Le phénomène Belgrano

Un entraîneur en place depuis quatre ans, un projet de jeu prometteur et une direction stable, tels sont les ingrédients qui permettent à Belgrano de survivre dans la jungle du championnat argentin à trente équipes. Une recette rare au pays de l'instabilité chronique.

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Manuel Belgrano est un homme presque vénéré en Argentine. Militaire et homme politique (mort en 1820), il est l'un des principaux artisans de l'indépendance argentine. La création du drapeau céleste et blanc de la patrie des numéros dix est à mettre à son actif. Le général a également donné son nom à une institution vieille de 110 ans : le Club Atlético Belgrano. Équipe de la ville de Córdoba (Centre-Nord du pays), Belgrano a longtemps été catalogué comme le responsable de la descente aux enfers (comprendre en seconde division) de River Plate, en 2011. À cette époque-là, Ricardo Zielinski est déjà sur le banc d' « El Pirata » . L'Argentin, alors réputé comme un coach de petits clubs, entame son entreprise de reconstruction d'une équipe qui a vu passer dernièrement une douzaine d'entraîneurs. Depuis, Belgrano s'est installé comme l'une des seules équipes stables du championnat argentin. Après d'excellentes campagnes en 2011 et 2012, le club rival de Talleres de Córdoba (aujourd'hui en deuxième division) est le seul petit club qui parvient à s'immiscer dans les hauteurs du classement du championnat à trente équipes, instauré pour que les « grandes » (River, Racing, Boca Juniors, Independiente et San Lorenzo) renouent avec leur domination d'antan. Mais comment font-ils ?

Zielinski, l'homme providentiel


D'abord, le président Armando Pérez a confié toute la gestion sportive à son entraîneur. Un fait rare en Argentine, où les directeurs sportifs sont légion. Ricardo Zielinski dit « El Ruso » raconte son arrivée à Córdoba, dans une interview pour So Foot : « Moi, je suis arrivé fin 2010, et institutionnellement, le club était déjà remis sur le droit chemin. Je suis arrivé dans une structure très fonctionnelle, et c'est ce qui m'a séduit. Mais sportivement, ça n'allait pas (trois saisons et demie d'affilée en seconde division, ndlr). Avec mon staff, on a eu de la chance, parce qu'on a immédiatement mis le sportif au niveau de l'institutionnel. On est remontés en première division dès la première saison, et avec la vente de Franco Vázquez à Palerme et d'un autre garçon, on a pu acheter un terrain pour construire ce centre d'entraînement. » Et de souligner les mérites de son président : « Avec l'argent encaissé par les ventes, n'importe quel autre président aurait racheté de nouveaux joueurs, pris des risques, cédé à la pression populaire pour ramener des "renforts". Mais pas lui. Il s'est dit qu'un centre de formation de qualité nous rapporterait de futures belles ventes. Et aujourd'hui, pour le sérieux de ses dirigeants, sa structure et son centre d'entraînement, je n'ai pas peur de dire que Belgrano fait partie des cinq meilleurs clubs d'Argentine. » La recette de la stabilité paraît simple, dans un pays où, à mi-saison, douze entraîneurs ont déjà été démis de leurs fonctions. Si la révolution trouve son origine dans les bureaux du club, c'est aussi sur le terrain que Belgrano se distingue du reste du football argentin. À l'heure où le retour de Carlos Tévez et les excellentes performances de River Plate en Copa Libertadors (qualifié pour la finale face aux Tigres de Gignac, ndlr) servent de cache-misère pour un football en perpétuelle crise, Belgrano propose un projet de jeu attrayant. Et réveille l'ambition de ses supporters, comme le montre cette vidéo de motivation envoyée aux joueurs avant le choc face à Boca Juniors (à 1h30 du matin heure française, dans la nuit de dimanche à lundi).

Youtube

Zelarayán, de « Celeste » à « Albiceleste » ?


Face au leader de la Primera, le stade Mario Kempes de Córdoba sera comble. Dans les tribunes, Carlos Zelarayán suivra les exploits de son frère, et déploiera la banderole qu'il a préparé et fièrement affiché sur son compte Twitter.


Surnommé « le Chinois » , Lucas Zelarayán, meneur de jeu de Belgrano impressionne l'Argentine. Issu du centre de formation du club, le joueur de 23 ans croule déjà sous les offres européennes et ne devrait pas rester trop longtemps à Córdoba. Ricardo Zielinski s'appuie surtout sur un mélange de jeunesse et d'expérience : dans les buts, Juan Carlos Olave et ses 39 années tiennent la baraque. L'ennemi numéro 1 de River Plate mène une défense qui a encaissé treize buts en dix-sept journées de championnat. Le pilier de l'équipe se nomme Claudio Pérez. Le puissant défenseur central, ancien joueur de Boca, a dévoilé le traitement qu'il réservera à Carlos Tévez, sur la chaîne TYC Sports : « Un petit coup ne fait rien à un joueur de cette classe. On va devoir lui en mettre plusieurs. » Emiliano Rigoni, ailier de 22 ans (quatre buts en championnat) s'impose également comme l'un des éléments majeurs de l'attaque de Belgrano. Le centre de formation de Belgrano est aujourd'hui l'un des meilleurs du pays : « Rosario et Córdoba sont des viviers exceptionnels, mais avant, ils allaient tous à Buenos Aires. Dans le futur, les fruits seront récoltés. Aujourd'hui, si un Javier Pastore ou un Pablo Aimar traîne quelque part dans les rues de Córdoba, on peut espérer qu'il viendra toquer à la porte de Belgrano pour se former, au lieu de rejoindre la capitale » , déclarait « El Ruso » Zielinski, dans l'interview pour So Foot. Cinquième du championnat derrière les gros (Boca, San Lorenzo, River et Racing squattent les quatre premières places), Belgrano tentera de confirmer sa bonne série face à Boca Juniors. Et ainsi continuer de semer le trouble dans la domination de la capitale sur le football argentin.

Par Ruben Curiel, à Buenos Aires
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J'enAiUneDe12cm Niveau : District
Comme quoi, quand l'être humain prend son temps, utilise son cerveau et fait les choses bien !!!
Exemple à suivre.
Riquelme Juan Roman Niveau : District
Merci pour cet article
Riquelme Juan Roman Niveau : District
Message posté par J'enAiUneDe12cm
Comme quoi, quand l'être humain prend son temps, utilise son cerveau et fait les choses bien !!!
Exemple à suivre.


Le problème est que beaucoup de clubs sont géré par des incompétents.
Et certains ne résistent pas à la pression du résultat immédiat...
Barceloneman Niveau : District
Pour jouer dans la même équipe amateur que le frère d'El Chino', des gens très simples et modestes, ce petit va aller très loin :-)
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