne pas s’intéresser au ballon rond (le public lui préférant le basket et le baseball), le Venezuela est pour le moment bien parti dans la course à la qualification au Mondial brésilien. Mieux, cette qualif' serait la suite logique de la progression de ce pays, quart-de-finaliste à la Copa América 2007, puis demi-finaliste de cette compétition en 2011. Avant ça, le Venezuela était toujours dans les dernières places de ces éliminatoires, se faisant constamment balayer par les vraies nations du foot. La donne a changé, et la Vinotinto pourrait bien profiter de la place laissée vacante par le Brésil dans le groupe qualificatif pour se faufiler jusqu’au Mondial. À force de jeunesse et d’enthousiasme.

Le boulot de César Farías

Si on devait donner la date de naissance de la sélection vénézuélienne, on ne dirait certainement pas le 12 février 1938, jour de ses débuts, mais le 16 décembre 2007, jour de la nomination du coach César Farías à sa tête. Avant cet événement, hormis un quart en Copa América à la maison, la nation n’est rien. Limite plus proche du niveau de la Guyane ou du Surinam que de la Bolivie. Mais avec ce nouveau technicien, inconnu du grand public car jamais sorti du territoire pour motif professionnel, le Venezuela va changer de dimension. En commençant par mettre fin à des séries de raclées historiques face aux « gros » du continent, le Brésil en tête. Puis par se faire les dents aux éliminatoires du Mondial 2010 (terminant à deux petits points de l’Uruguay et donc des barrages…). Le reste, c’est la surprise que tout le monde connaît. On parle bien entendu de la dernière Copa América, où les hommes de Farías ne perdront aucun match jusqu’à la petite finale face au Pérou (4-0). Avant ça, des nuls face au Brésil et au Paraguay, puis des victoires contre l’Équateur ou le Chili.

La cruelle élimination en demies aux tirs au but (0-0, 5-3), pour des retrouvailles face aux Guaranis, est d’ailleurs restée en travers de la gorge de coach Farías. Lequel déclarait en fin de rencontre que le succès des Paraguayens était « immérité » , évoquant même un scandale. Parce que le bonhomme possède aussi un élément déterminant pour haranguer ses troupes : un très gros caractère. Le genre de qualité (quand c’en est une) qui lui permet d’aller remonter les bretelles de Neymar en tête-à-tête, ou de déclarer, durant la dernière Copa : «  On ne peut pas admettre que seules les grandes équipes aient le droit de passer, et qu’on n’ait pas de reconnaissance ni de respect. On est venus pour gagner. » Le fabuleux parcours de la Vinotinto, couplé au trash talking de son jeune entraîneur, ne vont pas laisser le public indifférent. Et alors que la formation aurait très vite pu retomber dans l’oubli, à l’instar de ces nombreuses sélections qui ne brillent que le temps d’une compét’, le Venezuela a ressorti ses armes pour viser plus haut.

L’inexpérience du néophyte


Et si on doit parler des qualités du groupe vénézuélien, on doit d’abord évoquer le talent de sa jeunesse. En vérité, lorsque Farías (qui lui-même n’a que 39 ans) compose son groupe, on retrouve au maximum 3-4 trentenaires. Un par poste, généralement, manière de bien faire les choses. Avec un point fort évident : le milieu de terrain. Certes, le nom le plus ronflant de l’effectif, Salomon Rondón (du Rubin Kazan, parti depuis Málaga cet été contre 10 millions d’euros) se trouve à la pointe de l’attaque. Mais c’est au centre du jeu que la Vinotinto concentre le plus de talents. À commencer par le capitaine de la sélection et idole du peuple, Juan Arango. Soit le mec qui guide un entrejeu à l’ossature « Bundesliga » . Car, en plus du meneur de M’Gladbach, le rythme est insufflé par les minots Rincón (Hambourg) et Orozco (Wolfsburg). La dernière touche étant apportée par le non moins talentueux Seijas, du Standard de Liège. Ça taquine. Et si ça taquine aussi bien, c’est aussi parce que tous ces bambins galopent en Europe. Une ouverture au Vieux Continent toute récente (depuis à peu près… 2007, en fait), tout aussi déterminante dans la progression du Venezuela en matière de football.

En fait, la seule objection que l’on peut encore émettre sur la réussite de cette jeune sélection, c’est son incapacité à trouver de la régularité dans ses résultats. Si le Venezuela donne clairement l’impression de pouvoir battre n’importe quel adversaire sur un match, le contraire est aussi possible. C’est aussi ce que les résultats obtenus récemment mettent en relief. Capable, sur ces éliminatoires, de battre l’Argentine (1-0), avant de perdre quelques semaines plus tard, même lieu même heure, face à une sélection moins relevée comme le Chili (0-2). Un défaut d’expérience, sans aucun doute. Mais pour le moment, on serait tenté de dire que tout roule, puisque la Vinotinto est 5e de son groupe (la place du barragiste), à deux matchs du terme de la phase aller (et devant la Colombie et le Paraguay, rien que ça). En tout cas, ce n’est pas l’Amérique du Sud et son public qui bouderont la montée en puissance d’une nouvelle nation. Le spectacle n’en sera que plus attrayant. Et le spectacle, on sait bien que Farías et sa bande n’ont rien contre.

Alexandre Pauwels
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