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Le Portugal doit nettoyer et reconstruire

Après un Mondial foiré chez son petit - devenu grand - frère, le Portugal s'est raté devant l'Albanie, encore plus ridicule qu'en juin dernier. Paulo Bento, seul homme plus détesté que François Hollande en France, est tenu pour grand responsable.

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Avant de perdre lamentablement contre l'Albanie, Paulo Bento avait dit de bien belles choses. Il avait promis du changement et s'était même mis la pression en déclarant que le Portugal avait « l'obligation de montrer sa supériorité » contre une équipe censée lui être inférieure. Évidemment, Paulo s'est encore planté. Et c'est un peu de sa faute. Car en réalité, le changement, personne ne l'a vu à Aveiro. Dans le onze de départ, seul André Gomes ne faisait pas partie du groupe qui s'est fait balader par l'Allemagne, malmené par les États-Unis et qui a gagné poussivement contre le Ghana. Vraiment, rien n'a changé. Oui, il y avait des blessés. Oui, Cristiano Ronaldo était en train de regarder le match à la télé en se faisant tripoter par ses nouveaux appareils hi-tech afin de récupérer de son interminable blessure. Oui, Bruno Alves était lui aussi absent, mais Paulo Bento possédait des ressources, des « plans B » , lui qui aime tant cette expression. Au lieu de cela, il a préféré aligner un type qui évolue actuellement au Qatar - Ricardo Costa - alors qu'il n'avait a priori aucune raison de le faire. Luis Neto, destiné à être l'un des patrons de la charnière centrale portugaise dans les années à venir, est resté sur le banc pour des raisons mystérieuses. Ruben Vezo, protégé de Nuno Espirito Santo à Valence, a lui aussi chauffé le banc au profit d'un trentenaire pas loin d'être dépassé. À droite de la défense, le constat est le même. João Pereira semble être un meuble aux yeux du sélectionneur portugais. Jugé indésirable à Valence, il n'avait même pas de doublure valable dans la liste des 23 convoqués pour la déroute albanaise. André Almeida a beau évoluer de temps en temps à ce poste, ce n'est pas un arrière-droit de métier. C'est dire à quel point Paulo Bento est perché. Le pire, c'est qu'il n'a pas peur d'utiliser des jeunes, voire carrément des puceaux. Les entrées en cours de match de Ricardo Horta (Málaga) et Ivan Cavaleiro en sont la preuve. Non, le problème, c'est que l'homme le plus détesté du Portugal - encore un gars à 13% de popularité - choisit les mauvais jeunes. Les mauvais tout court. De tous les ailiers dont disposait, c'est le talentueux Bruma qu'il a choisi de laisser de côté pour réduire sa liste à 23 joueurs. Incompréhensible. Affolant, même. Presque autant que le discours du mister, qui ne trouve « pas bon de tirer des conclusions hâtives » suite à ce fiasco albanais. L'argument aurait été valable si l'ancien du Sporting n'était pas sur le banc de la Seleção depuis près de quatre ans. Du haut de son perchoir, la FPF, grande responsable de l'inertie du football portugais, ne dit pas un mot tandis que les supporters de l'équipe nationale agitent une fois de plus les mouchoirs blancs. Ô rage, o désespoir...

De la dépendance des individualités


S'il y a bien une équipe qui dépend trop de ses talents individuels, c'est le Portugal. Le match contre l'Albanie ne déroge pas à la règle. Ronaldo absent, c'est Nani qui a tenté d'endosser le costume de sauveur, bien épaulé par un João Moutinho qui en a pris plein les tibias pendant 90 minutes. Deux des rares satisfactions lusitaniennes, dimanche soir. À gauche, Coentrão prenait le jeu à son compte pour tenter de débloquer le compteur. Mais avant que Bento ne densifie son secteur offensif suite à l'ouverture du score, il n'y avait quasiment pas de collectif. Et pour cause, l'espace entre les lignes et en leur sein même était beaucoup trop important pour que Moutinho, Gomes et William Carvalho puissent échanger plus de trois passes avant d'être obligés de balancer des transversales foireuses sur les ailes ou carrément de perdre le ballon dans le rond central. C'était déjà le cas en 2010, 2011, 2012 et 2013... Sauf qu'avant le Mondial brésilien, le talent individuel et la combativité des soldats du commandant Bento masquaient ses lacunes tactiques (on parle d'un gars qui ne connaît que le 4-3-3). Car si Mourinho, AVB et Jardim sont des professionnels du tableau noir, l'ancien du Sporting, lui, n'a pas hérité du même don. Prenons l'exemple de l'attaque. Voilà plusieurs années que la Seleção ne dispose pas de numéro 9 et doit donc trouver une alternative. Au lieu de se pencher sur ce cas épineux, au lieu de multiplier les expériences (la seule qu'il ait entreprise fut de positionner Ronaldo en pointe, quelle créativité !), Bento a préféré miser sur un Postiga en fin de route et la chèvre Éder, inefficaces dans le jeu et face aux buts, surtout pour le dernier nommé (Postiga a tout de même un CV honorable en équipe nationale). Même les plus grands faits d'armes de Paulo Bento, sous couvert de la FPF, ne sont pas l'œuvre de son génie. En 2012, si le Portugal tient tête à l'Allemagne et n'est pas loin de sortir l'Espagne, c'est avant tout parce que Ronaldo se réveille à temps et que Meireles, Moutinho, Nani & co pétaient la forme et avaient les crocs. Idem pour les barrages contre la Suède l'année dernière, lors duquel Ronaldo sort le match de sa vie.

Le Domenech portugais


Aujourd'hui, plus grand monde ne semble vouloir se battre pour son sélectionneur. Et c'est logique. Voilà quatre ans que le mandat de Bento a commencé. Quatre ans de langue de bois, de mauvais choix, d'indécisions et surtout d'inertie. Tout le monde - sauf la Fédération - semble se lasser de l'inertie tactique d'un homme incapable de se remettre en cause car trop sûr de ses méthodes. Après la Coupe du monde foirée, le sélectionneur portugais avait promis un grand coup de balai pour préparer le futur. Il avait de quoi le faire. Il avait Bruma, il avait Raphaël Guerreiro, Gonçalo Paciência, Carlos Mané, Nélson Oliveira - qui n'a jamais eu sa chance nulle part - et surtout Rony Lopes, que le Brésil est prêt à piquer au Portugal si la Seleção das Quinas ne se bouge pas... À la place, il continue de puiser chez les clients de son agent, dont il faudra aussi déterminer le vrai pouvoir d'influence sur l'équipe nationale portugaise. En somme, Paulo Bento avait le choix entre passer le balai, et être viré à coups de balai. Pour le moment, il tient bon car il en va de la crédibilité des hommes ayant renouvelé son contrat jusqu'à 2016 après la qualif' pour la Coupe du monde. Reste à savoir si ces mêmes gens auront le courage d'assumer leur erreur ou si le Portugal va devoir supporter son Domenech encore longtemps...

Par William Pereira
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