1. // Euro 2012
  2. // Allemagne/Turquie

Le sommet européen

Allemagne-Turquie, le choc de cette deuxième session internationale se situe bien à Berlin. Il y a l'opposition Löw-Hiddink, la Nationalmannschaft sans Schweini, mais aussi le meilleur des prétextes pour alimenter le débat sur les relations germano-turques. Le climat sera sans doute tendu, malheureusement.

0 0
Avec un modèle économique principalement tourné vers le commerce extérieur, l'Allemagne se prenait de plein fouet la crise mondiale, et devenait un des pays les plus touchés de la zone Euro. La Coupe du Monde sud-africaine avait ouvert momentanément le couvercle d'une société allemande dans le bouillon. Le foot allemand est aujourd'hui devenu « hype » , la sélection est joueuse, talentueuse, peut-être un peu « looseuse » au contraire de ses devancières, et une équipe de melting-pot sauce Germaine (un peu de Ghana, un peu de Pologne et un peu de Turquie). En tout cas, l'image d'une Allemagne rigoureuse, rigide, disciplinée avait volé en éclats en mondovision. Le monde politique teuton s'est évidemment emparé de la hype, comme la France en 98, se targuant d'un modèle d'intégration efficace.


L'envolée du Sarrazin


Aujourd'hui, les feuilles tombent, les mini-jupes et paréos sont au placard et le chapitre sud-africain est bel et bien fermé. Comme dans toute période économique difficile, le climat malsain de la peur de l'autre ressurgit. Il faut bien trouver un bouc émissaire non ? En France, on a tapé sur les Roumains, les Roms, les Bulgares ou les Musulmans... En Allemagne, cette rencontre Allemagne-Turquie, sommet du groupe A, prend des airs de sommet européen politique, « starring » deux pays quelque peu faux frères. A la fin du XIXè, l'Allemagne aide l'Empire Ottoman à se relever, et en 1961, la Turquie rend la pareille, sur le marché de l'emploi, dans une Allemagne en pleine reconstruction. Aujourd'hui, 2,7 millions de Turcs peuplent la république fédérale, le tiers détient la nationalité allemande, l'Allemagne est le premier exportateur en Turquie et le premier importateur de produits turcs, les lycées allemands de Turquie forment des élites et l'Allemagne vient de concéder l'ouverture des lycées turcs dans les Länder.

Mais l'Allemagne d'Angela est surtout, avec notre Nicolas, le plus farouche opposant à l'adhésion de la Turquie à l'UE. A cause des frontières, du génocide arménien, de la géographie, de la sociologie, tout ça. On y préfère un « partenariat privilégié aux issues ouvertes » . Un truc de politique plutôt froid à un véritable rapprochement à vrai dire. Et quand, Thilo Sarrazin, social-démocrate du SPD, entre dans les sujets qui fâchent dans son livre L'Allemagne court à sa perte, le couple germano-turc prend une baffe : « Je ne veux pas que mes petits-enfants et arrière-petits-enfants vivent dans un pays à majorité musulmane où le turc et l'arabe seraient largement répandus, où les femmes porteraient des foulards sur la tête, où les journées seraient rythmées par l'appel du muezzin » . Ajoutés au fait que les immigrés « abêtissent » l'Allemagne ou qu'un « gène particulier des Juifs existe » , vous tenez ici les propos d'un pamphlet best-seller en Allemagne ( « sold out » le premier jour, 25 000 exemplaires d'un coup). Une sorte de réponse toute aussi extrême aux propos du Premier Ministre Erdogan en 2008 à Cologne présentant « l'assimilation forcée comme un crime contre l'humanité » .


Un Turan en panne


C'est donc dans ce contexte qu'intervient cette rencontre internationale, entre rappelons-le, les deux leaders du groupe A : deux victoires chacun, un peu plus de buts côté Allemand, une rencontre entre le sélectionneur le plus « hype » du moment, Joachim Löw, et un autre plus « been hype » , Guus Hiddink. Le foot allemand produit à nouveau de jeune bon joueur, la hiérarchie en Bundesliga est plus que jamais bousculée et peut aujourd'hui se permettre de jouer sans Ballack, sans Kahn, sans Markus Babbel et allez, pour le plaisir, sans Matthäus. Le foot turc tente de se remettre en selle après avoir maté le Mondial à la télé malgré un statut de demi-finaliste lors de l'Euro 2008 (défaite contre l'Allemagne, comme par hasard). Il se paiera même le luxe de se faire piquer l'organisation de l'Euro 2016 par JP Escalettes. « L'équipe la plus dangereuse du groupe, raffinée techniquement » dixit Löw arrive tout de même à Berlin, sans son actuel meilleur joueur, Arda Turan (blessure sérieuse à l'aine). Ce forfait est sans doute bien équilibré par celui de Schweinsteiger.

Sportivement parlant, ce match servira surtout à savoir ce que vaut réellement la NM sans son actuel métronome Schweini. Le jeune padawan Toni Kroos sera sans doute amené à épauler le duo Khedira-Özil. Les médias allemands ont d'ailleurs fait monter la pression sur les deux Madrilènes, appelés à « assumer leurs responsabilités » . Pas rien dans un stade olympique de Berlin qui comptera approximativement 30 000 Turcs (d'Allemagne et de Turquie). Et ça, ça fait flipper le secrétaire général de la fédé allemande, dans les colonnes de Sport Bild : « Nous savons aussi qu'avec le tempérament des supporters turcs, cela peut tourner au vinaigre comme à l'occasion du match amical entre Galatasaray et Fenerbahçe en juillet dernier à Möchengladbach » . 1 400 policiers supplémentaires sont pointés pour ce soir dans la capitale allemande. On ne rigole pas.


Quoi qu'il en soit, les événements de ce soir, peut-être plus que le résultat d'ailleurs, devront sans doute se préparer à servir de loupe sur l'état des relations germano-turques et nourriront aussi les arguments de chacun dans ce débat glissant sur les thèmes d'intégration, d'assimilation, d'immigration, « l'Allemagne, on l'aime ou on la quitte » . Tiens, en passant, notez pour l'anecdote que le seul natif de Berlin sur la pelouse sera Turc : Hakan Balta, arrière gauche du Galatasaray et de la sélection, formé au Hertha Berlin. Lui, on ne lui a pas donné sa chance en Allemagne, il l'a quittée pour la Turquie. Bien lui en a pris.


Ronan Boscher

Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Aucun commentaire sur cet article.
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
0 0