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Le retour de Chelski

Avec Torres et David Luiz en recrues hivernales, Chelsea est redevenu le Chelski des débuts. Mais le retour des livres dépensées par dizaines pourrait bien faire plus de mal que prévu au club d'Abramovitch.

Les émirs du Golfe, à force de tout rafler (Manchester City, l'organisation de la Coupe du Monde 2022, les championnats du monde de hand même), ont visiblement énervé le calme et discret Roman Abramovitch : plus de 51 millions de livres pour Fernando Torres et 22 pour les bouclettes de David Luiz pour cette fin janvier 2011, soit environ 80 millions d'euros. Ok, il a eu le Mondial 2018 en Russie, mais pour son club, fallait pas le chauffer le Roman, lui qui revient à ses premières amours : sortir les liasses et permettre à Chelsea d'aller enfin claquer une Champions League et dans une moindre mesure d'opérer un comeback dans le championnat domestique. Avec plus de 100 millions de livres dépensées pour cette seule saison (Ramires avait coûté 22 millions d'euros l'été dernier), Chelsea se rapproche doucement de son train de vie dépensier du début de l'ère Abramovitch.


De Ranieri à la “fucking disgrace”


En juillet 2003, l'oligarque russe rachète les Blues pour 140 millions de livres et veut poser Chelsea sur le toit de l'Angleterre, et surtout de l'Europe. Il fracasse donc le marché des transferts européen en injectant 150 millions de livres la première année et 142 millions la deuxième année. Duff, Crespo, Veron, Makélélé, Mutu, Mourinho, Ricardo Carvalho, Paulo Ferreira, Robben, Cech et même Kezman ou Smertin débarquent sur les bords de la Tamise. La politique du fric porte ses fruits avec, pour la première fois de son histoire, une place de dauphin en Premier League et une demi-finale de C1 en 2004 sous les ordres de Ranieri. En 2005, Mourinho fait de Chelsea une machine de guerre (champion d'Angleterre après cinquante années de disette, record du nombre de points) mais la C1 se montre toujours aussi capricieuse (demi-finale). Abramovitch enfonce alors le clou les deux saisons suivantes en dépoussiérant coup sur coup les records de transferts du club (Essien en juillet 2005 pour 33,5 millions de livres et Shevchenko pour 40,4 millions de livres lors de l'été 2006) mais aussi en explosant la concurrence par les achats plus qu'onéreux des pipes Wright-Phillips et Del Horno pour près de 40 millions de livres.

En Angleterre, Chelsea conserve son titre de champion en 2006, est dauphin en 2007, mais se casse toujours les dents sur la Champions (un huitième et une demie). Mourinho est éjecté et Chelsea décide de se “serrer la ceinture” avec 53 petits millions de livres investies (Malouda, Anelka et Ivanovic principalement) lors de la saison 2007-2008, et une moyenne de 25 millions pour les exercices 2009 (Bosingwa et Deco) et 2010 (Zhirkov et Sturridge). Le directeur général de l'époque, Peter Kenyon, arrive même à faire rire l'Europe entière en programment un équilibre budgétaire à l'horizon 2015, pendant qu'Abramovitch éponge la dette des Blues en décembre 2009 (450 millions de livres quand même). La vitrine des Blues continue pourtant de se remplir (PL 2010, Cup en 2007, 2009 et 2010, une finale de C1 en 2008, une “fucking disgrace” de demi-finale de C1 en 2009) mais l'affaire Kakuta et la promesse de la nouvelle règle du fair-play financier chère à Platini tempèrent les ardeurs du nabab de Saratov.


Le bras d'honneur à Platoche


Enfin, tempérer, c'est ce qu'on croyait. Avec les arrivées de Fernando Torres et David Luiz lors du mercato hivernal, Abramovitch a avant tout levé son majeur en direction de l'UEFA et du fair-play financier de Platoche, adopté en mai dernier. La règle est pourtant simple. A partir d'aujourd'hui jusqu'à 2012, tous les clubs affiliés à l'UEFA devront limiter leurs déficits autour des 45 millions d'euros. A partir de la saison 2013, aucun club ne pourra dépenser plus qu'il ne possède et les sauvetages des propriétaires seront plafonnés. Contrevenir à cette règle pourrait tout simplement conduire à une exclusion du club concerné des compétitions organisées par l'UEFA, donc la Ligue des Champions et l'Europa League. Et les tableaux financiers de Chelsea ne sont pas flatteurs. Pour l'exercice 2009-2010, le board des Blues a annoncé une perte sèche de 70 millions de livres. Sortez votre Texas Instrument 82 : sur la seule balance des transferts, Chelsea accuse un solde négatif de près de 90 millions de livres, la prime de classement budgétée par les Blues en début de saison pour la Premier League (1ère place) est loin d'être gagnée et les primes de performances prévues en Champions League (finale au minimum) sont encore hypothétiques.



Plusieurs conclusions sont donc possibles. Sportivement, à court terme, Abramovitch donne toute sa confiance à Carlo Ancelotti pour absorber avec succès les arrivées des coûteux Torres et David Luiz et considère que le flop Ramires a encore le temps de justifier les 25 millions d'euros misés sur lui cet été. Sportivement, à long-terme, Chelsea est en train de préparer l'après-Drogba en attaque et l'après-Terry en défense. Mais financièrement, à court terme et long terme, Chelsea défie déjà les nouvelles règles de Platini, pour sportivement se tirer une balle de kalach dans le pied en vue des prochaines compétitions européennes. On entre donc officiellement dans le véritable noeud de l'histoire : l'UEFA de Platini sera-t-elle assez puissante pour faire respecter les nouvelles règles du jeu ? Parce qu'au-delà du Chelsea d'Abramovicth, quid de Liverpool ou de Manchester City ? Un Russe mystérieux, un Ricain à batte de base-ball et un cheikh plein de pognon contre un Français exilé en Suisse. Cela promet avant tout un joli combat.


Ronan Boscher

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