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Le Ramzan Kadyrov FC

Président de la République de Tchétchénie depuis 2007, Ramzan Kadyrov a fait du Terek, le club de Grozny, la capitale tchétchène, un instrument de propagande pro Poutine également au service de sa propre mégalomanie. Sa dernière fantaisie ? Renommer le Terek selon le nom de son père, Akhmad. Tout un programme.

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Ramzan Kadyrov n'est pas à proprement parler un homme discret. Alors quand il veut rendre hommage à son père, Akhmad Kadyrov, un ancien indépendantiste nommé à la tête de la Tchétchénie de 2003 à 2004 après avoir enterré la hache de guerre avec Vladimir Poutine, il fait les choses en grand. « J’ai l’honneur d’annoncer à tous les amateurs de football qu’à partir de maintenant, le club de football de Grozny devient l'Akhmad Grozny » , a-t-il expliqué mercredi 7 juin. Le Terek, c'est le club de Grozny, la capitale tchétchène, dont le budget serait en grande partie financé par Moscou. Moscou et Vladimir Poutine, pour lesquels Kadyrov est prêt à tout, et surtout à écraser les velléités indépendantistes de la région. Sur comme en dehors du terrain.

« Sa liberté en Tchétchénie est totale »


Pourtant, Kadyrov n'a pas besoin du football pour faire parler de lui. Le président d'honneur du club de Grozny est une curiosité polémique à lui tout seul. Son obsession ? Sécuriser à tout prix une région ravagée par deux guerres civiles contre Moscou dans les années 1990. Pour ce faire, il jure une allégeance totale au Kremlin, moyennant finances. « Il reçoit tout l’argent qu’il demande. Sa liberté en Tchétchénie est totale » , analyse Ivan Soukhov, spécialiste de la région. Selon le ministère des Finances russes, 90% du budget de la République tchétchène proviendrait ainsi de Moscou. Un pactole qui bénéficie aussi au Terek, qui affiche un budget de cinquante millions de dollars, une somme tout à fait décente pour un club habitué à jouer le milieu de tableau de la Premier League Russe. En échange de ces financements, Kadyrov applique une politique sécuritaire survitaminée tout en sacralisant et en célébrant Poutine et la ligne du Kremlin. La presse est bâillonnée, tandis que les forces de l'ordre sont accusées par diverses ONG de poursuivre et torturer les homosexuels. Les rares personnes qui ont osé critiquer publiquement Kadyrov, comme la journaliste Anna Politkovskaïa ou l'opposant Boris Nemtsov, assassiné par Zaour Dadaïev, un ancien membre des milices de Kadyrov, ont tendance à avoir un taux de mortalité anormalement élevé. Omniprésent dans les médias, craint par ses adversaires, Kadyrov n'avait plus qu'à investir dans les divertissements populaires comme le football pour séduire les masses.

Petit soldat de Poutine


À cet effet, le grand manitou tchétchène a fait construire un stade ultra moderne de 30 000 places pour son Terek, la Akhmad Arena, nommée (déjà) d'après son paternel, inauguré en 2011. Il ne cesse depuis de démontrer qu'en politique comme en football, les limites de ses capacités à flatter Moscou restent indéfinies. Comme lorsqu'il organise, fin 2014, le rassemblement de 20 000 membres des forces de l'ordre tchétchènes dans le stade de Grozny, où il proclame : « Nous sommes l'infanterie de Vladimir Poutine, il faut que tout le monde le sache. » Ou lorsqu'il fait déployer dans le même stade, le 7 octobre 2015, une gigantesque banderole célébrant l'anniversaire du leader du Kremlin. Ou encore quand il drague Dmitri Tarasov, un joueur du Lokomotiv Moscou, sanctionné par l'UEFA pour avoir paradé avec un T-shirt à la gloire de Vladimir Poutine à la fin d'un match de Ligue Europa contre Fenerbahçe en février 2016 : « Le Terek est prêt à acheter le joueur... Dmitri est un vrai patriote russe, comme le prouve son attitude envers son président et son pays. Il a fait ce que font les vrais hommes ! »

Les sentiers de la gloire


« Un vrai homme » , comme Kadyrov les aime. Lui qui n'oublie jamais de rappeler qu'il a également de la testostérone à revendre, quitte à faire parfois n'importe quoi... En mars 2013, alors qu'un joueur du Terek est expulsé lors de la 21e journée de Premier League, sa voix résonne dans les haut-parleurs du stade pour clamer : « L’arbitre est corrompu, vous êtes un crétin !   » Un sens de la mise en scène qui renforce son aura locale, alors que le Terek, qui a longtemps fait l’ascenseur avec les divisions inférieures, s'est stabilisé dans l'élite depuis que Kadyrov supervise le club. « Je ne sais pas si on peut aller jusqu'à parler de propagande, mais le succès du Terek est un vrai argument publicitaire pour Kadyrov et le régime de Poutine » , estime Manuel Veth, doctorant spécialiste du football russe. « Le club est un moyen pour promouvoir une certaine idée d'une Tchétchénie pacifiée, normalisée, même si la réalité est différente. » La recette, en tout cas, fonctionne : « Kadyrov est très populaire. Le football est un sport très suivi en Tchétchénie, plus encore que dans les autres régions russes. Et aujourd'hui, le club comme la région - du moins si l'on compare avec l'insécurité qui régnait par le passé - sont relativement stables. » Si bien que cette saison, le Terek a terminé cinquième du championnat, son meilleur classement depuis la création de la Russian Premier League. Et est bien parti pour ne pas s'arrêter en si bon chemin grâce à son puissant bienfaiteur, lui-même au zénith de sa carrière politique. Mi-septembre 2016, Kadyrov a été réélu à la tête de la république tchétchène. Avec 98% de voix en sa faveur. Cette fois-ci, l'élève pouvait s'enorgueillir de dépasser le maître. Même Vladimir Poutine, réélu président de la Fédération de Russie en 2012 n'avait pas connu un tel plébiscite populaire...



Par Adrien Candau Propos de Manuel Veth recueillis par AC
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