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Le scandale Casillas

C'est impossible d'en vouloir à Diego López. Mais c'est impossible aussi de ne pas regretter Iker Casillas dans les buts du Real Madrid. La disparition brutale de San Iker est aussi compréhensible qu'insupportable. C'est un scandale, un vrai.

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C'est vrai, Diego López est un type sympa. Il est difficile de reprocher quelque chose à un homme parfait. Il n'était que la doublure d'un triste Andrés Palop à Séville (11 matchs joués), il était déjà sur la route d'une fin de carrière honorable. On allait bientôt l'oublier. On allait se régaler des prochains De Gea, Courtois ou Andrés Fernandez, jamais on n'aurait cru qu'un géant de 32 ans, un peu pataud, un peu emprunté, un peu maladroit, puisse encore être aussi rapide au sol, aussi calme dans la tempête, aussi décisif contre Manchester. Certes, il y avait bien eu ses cinq saisons à Villarreal (184 matchs), son épopée de Champions League, son allure de vicaire général et ses grands bras qui remuent comme des ailes d'albatros. Mais il serait devenu l'équivalent d'un Paco Buyo, d'un Carles Busquets, d'un Cesar ou d'un Gaëtan Huard, c'était déjà beaucoup trop. Lopez a passé 5 ans de sa vie dans la Cantera du Real et deux saisons sur le banc (entre 2005 et 2007). On l'aimait bien le Canterano. Il ne faisait pas de vague, ni de vent. Mais revenir au Real, serrer la main de Florentino, enfiler le numéro 25, se planter sous les bois et prendre la place d'un saint, c'est beaucoup trop.

Bien sûr que López mérite d'être titulaire. Ce n'est pas si évident de ne pas jouer de la saison dans son club, de se planter au Real, de jouer deux fois le Barça, deux fois Manchester United, de ne pas se trouer sur sa première sortie aérienne et de se faire respecter. Le tout en un mois. Substituer le quintuple meilleur gardien du monde, le double vainqueur de tout, l'homme qui n'avait que Jean-Paul II comme rival, est une tache bien trop grande pour un gardien ambitieux. Non, pour remplacer Iker Casillas, il faut n'avoir aucune prétention, avoir sa vie derrière soi, ne rien espérer, s'adapter, faire le job et puis partir. Casillas s'est blessé au pouce. Deux jours plus tard, Diego prend l'intérim sans autre émotion que la joie de revenir à la maison : « Je suis très heureux de rentrer à ce que je considère ma maison. Pour un madridiste comme moi, revenir au Real Madrid, c'est ce qu'il y a de plus grand.  » Les Merengues étaient même heureux pour le grand zouave. Ils se disaient que, quand même, la vie, c'était chouette parce que, parfois, elle savait réserver de drôles de surprises. Mais les madridistes sont naïfs et le piège vient de se refermer sur eux.

Coup de génie

Mourinho avait d'abord pensé à un fidèle soldat de l'Inter. Júlio César, son short sur les genoux et ses relances énergiques avaient la tête qu'il fallait pour faire peur aux attaquants. Mais le Brésilien en voulait un peu plus à la trésorerie du Real qu'à ses filets. Ce sera donc Diego López et sa clause de 3,5 millions d'euros. Ce second choix est en réalité un coup de génie. Canterano, collant noir, crâne dégarni et sobriété : López a le physique de celui qui n'aura jamais d'ennemi. Si Antonio Adán était grotesque dans son rôle de rival en plastique, c'est d'abord parce qu'à aucun moment de sa vie, son rendement n'a été à la hauteur de Casillas. La preuve, dès sa deuxième titularisation aux dépens du Saint, il s'auto-expulse à la sixième minute contre la Real Sociedad à Bernabéu (victoire du Real 4-3). Personne n'a jamais cru en Adán, ni Mourinho, ni Casillas, ni Adán lui-même. Non, ce qui change tout, c'est la blessure du Saint. Mourinho n'aurait jamais osé rêver telles circonstances favorables pour se débarrasser aussi facilement de son principal opposant. Une blessure idiote 5 jours avant la fin du mercato. Un gardien remplaçant - et canterano - irréprochable. Sept arrêts décisifs à Old Trafford. Le Mou tient enfin la tête de Casillas entre ses mains. Le coup est net. La lame est tranchante.


Une pierre sur le chemin

Mais c'est un scandale. D'abord parce que si Casillas n'est plus titulaire, ce n'est évidemment pas pour des raisons sportives. Sacchi (directeur sportif du Real de 2004 à 2005) fait l'idiot : « Casillas s'entraîne mal , il s'est toujours mal entraîné. » La mode étant aux entraînements à huis clos, il est impossible de contredire l'Italien. Le madridisme réel, celui des stades, des bars et des gens normaux, lui, n'a que les matchs pour juger. La vérité est qu'il est difficile de trouver la trace d'une erreur qui aurait pu être évitée dans le CV récent de Casillas. Certes, Iker ne saute pas plus haut que les autres, ne sort pas mieux, ne dégage pas plus loin, ne crie pas après un arrêt décisif, mais Iker arrête ce qu'il faut arrêter et ne s'énerve pas. La tension d'un match n'a pas d'emprise sur lui. La seule erreur de sa saison a été commise lors de cette désastreuse sortie conclue par une fracture du premier métacarpe de la main gauche. Mais si la présence de Casillas sur le banc est un vrai scandale, c'est surtout parce qu'elle est incontestable, qu'il est impossible d'en vouloir à Diego López, que Mourinho a raison, que le monde va donc bien devoir s'y faire. Iker sur le banc, c'est un scandale (un skandalon) au sens grec, c'est-à-dire un piège, un obstacle, une pierre d'achoppement placée sur un chemin tranquille. Une occasion de trébucher. Mourinho ou Casillas, il faut maintenant choisir. Pauvre Diego López.

Par Thibaud Leplat
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