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Le sang de Luis Aragonés

Luis Aragonés démentait sa retraite il y a deux mois. Pourtant, au même moment, il entrait en clinique pour soigner un vilain problème de globules. Il est mort ce matin. L’Espagne lui doit beaucoup. Et elle n’est pas la seule.

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Voilà. Le vieux vient de passer l’arme à gauche. Il est parti ce matin à 6h15, à l’heure du footing et du café sur le comptoir. C’est à cette heure-là que les amoureux de Madrid retrouvent leur ville. Dehors, ils ont beau dire que l’Espagne va mal, que la crise a emporté tous les espoirs, qu’il est temps de redevenir raisonnable, à 6h15 dans une cafétéria de Hortaleza, on n’écoute pas les infos. La télé est bien branchée sur Telemadrid, mais personne ne regarde. À la lumière de néons tremblants et au bruit des cafetières qui claquent, ils sont souvent punks, ouvriers, noctambules, chômeurs ou Erasmus. Ils parlent. Ils clopent. Ils dorment. Ils jouent au Bingo. À 6h15, à Madrid, les cafés sont au lait pour les plus silencieux, au rhum pour les plus courageux. Mais ce matin, dans les cafétérias de Madrid, il y avait un peu moins de vaisselle qui pète, moins de rires qui claquent, moins de gorges qui se raclent. Ce matin, il manquait quelqu’un. Depuis deux mois, les toubibs lui avaient trouvé un crabe dans le sang. « Il faut vous reposer M’sieur Aragonés » qui disaient. Mais Luis ne peut pas se reposer. Quand on a passé 60 ans de sa vie à s’engueuler, à être rancunier, à ne pas d’adapter, il ne faut jamais s’arrêter. Jamais.

L’entrée dans l’Euro

L’Espagne de Luis, c’est celle d’avant l’Euro et d’avant la gagne. En février 2008, il se croyait même tout permis. La Fédération - à la demande de Raúl - convoquait la presse pour expliquer au pays entier que, non, Raúl et lui n’étaient pas fâchés, que, non, la porte du vestiaire n’était pas fermée, que, oui, il pourrait très bien convoquer le capitaine du Real Madrid pour l’Euro. « Le fait qu’on soit tous les deux là, ça ne veut pas dire que j’ai baissé mon pantalon, c’est juste qu’on veut régler une situation. » Comme si on ne sélectionnait plus Raúl en toute impunité. Mais les petits jeunes de la Selección - ses chavales comme il disait - le remercient en secret. Eux aussi en avaient assez de ce pays de chiens. Dans tous les aéroports, Iker supportait des « Raúl Selección ! » , Xavi souffrait de toutes les comparaisons avec Guardiola, Puyol était fatigué d'Eto’o, Deco et Ronaldinho, Iniesta était titulaire en sélection et même pas au Barça, Xabi Alonso avait abandonné le Pays basque pour devenir anglais. L’Espagne de Luis, c’était l’odeur rance des Real, Barça et Atléti, pas le parfum ambré de la Roja triomphante. « Dans ce pays, l’équipe qui a toujours bien joué c’est le Barça, ça ne date pas d’hier, celle qui avait la meilleure contre-attaque c’était l’Atlético, mais celle qui gagnait à la fin c’était le Real. Pourquoi ? Parce que ces trois choses ne marchent pas toujours ensemble (...) Dans la Selección, il y a avait tout ça, mais jamais ensemble, toujours séparément. »

Le grand architecte

« Luis, c’est le football pur. Son match idéal, explique Xavi, c’est démarrer très fort, puis reculer quelques mètres et tuer le rival en vitesse, pam pam. » Mais en 2006, cette idée manque d’éliminer l’Espagne dans sa course à l’Euro. Alors l’architecte, un brin désinvolte, décide de reconstruire la maison à sa façon. En commençant par le paratonnerre. Il se débarrasse des vieux Joaquín, Raúl, Guti et Albelda. La foudre peut bien tomber sur Luis, il a passé l’âge de se faire de nouveaux potes. « Je n’ai plus envie de connaître de nouveaux gens » , maugrée-t-il. Il plante ensuite les piliers Xavi, Casillas, Iniesta et Puyol, sur lesquels s’étendront les étagères Cazorla, Cesc et Alonso et ensuite le terrassement Sergio Ramos, Marcos Senna, David Silva. Tout à coup, en 2008, l’Espagne change de siècle et de continent. Elle abandonne la vieille Europe, ses muscles, sa réserve, sa méfiance pour les poètes et gagne les tropiques. « La technique était notre principal argument, comme le Brésil à mon avis, c’est par là qu’il fallait aller. » Les murs construits, il ne manque plus qu’à déniaiser tout un peuple : « Il a fallu apprendre à competir (concept intraduisible en français, mélange de gagne et de compétition, ndlr) ce qui n’est pas la même chose que jouer. Jouer, nous savons le faire depuis toujours, mais competir, ça non. Je crois que la sélection a définitivement appris grâce à la séance de pénalty contre l’Italie (en 1/4 de finale de l’Euro, ndrl). D’ailleurs, après contre la Russie (en demie, ndlr), elle a fait son meilleur match » . En dernier il fallait gagner. Voila pour les fondations.

La postérité de Luis

Mais chez Luis, l’intérieur était comme l’extérieur. Il n’était pas abonné à des revues d’architecture, il n’avait aucun contrat chez un opérateur téléphonique, il ne tournait pas de publicité pour des assurances-vie, il n’a jamais été anobli. Le vieux n’a pas écrit de bouquin pour défendre son idée de jeu. Il aurait pu vivre jusqu’à 200 ans, jamais il n’aurait cessé de se faire du mauvais sang, d’en vouloir à tous ces ingrats. C’est vrai, après tout. Depuis Aragonés, une équipe a de nouveau le droit de s’amuser, des joueurs de moins d'1,80m peuvent être incontournables, des ados peuvent détrôner les idoles, des spectateurs peuvent demander de la poésie, des entraîneurs peuvent aimer l’esthétique. Guardiola, Pelligrini, Roberto Martínez, Tata Martino, Löw, Klopp ou Blanc ne seraient que quelques techniciens un peu naïfs condamnés à la formation des autres, aux championnats exotiques ou au commentaire sportif, s’il n’y avait pas eu un jour en Autriche un vieil homme sanguin et déterminé à démonter les idées reçues. Sans le sang chaud de Luis, il n’y aurait pas eu de sang neuf au Barça, en Espagne, au Bayern, à City. Aragonés n’a pas fondé d’école, n’a pas d’adepte, n’a pas de style à lui. Aragonés n’était ni maître, ni poète, ni prof. Aragonés était un père. Il est mort ce matin à 6h15. D’une leucémie. Voilà.

Par Thibaud Leplat, à Madrid
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oh merbe tout est en italique, pitié non
r i p enfoiré la seule chose que je retiendrai de ce gars c est qu en 2006 à l entrainement il motivait son joueur Antonio Reyes en lui disant qu'il etait meilleur que le nègre en parlant de tierry henri on connait la fin de l histoire
Message posté par iguita
r i p enfoiré la seule chose que je retiendrai de ce gars c est qu en 2006 à l entrainement il motivait son joueur Antonio Reyes en lui disant qu'il etait meilleur que le nègre en parlant de tierry henri on connait la fin de l histoire



THIERRY HENRY putain t'abuse la désole.......
Un peu comme iguita, j'ai beaucoup de mal à exprimer de la compassion quand des sales types comme ça y passent
C'est pas lui qui voulait envoyer zidane à la retraite en 2006 ?
Quel bon souvenir on lui doit !
Un détail: "negro" en espagnol ne veut pas dire "nègre", mais "noir".
Et c'est un mot utilisé couramment pour désigner une personne de couleur noire sans que ce soit péjoratif.
Bel article (surtout le premier paragraphe), en faveur d’un vieux ronchon qui, comme l’inspecteur Harry, n’était certainement pas plus raciste envers les "nègres" qu’envers les "juifs, les englishs, les irlandais, les chinetoques, les japs etc.".

Nos valeurs puritaines et anti-racistes ne sont pas l’alpha et l’omega de la conscience humaine, je trouve indécent de traiter cet homme qui vient de partir de "sale type" sans aucune mesure ou recul simplement parce qu’il heurte notre hypocrisie de bonne sœur consumériste post-moderne pour avoir traité un joueur de "sale nègres" comme certains traitent une femme de salope ou un catho de facho parce qu’ils ne partagent pas la même vision du monde. Ce vieux ronchon a fait des trucs bien au niveau footballistique, et a promené comme il le pouvait sa carcasse de "blancos" sur ce vieux caillou qui nous sert de planète. Open your mind.

Ah j’oubliais les mexicains ? Les pires de tous les métèques…
Bierre PourDieux Niveau : DHR
On pardonne bien plus facilement à Suarez ses coups de sang en tout cas.
Rochantas Niveau : CFA2
Sinon pas d'article concernant Barcelone - Valence ?
ssc anarchi Niveau : Loisir
Pathos à 2 balles, journalisme à 2 balles. Autant regarder le 20h de Fr2
A part ça tout comme iguita.
Message posté par Idrutil
Bel article (surtout le premier paragraphe), en faveur d’un vieux ronchon qui, comme l’inspecteur Harry, n’était certainement pas plus raciste envers les "nègres" qu’envers les "juifs, les englishs, les irlandais, les chinetoques, les japs etc.".

Nos valeurs puritaines et anti-racistes ne sont pas l’alpha et l’omega de la conscience humaine, je trouve indécent de traiter cet homme qui vient de partir de "sale type" sans aucune mesure ou recul simplement parce qu’il heurte notre hypocrisie de bonne sœur consumériste post-moderne pour avoir traité un joueur de "sale nègres" comme certains traitent une femme de salope ou un catho de facho parce qu’ils ne partagent pas la même vision du monde. Ce vieux ronchon a fait des trucs bien au niveau footballistique, et a promené comme il le pouvait sa carcasse de "blancos" sur ce vieux caillou qui nous sert de planète. Open your mind.

Ah j’oubliais les mexicains ? Les pires de tous les métèques…


Parler de conscience humaine au début pour finir par "Ce vieux ronchon a fait des trucs bien au niveau footballistique" est un magnifique grand-écart. Parce que le mec a apporté au football, on doit passer outre le fait qu'humainement c'était un sale type (je maintiens bien ces termes) ?

Etant donné que tu pointes cet aspect, le racisme et l'intolérance sont bien ce qui constitue un manque de recul et un manque de vision globale des choses qui nous entourent.
Que mon commentaire ne te plaise pas, je le conçois, mais choisis bien tes mots. La forme de ton texte cache le fond. La pensée puritaine n'est pas forcément du côté que tu décris.

J'avoue que "l'hypocrisie de bonne soeur consumériste post-moderne" m'a bien fait marrer. Moi aussi j'aurais aimé vivre au Moyen-Age.
Message posté par beltran
Un détail: "negro" en espagnol ne veut pas dire "nègre", mais "noir".
Et c'est un mot utilisé couramment pour désigner une personne de couleur noire sans que ce soit péjoratif.
Sauf que quand tu rajoutes " di mierda " à "negro" ("noir de merde") , comme l'a fait Aragones, ça devient tout de suite un peu plus péjoratif.
On peut considérer que c'était surement une enflure, mais qu'il a fait de grandes choses pour le foot. Comme beaucoup, si ce n'est tous, il n'est pas tout blanc ou tout noir.
mazpresident Niveau : District
Message posté par Idrutil


Ah j’oubliais les mexicains ? Les pires de tous les métèques…



Belle référence!


http://www.youtube.com/watch?v=gi2k38d9-sM
à HNIC.

Ce que je voulais dire c’est que le fait de traiter quelqu’un de "negro di mierda" n’en fait pas forcément de la personne un raciste selon moi. Ça m’est déjà arrivé de me dire des trucs comme ça à moi-même moi aussi, juste pour me motiver. Je ne saurais pas trop comment l’expliquer.

Après je comprends évidement moi aussi que ces propos puissent choquer, et je trouve ça plutôt sain.

La dernière phrase de mon premier post était évidemment ironique, elle était une référence à l’inspecteur Harry effectivement. Un sacré ronchon lui aussi, qui détestait "tous les métèques" comme il le dit lui-même, mais qui n’aurait à mon avis pas vendu grand monde s’il avait vécu pendant la guerre (bien au contraire à mon avis…).

Bonne soirée.
et PS: C'était peut-être un "sale type" effectivement, j'avoue que je ne le connais pas.
Enfin un article qui ose dire la vérité et rendre à César ce qui est à Luis.

Non, ce n'est pas une Seleccion estampillée Barça qui règne sur le monde depuis six ans.

Oui, c'est grâce à la Roja d'Aragones que le Barça de Guardiola est devenu l'équipe la plus titrée du monde.

Ceci étant, c'était peut-être un connard, je n'en sais rien.
J'aurai appris une chose grâce aux défenseurs de la veuve orphelin; dire qu'un noir est noir ce n'est pas bieeeeeeeeennnnnn, c'est raciiiiiiiiiiiste.

Un grand merci aux lecteurs humanistes de so foot!
Roger-le-routier Niveau : CFA2
Mais oui valls78 mais oui.

Il est mort et on va dire que le temps est au respect, mais disons que l'on a aussi le droit il me semble d'être plus attristés par certaines morts que d'autres.

S'il n'y a aucun problème à dire qu'un noir est noir, dire que c'est "un sale noir de merde" est déjà légèrement plus connoté. Si tu n'es pas capable, tout comme ton pote Idrutil (à qui je précise au passage que jamais, même en mon fort intérieur je n'ai pensé qu'un étranger quel qu'il soit était un "sale X de merde" moi) de saisir la différence, cessez un peu votre hypocrisie à 2 deutshmark et assumez au moins vos convictions nauséabondes de sales quenelleurs de mes deux.

Bien à vous
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