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Le Stade de France et sa foule sentimentale

Encore une fois, le public du Stade de France a démarré le match avec des chants et des animations prévisibles, parfois grotesques. Mais au moment où la foule s'est mise à s'agiter, tout le monde s'est rendu compte que l'arène des Bleus pouvait être belle, et même donner quelques frissons.

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« Allez les Bleus, allez les Bleus, allez les Bleus... » Le son monte, résonne de plus en plus fort dans l'enceinte du Stade de France. Les drapeaux bleu-blanc-rouge sont de sortie, nous sommes un peu avant l'heure de jeu lors de ce Suède-France. Griezmann a marqué ? Ou Pogba ? Les hommes de Didier Deschamps mènent déjà 2 ou 3-0 ? Non, Emil Forsberg vient de tromper Hugo Lloris sur coup franc, et les Suédois sont devant. Alors non, les supporters français n'ont pas pété un câble, ils ont bien pris un petit coup derrière la tête et ont cessé de vibrer pendant quelques secondes de silence pesant. Puis tout est reparti de plus belle. Sur le terrain, les onze Français ont forcément senti qu'ils se devaient de réagir. Que leur public, souvent si prompt à siffler une première période poussive ou un fonds de jeu pas assez offensif, méritait mieux qu'une piteuse désillusion contre une sélection scandinave. Car depuis le début de ce France-Suède, surtout lors d'une première période sans saveur, les travées du Stade de France avaient été à l'image du match. Les Irréductibles français, kop un peu bancal qui agitait ses trente écharpes et ses trois drapeaux, enchaînait quelques « Français allez, lalalalalala » , tandis que les quelques olas dignes de Roland Garros réchauffaient à peine les membres de ceux qui y participaient. Mais après l'électrochoc du but suédois, le public de Saint-Denis était prêt, comme chauffé à blanc pour vibrer jusqu'au bout. Quatre minutes plus tard, Pogba égalise, et Dimitri Payet plante la seconde lame dix minutes après. Un autre match, un autre niveau d'intensité. Et la France a retourné une situation compromise dans une ambiance survoltée.

Emportés par la foule


On critique souvent le minimalisme des chants français. Le recyclage abusif du clapping islandais aussi. Avant le coup d'envoi, les 80 000 personnes ont eu droit à leur désormais traditionnelle séance de clap. Avec, en bonus, le prix du débile de la semaine pour celui qui a hurlé un « Allez l'OM  » pendant la minute de silence pour les victimes du 13 novembre. Le côté footix, voire beauf de notre supporterisme tricolore, quand Irlandais ou Gallois peuvent animer des tribunes à coups de chants élaborés et d'humour. Et si un théorème très juste dit qu'une foule ne chante jamais faux, même si elle est composée de 10 000 couillons qui chantent individuellement comme des casseroles, le supporter français réussit le tour de force de rater ses chants de groupe. Même quand il s'agit de l'hymne national. Après une première Marseillaise officielle magnifique, intense et a cappella, avant le début du match, les supporters des Bleus ont clôturé les deux mi-temps en entonnant l'hymne à la 43e, puis à la 89e minute. Une bonne idée, mais avec toujours une tribune pour être en avance – ou en retard au choix. Là où les Britanniques arborent fièrement le nom de leurs villes et chantent pour leurs héros, les Français agitent de petits drapeaux et se contentent d'un « qui ne saute pas n'est pas français » . Bref, le supporter français est rustre, peu imaginatif, répétitif, et peut-être même moins connaisseur que le dernier des fans nord-irlandais. Mais ce public n'avait pas de concurrence hier soir, puisque les quelques dizaines de Suédois qui s'étaient lancés dans l'épopée du déplacement, placés dans un pauvre parcage dans un coin du stade, ont soigneusement fait assez peu de bruit pour faire oublier qu'ils étaient là.



Par Alexandre Doskov et Nicolas Jucha, au Stade de France
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