Le Roy : « J'aurais aimé devenir DTN »

Après la chute du régime en Tunisie et en Egypte, les tensions au Yemen ou Bahreïn, le « printemps arabe » sévit, depuis quelques semaines en Syrie. Arrivé quelques jours avant le début des hostilités, Claude Le Roy, sélectionneur de la Syrie, est le témoin parfait pour parler du soulèvement. Et, au passage, tacler par derrière la FFF suite à l'affaire Mediapart.

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Comment s'est passée votre arrivée en Syrie ?


La Fédération syrienne, après les résultats obtenus avec Oman, a demandé à me voir. Je suis allé à Damas et un accord a été trouvé aux alentours du 20 avril. 15 jours après, les problèmes ont commencé.

La télévision française montre chaque jour, le soulèvement du peuple syrien, avez vous vu quelque chose ?


Ce qui est terrible, c'est que j'arrive en Syrie il ne se passe absolument rien et quelques jours après les problèmes commencent. Pourtant, j'ai parcouru un peu Damas afin de trouver un appartement et je n'ai rien vu donc je suis contrarié, car je reçois beaucoup d'informations, mais elles sont souvent contradictoires. Le seul phénomène visible c'est la difficulté que j'ai à passer des coups de téléphone. La télévision syrienne montre continuellement les enterrements des soldats et en France on parle d'affrontements entre insurgés et militaires.


Quelle est la situation à Damas ?


Je peux vous dire qu'à Damas, il ne se passe rien du tout. Je suis allé dans tous les quartiers, comme Mezzé ou Douma et depuis 15 jours je n'ai rien vu du tout. Je fais des entraînements tous les jours dans la ville et le seul soulèvement que j'ai vu, c'est une manifestation pro-Bachar El-Assad. Mais ça ne veut pas dire qu'il ne se passe rien ailleurs. Il semblerait que beaucoup de choses se passent à Deraa, dans le sud du pays.



Rencontrez-vous des complications pour exercer votre métier ?


C'est cela qui est étrange. Si vous sortez le soir, il y a des familles partout. De plus on est allé jouer à 30km de Damas il y a quelques jours contre un club local et il ne se passe absolument rien. J'essaye de discuter avec les gens et alors qu'en Tunisie on sentait beaucoup de haine pour Ben Ali, en Egypte pour Moubarak, ici la population semble avoir de l'estime pour Bachar El-Assad. Il y a aussi le problème avec les joueurs, car beaucoup d'entre eux viennent de Lattaquié ou Homs et pourtant ils n'ont de cesse de me dire qu'il n'y a aucune raison de s'inquiéter et aucun ne m'a dit qu'il ne pourrait pas se présenter aux stages organisés.



L'ambassade de France vous a-t-elle transmise des consignes ?


J'ai eu un premier rendez-vous avec l'ambassadeur de France, qui est, cela dit en passant, un passionné de football, chose rare dans les sphères politiques, mais on a l'impression que l'ambassade de France cherche à apaiser ce qu'il se dit dans les médias occidentaux. Ceci étant avec les informations que je reçois, il est certain que des choses graves se sont passées à Lattaquié, Homs ou Deraa, donc j'attends d'en savoir un petit peu plus avant de prendre une décision.


Si le soulèvement persiste, que songez-vous à faire ?


Il faut être en accord avec ce pour quoi on se bat depuis toujours. C'est pour cela que j'attends d'avoir des informations concrètes. Le seul problème c'est que je viens de m'engager avec le pays pour deux ans donc il faudra trouver un terrain d'arrangement.


Vous avez entendu parler de l'affaire révélée par Mediapart et qui fait grand bruit en France?


Un ami m'a parlé de cette histoire, qui ne risque pas d'arranger l'image du football français dans le monde. J'aurais bien aimé prendre le poste de DTN après le départ de Gérard Houllier, car je pense avoir une carrière qui me permet de savoir comment mettre en place de nouveaux codes de jeu et une nouvelle envie. Et il est évident que je n'aurais pas empêché les Arabes ou les Noirs de jouer ! Si cette histoire s'avère être vraie, c'est vraiment ahurissant. Rien qu'une ébauche d'une pensée comme celle-ci serait terrible. La mission du football c'est de justement donner une éducation à des enfants qui en sont privés. Je me pose beaucoup de questions sur toute cette stigmatisation envers les personnes de couleur. Quand je vois, par exemple, les visites à Lampedusa je ne reconnais plus mon pays. Croyez-moi quand on vit à l'étranger on ne peut pas dire que la France ait une bonne image. J'entends très souvent des personnes me dire qu'ils ne reconnaissent pas le pays des Droits de l'Homme.


Qu'est ce qu'il faudrait changer selon vous ?


Je ne sais pas s'il faut changer quelque chose. L'objectif de la direction technique nationale c'est faire de la recherche. Je n'ai aucune prétention mais j'estime avoir mis en place certaines choses tout au long de ma carrière. Dans les centres de formation les gamins sont livrés à eux-mêmes pendant des années et des années donc ils n'entendent plus les discussions et réflexions d'adultes sur le monde, la vie ou le quotidien et quand on passe à côté de ça on passe à côté de choses essentielles. Le suivi scolaire est très important. Je me rappelle de ce que j'ai mis en place à Grenoble avec la génération des Djorkaeff, où on avait adapté un cursus à chacun, où on avait tenté au maximum de les faire évoluer dans un environnement avec des bacheliers et des gens de leur âge étudiant dans des sphères différentes. La question qu'il faut se poser ce n'est pas comment faire des footballeurs mais comment façonner des hommes.

Propos recueillis par Nicolas Bach

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Ses déclarations au moment où le peuple syrien commençait à se faire massacrer me foutent la gerbe. Il savait très bien ce qu'il se passait, et il déclarait tout de même :

"C'est vrai qu'il y a un peu d'agitation mais j'ai pris mes renseignements".

Un peu d'agitation, alors que les cadavres jonchaient les rues. Lui et ses bajoues me répugnent depuis cet épisode minable.
"Je suis allé à Damas et un accord a été trouvé aux alentours du 20 avril. 15 jours après, les problèmes ont commencé."

Faux. Tout a commencé à Deraa, dès le 18 mars 2011. Et de nombreux signes avant-coureurs laissaient craindre un soulèvement dès le début du mois de février.

Pour un son de cloche différent du monde quasi parfait que semble dépeindre Leroy :

http://www.liberation.fr/monde/01012327 … oulevement
Parenthèse , on écrit ou dit ici et là que Blanc a un père ouvrier syndicaliste cgt , mais celà ne signifie pas qu'il y a éloignement avec le fn . La preuve , ces derniers temps , des syndicalistes cgt et des militants n.p.a. auraient rejoint les rangs du parti de marine le pen et des "opinions" similaires sur les noirs et les arabes racontées lors de la réunion du 8 novembre 2010 !
Comme le dit parait-il Debbouze , un électeur du fn est un communiste qui a été cambriolé deux fois .
Il ne dit pas qu'il ne se passe rien en Syrie.
Un exemple un peu différent me concernant. Lors des émeutes en France en 2005 j'étais à l'étranger et les médias espagnols traitait cette actualité comme un état de guerre civile. Ma famille ne vivant pas à coté des lieux d'émeutes me rassurait en me disant qu'il ne se passait strictement rien.
En France en 2005, il n'y a pas eu de flics cachés dans la foule qui tiraient dans le tas. Il n'y a pas eu des dizaines de morts, sauvagement assassinés par des snipers postés sur les toits (notamment). Il n'y a pas eu tout cela. Ca n'a pas été un carnage comme là-bas. Les médias ont utilisé le terme de "guerre civile" pour le sensationnalisme. En Syrie, le terme de guerre civile est déjà plus adapté. Le terme de boucherie aussi.

Je comprends parfaitement ta comparaison, mais pour le coup, je pense qu'elle est assez malvenue onligne. Comme les déclarations de Le Roy.
Relis l'interview, l'émotion prend le pas sur ton analyse.
Je répète il ne dit pas qu'il ne se passe rien et il dit même que des choses graves se déroulent ailleurs que dans la capitale.
Pourquoi t'emporter ? c'est pas lui qui donne ordre de tirer quand même! Il est juste là pour jouer au foot.
Tu as sans doute raison, je ne me base pas sur l'interview du jour. Mais plutôt sur les déclarations qu'il a faites notamment le jour de l'annonce, alors qu'il y avait déjà eu de nombreux morts. Il avait parlé "d'un peu d'agitation". Ce terme, je ne lui pardonne pas, il a cherché à minimiser les faits soit par erreur (dans ce cas il est très mal renseigné) soit par malhonnêteté.

Le fait qu'il tente de se justifier en disant que les "évenements" sont survenus après sa nomination (ce qui est chronologiquement faux, je le rappelle) ne le grandit pas non plus.

Je n'exige rien de lui, hormis entraîner. Mais bien d'autres à sa place auraient refusé de se faire payer par une "république" qui ordonne de tirer sur son peuple.

cf : "Un Syrien qui vit en France raconte que son cousin, policier politique, est en première ligne à Deraa pour mater la révolte. "Il fait d'abord semblant d'être un manifestant, pour identifier les leaders. Ensuite, il les attrape avec ses collègues, et les tabasse à mort. S'il est identifié par les manifestants, il tire dans la foule en disant que c'est de la légitime défense. Il m'a dit qu'il avait pour consigne de tirer pour tuer." Comme lui, beaucoup de Syriens témoignent de la violence sans limite des forces de l'ordre. Une habitante d'Alep, à bout de nerf, s'emporte : "Assad a tiré sur son peuple, c'est le point de non-retour"."

Pardonne-moi si j'ai pu te paraître agressif onligne, ou excessif, là n'était vraiment pas mon attention.
ps : je sais aussi que les événements qui se déroulent en Syrie n'ont rien à voir avec ce qui s'est passé dans les autres pays du "Printemps arabes". Là dessus, les déclarations de Le Roy me semblent sincères et cohérentes. Et le travail de certains journalistes n'est pas exempt de tout reproche non plus.

On ne sait pas vraiment le pourquoi du comment là bas.

Mais une chose est sure : des morts, il y en a eu parmi les manifestants, du fait des actions policières et militaires notamment (cf les chars sont à Deraa plusieurs fois). Je ne demande pas à Le Roy de devenir docteur es géopolitique du monde arabe. Mais je pense que s'engager à pareil moment avec la Syrie reste une erreur.
@Wagneau : "je sais aussi que les événements qui se déroulent en Syrie n'ont rien à voir avec ce qui s'est passé dans les autres pays du "Printemps arabes"

Tout a à voir : c'est la théorie des dominos.
Les situations politiques diffèrent totalement les unes des autres. Le mécontentement n'est pas le même dans ce pays que dans les autres. Rien à voir. Réduire ça à une simple théorie de dominos, de part la proximité géographique de ces pays, c'est un raccourci intellectuel biaisé.

Et tu verras que les conclusions de ces mouvements en Syrie n'aboutiront ni aux chutes des tyrans égyptiens ou tunisiens, ni à la guerre généralisée lybienne. Ca n'a rien de comparable.
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