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Le poteau cassé de Mönchengladbach

Il y a quarante-cinq ans, le match entre Mönchengladbach et Brême en Bundesliga ne parvenait pas à son terme. À la 88e minute, l'arbitre de la rencontre fait rentrer tout le monde aux vestiaires, la faute à un poteau en bois pas assez résistant. C'est l'histoire d'un temps où un poteau pas assez solide aurait pu faire basculer le championnat.

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En allemand, on ne touche pas du bois, on le frappe. Dans les deux cas, ce signe de superstition doit écarter le malin, le malheur. Pourtant, le 3 avril 1971, quand l'attaquant de Mönchengladbach Herbert Laumen touche et frappe le bois, ce n'est pas la chance qui l'accable. Il n'est pas loin de précipiter le malheur sur lui et son équipe. En voulant reprendre un coup franc de Günter Netzer, le joueur de Gladbach se retrouve soudain coincé dans les filets. Dans son élan, Laumen n'a pas réussi à s'arrêter suffisamment tôt. Son poids pèse dans les filets. Le poteau gauche craque. Le piège se referme parfaitement bien sur lui. Plutôt que de toucher du bois, Laumen vient de se prendre les pieds dans le tapis. Tel est pris qui croyait (sur)prendre.

Comme un poisson


Herbert Laumen est un des buteurs les plus prolifiques de l'histoire de Mönchengladbach. Il est le deuxième plus grand réalisateur du club derrière Jupp Heynckes. Pourtant, peu importe ses 97 buts ou son triplé en neuf minutes après le coup d'envoi – un exploit qui a lieu bien avant l'entrée fracassante de Robert Lewandowski –, une seule action associée à son nom est restée véritablement dans les mémoires. Elle a lieu à domicile, au mythique Bökelberg, le stade des Gladbacher. Sur cette action, Laumen termine au fond des filets à la place du ballon. Le stade éclate de rire. « Les spectateurs n'en finissaient plus de rire. C'était un grand spectacle dans le stade » , témoigne des années plus tard Laumen dans le hors-série de Kicker des cinquante ans de la Bundesliga. Lui, sur le coup, rit moyennement, car il échappe de peu à la barre transversale. Mais Laumen n'a rien, il est seulement pris au piège des filets « comme un poisson » . Alors, une fois le buteur de Gladbach dégagé du but, les joueurs et les officiels constatent les dégâts. Pendant douze longues minutes, l'arbitre attend. Pour son quatrième match au plus haut niveau, la situation n'est pas évidente.

Le match est donc interrompu, mais il n'est pas fini. Il reste deux minutes à jouer minimum. Deux petites minutes qui auraient eu bien du mal à changer le scénario du match. Le 1-1 convient alors au Werder, mais serait une mauvaise opération pour les Fohlen. Les joueurs du Werder sont satisfaits du match nul et font tout leur possible pour inciter à reprendre le match, et les Poulains autour du terrain s'affairent pour réparer le but. Volker Klüttermann, en charge de la sécurité au Bökelberg, a raconté à Kicker les différentes solutions envisagées. « Il y a eu des propositions des plus aventureuses : […] devons-nous l'entourer d'une sorte de gaffer ? Le remettre en place avec des clous ? À chaque frappe sur le poteau, le but se serait de nouveau effondré. La meilleure idée était alors de faire simplement tenir le poteau et le reste du but par la force des bras. » La solution ne tient malheureusement pas debout, car le bois du poteau a explosé. De toute manière, les supporters de Gladbach ne sont pas très favorables à faire tenir le poteau. Ils espèrent bien que la reprise du match soit impossible, afin d'obtenir un match à rejouer plus tard qu'ils gagneront à coup sûr. Ils sont exaucés au bout de douze minutes. Gert Meuser renvoie tous les acteurs au vestiaire. Le but reste en jachère.

Cochon et points perdus


« Un club de Bundesliga n'est pas une équipe de village. » Dans l'officialisation de sa sentence, la DFB n'est pas clémente avec le Borussia Mönchengladbach. Tant pis pour les gars de Hennes Weisweiler, en tête du championnat. Le Meisterschale est de nouveau dans le viseur du Bayern Munich, car le match est déclaré perdu 2-0 par les Fohlen, avec une amende de 1500 Deutsche Marks en bonus. Les supporters du Borussia sont furax. « La DFB nous a volés, mais nous allons tout de même obtenir le titre. » Sur les pancartes des Poulains, la déception est grande et l'ennemi tout trouvé. le Fédé allemande est représentée comme un cochon avec un couteau dans le dos. Ambiance... Pour autant, l'histoire se termine assez bien pour tout le monde. À Gladbach, le retard pris sur le Bayern est rattrapé. À la dernière journée, le titre est officiellement conquis. L'anecdote offre à Herbert Laumen une place de choix dans l'histoire du club et un statut de « membre d'honneur » , malgré son départ dès la fin de la saison pour... le Werder Brême. Enfin, pour l'entreprise Schäper, la fragilité des poteaux en bois est une aubaine. Dès la saison suivante, elle devient un pilier dans la vente de poteaux en aluminium. Tous les clubs de Bundesliga y passent, par peur des points perdus pour un problème technique. Encore aujourd'hui, Schäper fournit 80 % des clubs de l'élite allemande. En revanche, si la Bundesliga signe la fin des poteaux en bois au début des années 70, elle tient encore à ses poteaux carrés pour quelques années.

Par Côme Tessier
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