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Le Revierderby s'est-il aseptisé ?

Il fut un temps où le derby entre le Borussia Dortmund et le FC Schalke 04 était tendu, aussi bien sur le pré que dans les tribunes et aux alentours. Depuis peu, cette animosité semble avoir disparu. Le Revierderby est-il devenu pour autant ennuyeux ?

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Des balayettes, des tacles rugueux (et en retard), des coups de coude au visage, suivis de cartons jaunes, voire rouges. Il y a encore quelques années, le Revierderby avait ses propres règles. Et ses propres symboles. Parmi eux, Gerald Asamoah. Celui qui a porté pendant onze ans le maillot du FC Schalke 04 (1999-2010) était devenu l'ennemi public numéro un à Dortmund. Aussi bien pour les supporters que pour les joueurs. « À Dortmund, les gens savaient que c'était le genre de match qui me rendait complètement dingue, que je faisais n'importe quoi pour pouvoir gagner » , se rappelle « Asa » aujourd'hui. Durant les derbys, Asamoah est donc un autre homme. Une bête de travail, qui court dans tous les sens, avec pour seul objectif de mettre en échec le club en noir et jaune. Et qui n’oublie pas de tailler l’adversaire avant les matchs. En 2008, à Gelsenkirchen, le S Null-Vier s'impose 4-1. Asamosah marque et se fritte avec Roman Weidenfeller, qui lui balance des saloperies, saloperies pour lesquelles il écopera de 10 000 euros d'amende. « Avant le match retour, à Dortmund, j'avais dit dans les journaux que je marquerais un but. Bien évidemment, tout le monde à Dortmund m'a détesté pour ça. Et qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai marqué un but, et je suis allé devant la Südtribüne pour faire un coucou, puis je suis allé voir mes fans. On a gagné 3-2 à la fin. »

De gentilles provocations


Aujourd'hui, le derby semble cruellement manquer de personnages de ce calibre. Le seul gars qui a vraiment la haine, c'est Kevin Großkreutz. Bien qu'évoluant désormais du côté de Stuttgart, le chouchou du public du Westfalenstadion continue de tailler le club de Gelsenkirchen. En début de saison, il avait annoncé sur Facebook qu'il participerait à la « fête de la descente » du FC Schalke 04. Une déclaration qui lui a valu la sympathie de beaucoup de fans de sa ville natale. Seulement, Kevin est loin maintenant. Et tout semble devenu plus policé, plus gentillet. Aujourd'hui, une provocation, c'est quand Pierre-Emerick Aubameyang et Marco Reus se la jouent Batman et Robin. On a quand même connu plus dingue... Évidemment pour le blondinet, seul joueur actuel du BvB à être né à Dortmund, le derby a son importance. Lorsqu’il n’a pas pu participer au match retour l’an passé, Marco Reus a passé le match à tirer la gueule et à grogner dans son coin. Mais on est bien loin des provocations d’antan. Benedikt Höwedes, capitaine de Schalke depuis 2012, n’est pas vraiment du genre à ruer dans les brancards. Bref, le derby manque un peu de mordant sur le terrain.

Des tensions désamorcées dès le plus jeune âge


Il faut dire que tout est fait à tous les niveaux pour que les tensions s'apaisent à l'approche du coup d'envoi. « Aujourd'hui, il y a plus de sécurité. Par exemple, les fans de l'équipe qui joue à l'extérieur sont accueillis par la police dès leur arrivée à la gare principale de la ville rivale, suivent un tracé particulier pour se rendre au stade et sont escortés par la police durant le trajet » , explique Heinz-Günter Hofeditz, professeur à la Theodor-Reuss-Realschule de Dortmund. « De plus, les officiers de liaison pour les supporters jouent un plus grand rôle, ils donnent les consignes à suivre lors des déplacements. C'est un gros travail qui a été effectué ces dernières années. » Et Herr Hofeditz est bien placé pour le savoir. Cette année, sa classe de 10e (équivalent de la seconde en France) a participé à un projet intitulé « Rivalität ja - Gewalt nein » (la rivalité, oui, la violence, non). Un projet mis en place par le Borussia Dortmund il y a cinq ans maintenant, auquel a également été invitée une classe de l'école Berger Feld de Gelsenkirchen, qui jouxte la Veltins Arena. « L'idée était de créer des groupes de travail composés d'élèves des deux classes – et donc des deux camps - dans le but de travailler sur ce projet. En gros, de les sensibiliser au courage civique. Dans un premier temps, ils ont réfléchi aux différentes choses à faire en cas d'urgence, puis ils ont mis en scène ces situations, où ils étaient tour à tour agresseur, victime, police... » Tout s'est visiblement très bien passé, même lors du match organisé par la suite sur le terrain du Stadion Rote Erde, qui est aujourd'hui utilisé par la réserve du BvB.

La tension est ailleurs


D'année en année, les tensions semblent s'être apaisées entre les deux parties. Peut-être parce qu'au fond, il y a beaucoup de similitudes entre un fan de Schalke et un supporter de Dortmund. Peut-être aussi parce que l'ennemi est désormais ailleurs : en Bavière. « Cela peut sembler difficile à croire, mais quand je regarde autour de moi, je vois des supporters de Dortmund croiser les doigts pour Schalke quand ils affrontent le Bayern » , analyse Heinz-Günter Hofeditz. « De même, je vois des gens de Schalke à fond derrière Dortmund quand il y a une rencontre face au Rekordmeister. » Bien entendu, cela ne vaut pas pour les irréductibles fans, ceux qui ont connu des derbys très chauds. Mais force est de constater que, même chez les joueurs, la motivation est plus forte quand l'Étoile du Sud se pointe. Cette saison, l'un des matchs les plus aboutis du FC Schalke 04 (pour l'instant) a eu lieu lors de la réception du FC Bayern Munich. La saison passée, la finale de Coupe d'Allemagne entre le Borussia Dortmund et le Rekordpokalsieger a offert quelques scènes de pugilat, notamment entre Gonzalo Castro et Franck Ribéry. Marco Reus a fini la rencontre sur les rotules, tandis que Joshua Kimmich s'est fait allumer à chaque fois qu'il avait le ballon. Les départs des meilleurs éléments de la région ouvrière pour le FC Bayern Munich (Neuer, Götze, Lewandowski), ainsi que la collection de titres qui s'en est suivi font du Sud-Est de l'Allemagne le nouveau sujet de préoccupation. Mais qu'on se rassure : dans la Ruhr, il y aura toujours des gens pour dénigrer et mépriser autrui, feindre de ne pas connaître le nom de l'autre ville en parlant de « Lüdenscheid-Nord » et « Herne-West » . À la Veltins Arena tout comme au Signal Iduna Park, l'ambiance sera toujours particulière lors du Revierderby. Mais pour ce qui est du terrain, ça attendra.

Par Ali Farhat et Sophie Serbini Propos de Gerald Asamoah recueillis par SS, propos de H-G Hofeditz recueillis par AF
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Un match sans animosité, c'est le mètre étalon..
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