« Le PSG est une bonne carte de visite »

Il a commencé à Paris, il a signé son premier contrat pro au bluff aux Pays-Bas, il est passé par une demi-douzaine de pays, il collectionne les clubs en crise sportive et/ou financière, il s'est fait aider par une association d'aide aux footballeurs en galère, il a été recruté sur Youtube, il vient de se faire les croisés. Lui c'est Youssouf Kanté, 25 ans, globetrotteur courage actuellement basé en Slovaquie.

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La Slovaquie, c'est quand même pas mal original...


Oui, d'autant que je suis dans un club, le FK Senica, qui vient d'être créé cette saison. En fait avant il était en 5e division mais un nouveau président est arrivé, a changé le nom du club et a mis de l'argent pour monter une équipe vite fait. C'est comme ça que je suis arrivé là. Avant ça, j'étais aux Etats-Unis, à Minnesota, mais le club a fait faillite, alors il a bien fallu que je me trouve un autre club. Je voulais essayer de revenir en Europe et c'est un ami à moi, un ancien joueur qui travaille maintenant pour un agent en République Tchèque, qui m'a branché sur la Slovaquie. J'ai dit pourquoi pas et j'ai signé, il y a six mois.

La saison se passe bien ?


Euh, ouais, pas la fin de saison en fait, j'ai une rupture des ligaments croisés. Je viens de passer des examens en France et d'avoir les résultats, il va falloir m'opérer.

Dur...


D'autant que c'est la première fois que j'ai une telle blessure. On jouait sur un terrain qui commençait juste à redevenir jouable, sur un mouvement mon pied est resté au sol et le genou à tourné. J'ai entendu « crack » mais je pensais pas que c'était si grave. Je t'avouerais que pour l'instant je réalise pas trop.

T'es encore sous contrat ?


Oui, ça c'est bon, j'avais signé un an et demi, donc il me reste un an. Mais j'espère quand même pouvoir me rétablir vite sinon ça va être compliqué pour moi...

C'est comment, le football en Slovaquie ?


Bon, c'est plutôt pas mal physique. Faut avouer aussi que le niveau n'est pas super élevé, même si c'est de la première division. Mais sinon je me plais bien. Au début c'était quand même bizarre tu vois, parce que il n'y a pas beaucoup de noirs là-bas. Les gens me regardaient un peu bizarrement dans la rue, me lançaient des sourires, tout ça... Mais globalement j'aime bien, je suis dans une petite ville et à force, les gens me connaissent, ils savent que je joue pour le club de la ville et sont généralement gentils avec moi.

Revenons en arrière : formé au PSG ?


Oui, enfin pas le centre de formation, en section amateur, avec l'école en parallèle. Jusqu'au moins de 18 ans. Au moment de passer senior, on m'a fait comprendre que ce serait dur pour moi, même pour la CFA, et qu'il valait mieux que je tente ma chance à l'étranger.

C'est là que tu pars aux Pays-Bas, au ADO Den Haag. Ta seule offre ?


Même pas une offre en fait. A l'époque je venais de rater mon Bac et pendant les vacances, je suis allé voir un ami en Hollande. Là il m'explique qu'il connaît un club qui venait de monter en première division et qui cherchait des joueurs. « Comme t'as été formé au PSG, tu peux tenter le coup » , il me dit. Et je suis parti comme ça, dans les bureaux du club. Je me suis présenté : «  Je suis Français, du PSG, ça vous intéresse ? » . Au début ils ne m'ont pas cru et ont vérifié, puis j'ai fait un essai avec l'équipe réserve et c'est comme ça que j'ai obtenu un contrat. Comme quoi le PSG, c'est une bonne carte de visite.

Après les Pays-Bas, direction la Suisse ?


Oui, mon contrat était terminé, je suis revenu à Paris, Porte de Pantin, m'entraîner avec une association qui est là pour les joueurs sans club ou en galère, avec beaucoup d'étrangers, des Africains surtout (l'association Foot Solidaire, NDR). Pas mal d'agents et de managers – surtout d'Europe de l'Est – viennent voir s'il n'y a pas des bons joueurs et c'est comme ça que j'ai été repéré. En plus j'avais l'avantage d'avoir un passeport français. J'ai fait un essai en Suisse, à Windisch, et je suis resté, même si c'était en division inférieure.

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De Suisse, tu pars en Roumanie...


Oui, j'y suis allé par l'intermédiaire d'un agent que j'ai connu à Paris. Un Roumain qui a de bonnes connexions là-bas. Il m'avait trouvé un club de première division, l'Astra Ploiesti, c'était bien. Mais quand je suis arrivé, il y a eu un problème d'argent et on a été relégué en troisième division. J'ai quand même fait six bons mois et je me suis fait repérer par le Dinamo Bucarest, où j'ai signé ensuite.

Tu y es resté longtemps ?


Un an. J'avais signé pour plus longtemps mais les salaires n'arrivaient pas. C'est le problème avec les clubs des pays de l'est. Comme c'est un gros club, je me voyais disputer les compétitions européennes et c'est les problèmes d'argent qui sont arrivés. J'ai déchanté. J'ai appelé mon agent, il m'a dit que c'était fréquent. Moi ça a duré deux ou trois mois et à la trêve j'ai préféré aller voir ailleurs.

Direction les USA ?


Oui. Là-bas à l'intersaison il y a plein d'essais de joueurs, mais c'est à toi de payer le billet d'avion, l'hôtel, l'inscription à l'essai... J'en ai fait trois ou quatre comme ça avant d'être pris à Seattle.

Sympa, Seattle ?


Au début j'étais blessé, mais après j'ai fait une très bonne saison. Les fans m'aimaient bien, c'est la saison que j'ai préféré, dommage que je n'aie pas pu rester plus longtemps. Je n'avais signé qu'un an, il a fallu repasser des tests, j'étais en concurrence avec des joueurs de la draft et ils ont décidé de ne pas me garder.

Mais tu décides tout de même de rester aux Etats-Unis ?


Oui, deux clubs s'intéressaient à moi : Charleston et Minnesota, où j'ai fini par signer trois ans. Sauf que le club a fait faillite au bout d'un an. Je suis donc reparti en France, avant donc de partir en Slovaquie.

Sacré parcours, tout de même !


C'est sûr. J'aurais préféré faire carrière en Europe centrale, pas être aussi globetrotteur. J'ai joué dans des pays, je savais même pas qu'ils avaient un championnat pro. Des fois, quand t'es désespéré, tu cherches un club à tout prix et t'as tendance à sauter sur la moindre opportunité... Il y a peut-être une part de malchance et une part de destin. Peut-être qu'il faut que je passe par là avant d'arriver dans de grands championnats européens. Je suis pas triste, tu sais. Je connais beaucoup, beaucoup de joueurs sans club, en galère, qui rêveraient même d'aller jouer en Europe de l'Est. Moi tant que je suis dans un club pro où je peux me montrer, ça va.

En parlant de te montrer, j'ai vu ta compilation sur Youtube. Elle t'a servi ?


Oui justement, le club où je suis en Slovaquie, c'est comme ça qu'ils m'ont repéré. L'agent a envoyé la vidéo au président et à l'entraîneur, après ça ils voulaient me faire signer sans même faire d'essai. J'ai juste fait un entraînement et ça a suffi ensuite pour les convaincre.






Propos recueillis par Régis Delanoë

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