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Le Parc, c’était vraiment mieux avant ?

Deuxième volet de notre analyse des incidents de PSG-Zagreb le 6 novembre dernier avant un match de Ligue des champions : que révèlent-ils du fameux « plan Leproux » et de l’état du Parc des Princes actuellement ?

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Les violences survenues près de la place de la Bastille la veille de PSG-Zagreb soulevaient des questions sur l’identité des protagonistes, que So Foot a traitées la semaine dernière. Elles interrogent également sur la gestion par le club parisien et les autorités sportives et publiques des comportements des supporters. Après les incidents, deux principaux types d’arguments ont été développés. Pour les uns, ces violences révèlent que le hooliganisme parisien n’est pas encore complètement éradiqué et qu’il est donc nécessaire de poursuivre l’action ferme menée depuis plus de deux ans, avec l’instauration du plan Leproux et le renforcement significatif de la répression menée par les pouvoirs publics. Pour les autres, ces incidents montrent que le plan Leproux manque sa cible : il n’empêche pas les hooligans d’en découdre, mais il casse l’ambiance du Parc et s’accompagne de mesures liberticides. Ce deuxième volet de notre enquête aborde les questions portant plus spécifiquement sur le Parc des Princes et la politique du PSG. Un troisième volet sera prochainement consacré à la stratégie de la police et des pouvoirs publics.

Le plan Leproux, salvateur ou destructeur ?

Adopté suite à la mort de Yann Lorence et à plusieurs mois de violences entre factions rivales du kop de Boulogne et du virage Auteuil, le plan Leproux impose notamment le placement aléatoire en virage ainsi qu’en quart-de-virage et pose des conditions extrêmement restrictives à la constitution d’associations de supporters du PSG. Ce plan a été conçu en partenariat avec les pouvoirs publics, lesquels ont, de leur côté, renforcé la législation contre les débordements des supporters et intensifié l’action répressive, notamment en multipliant les interdictions de stade administratives (c’est-à-dire décidées par le préfet sans intervention de la justice – des sanctions bien différentes des interdictions de stade judiciaires prononcées après une condamnation).

Si ses présumés effets de pacification du Parc sont largement salués par les mondes sportif et politique, le bilan du plan Leproux nous semble devoir être nuancé. Ce plan a un mérite incontestable : celui de prendre acte de la gravité de la situation autour du Parc et de proposer une action concertée et cohérente des acteurs sportifs et publics pour lutter contre les violences et pour casser l’antagonisme entre Boulogne et Auteuil. Car, contrairement à ce que certains prétendent a posteriori, le problème ne se limitait alors pas à 100 ou 200 hooligans complètement isolés du reste du public. Il existait certes un noyau dur de supporters violents et/ou ouvertement racistes, mais l’opposition entre les deux tribunes avait fini par gangrener le Parc où la tension était devenue extrême. Par conséquent, le principal « reproche » qui peut être fait à cette action volontaire est de ne pas être intervenue plus tôt. On ne peut s’empêcher de penser que si le PSG et, surtout, les pouvoirs publics avaient engagé bien avant une politique durable et ferme à l’encontre de la violence et du racisme d’une partie du public du Parc, les morts de Julien Quemener et de Yann Lorence auraient pu être évitées.

Mais si l’esprit du plan Leproux était sans doute adapté à la situation, son application et certaines de ses modalités ont eu des effets pervers. Alors qu’il était censé cibler les individus violents, il a donné l’impression de s’en prendre à l’ensemble des supporters des deux virages. De nombreux fans parisiens étaient auparavant les victimes collatérales de l’atmosphère violente régnant au Parc et de la domination physique exercée par certains groupes. Ils faisaient profil bas par attachement à leur club. La dissolution des associations d’ultras, la suspension abrupte des abonnements et l’imposition du placement aléatoire sans efforts réels d’explication auprès des supporters ont eu des effets dévastateurs. Tous ces fans qui souffraient de l’atmosphère délétère du Parc sont restés des victimes collatérales, mais du plan Leproux cette fois-ci, puisqu’ils ont été mis dans le même panier que ceux qui causaient les violences et ont eu le sentiment d’être écartés par leur club de cœur. En ratissant très large, le plan Leproux a grandement dépassé sa cible annoncée et a touché de plein fouet de nombreux supporters du PSG qui n’avaient rien à se reprocher.

Lutter contre la violence ou changer de public ?

Le plan Leproux a donc dépassé sa cible affichée. Plus encore, son application interroge sur sa cible réelle. En luttant contre les supporters s’opposant aux effets pervers du plan Leproux, en empêchant l’expression de toute voix contestataire, en traquant les allumeurs de fumigènes et de joints, en augmentant significativement le prix des billets et en entravant la constitution de groupes de supporters, le PSG donne l’impression de vouloir avant tout contrôler son public, bien au-delà des débordements violents. La stratégie adoptée est clairement inspirée de celle menée par les Anglais pour lutter contre le hooliganisme (dont nous verrons, dans le prochain volet de notre enquête, qu’elle n’a pas résolu tous les problèmes, mais les a en partie déplacés) : hausse des prix pour sélectionner le public, individualisation des supporters pour qu’ils ne puissent plus se regrouper, interdiction de la plupart des matériels d’animation des tribunes, présence massive et dissuasive de stadiers, tentative de transformation du supporter en client-consommateur, etc.

Comme l’a répété plusieurs fois Jean-Claude Blanc, le directeur général du PSG : « On a le droit d’accueillir le public qu’on souhaite.  » Certes, mais cette politique pose plusieurs problèmes. D’abord, elle mobilise largement les pouvoirs publics. Que ceux-ci luttent contre la violence et les discriminations causées par les supporters parisiens est on ne peut plus normal. Qu’ils donnent l’impression de concentrer une partie de leur action sur des supporters du PSG qui ont comme principal tort de s’opposer à la politique de leur club par des actions non-violentes l’est beaucoup moins. De nombreuses interdictions administratives de stade prononcées depuis l’été 2010 ont frappé des supporters qui n’avaient pas commis de violences – elles ont d’ailleurs été pour la plupart cassées, bien longtemps après, par les tribunaux administratifs. L’argent public n’a pas à être utilisé pour aider le PSG à choisir ses supporters. Ensuite, le plan Leproux dérange au final beaucoup plus les supporters qui voudraient animer le stade que les hooligans purs et durs qui s’expriment de toute façon hors des stades et peuvent parfois s’adapter aux dispositifs policiers pour se battre loin des matchs, tant dans l’espace que dans le temps, comme les incidents de Bastille l’ont révélé.

Quel respect de la diversité ?

Enfin, cette politique de tri de ses supporters par le PSG entre en contradiction avec l’engagement du club dans des campagnes pour le « respect » . Il est évidemment positif que le PSG s’implique désormais sans la moindre ambiguïté contre le racisme, l’homophobie et les discriminations de toutes sortes, et s’associe à la LICRA, SOS Racisme ou le Paris Foot Gay. La principale réussite du plan Leproux est d’ailleurs d’avoir fait disparaître Boulogne en tant que tribune réservée aux blancs et de permettre aux supporters, quelle que soit leur couleur de peau, de se mélanger dans les gradins. Pourtant, en triant son public, le PSG discrimine de fait certains supporters. La liste noire de supporters indésirables au Parc établie cet été par la préfecture de police et le PSG ne pose aucun problème si elle recense les supporters actuellement interdits de stade, comme Jean-Louis Fiamenghi, le directeur de cabinet de la préfecture de police de Paris, l’a annoncé en septembre dans M, le magazine du Monde. Elle devient plus problématique si elle comprend aussi des supporters qui ont été interdits de stade, mais ne le sont plus, comme le même Fiamenghi l’a laissé entendre en août, ce qui allongerait de fait la durée de ces interdictions, dont nous avons souligné que de nombreuses ont été prononcées ces derniers mois pour des motifs véniels et/ou ont été ensuite cassées. Elle est très problématique si elle inclut également des supporters qui n’ont jamais été sanctionnés d’une manière ou d’une autre, mais dont l’identité a simplement été contrôlée lors d’un match.

Par ailleurs, la Charte 12 du PSG impose aux associations de supporters de soutenir inconditionnellement le club et « de ne pas exprimer d’opinions contraires à celles de ses dirigeants. Elles doivent bannir dans leurs expressions/actions publiques tout message injurieux contre le club (ses joueurs, ses dirigeants, ses actionnaires, ses collaborateurs, ses partenaires,…) et toute action causant un préjudice au club (préjudice financier, d’image, …) » ce qui peut être conçu de manière extrêmement large. Ainsi, l’an dernier, des supporters voulant manifester leur soutien envers Antoine Kombouaré, dont le poste d’entraîneur était alors menacé, n’y ont pas été autorisés par le club. En somme, le PSG qui dit attacher une grande valeur à la « tolérance » ne tolère pas que des opinions contraires à celles de ses dirigeants s’expriment au Parc des Princes. C’est compréhensible si ces opinions se manifestent de manière violente ou agressive. C’est moins compréhensible sinon…


Quelle ambiance au Parc ?

L’ambiance du Parc est devenue l’argument majeur pour vanter ou dénigrer le plan Leproux. Diffusé cet été, le documentaire Parc dénonce le déclin de l’ambiance et permet à plusieurs supporters autoproclamés « historiques » de critiquer une atmosphère sinistre, des chants moins puissants et un public n’encourageant plus l’équipe dans la difficulté. Ce constat est partiellement juste. En effet, l’ambiance a nettement changé. Elle est devenue beaucoup plus spontanée, même si certains supporters s’efforcent de coordonner les encouragements, et directement liée aux événements du match. Les chants sont plus courts, les slogans martelés l’emportent sur les chansons et le club encadre très fortement l’animation. Cependant, l’architecture du Parc, elle, n’a pas changé. Le stade résonne toujours autant. Il suffit de quelques poussées du public pour enflammer l’enceinte qui peut encore s’avérer bouillante en quelques occasions, comme lors du match contre Kiev.

D’autres insistent sur le fait que l’ambiance est désormais apaisée et saine, qu’il y a moins de violence et d’agressivité. Ce constat est lui aussi partiellement juste. Il n’y a plus de climat de violence autour du Parc et les incidents y sont désormais minimes. En revanche, l’ambiance s’avère malsaine d’une autre manière. Des tensions se font jour entre les supporters hostiles au plan Leproux, qui ne manquent pas une occasion de scander « Et il est mort le Parc des Princes » ou de clamer que «  le Parc c’était mieux avant » , et les fans qui trouvent ces affirmations déplacées. Lors du dernier match de championnat contre Saint-Étienne, plusieurs altercations, pour l’essentiel verbales, mais parfois aussi physiques (au point de nécessiter l’intervention des stadiers) ont opposé quelques fans du PSG. Des spectateurs quittant le Parc avant la fin du match alors que le PSG était mené 2-0 se sont fait copieusement insulter par d’autres. Des supporters se sont vertement engueulés à propos de l’attitude à adopter envers Bodmer coupable d’une passe mal assurée sur le deuxième but stéphanois. Dans le métro, après le match, un petit groupe de supporters s’en est longuement pris aux « footix » et autres « nouveaux spectateurs » du Parc, tandis que ceux-ci baissaient la tête ou faisaient mine d’ignorer ces provocations. Trois jours plus tôt en Coupe de la Ligue, tout ce petit monde parvenait à communier, en s’alliant contre l’ennemi marseillais, au point que près de la moitié des chants consistaient en des insultes envers l’OM.

Le Parc, c’était mieux avant ?

Alors, faut-il croire ceux qui affirment que le Parc, c’était mieux avant ? Une fois encore, ce constat n’est que partiellement juste. Sous certains aspects, le Parc, c’était effectivement mieux avant, l’ambiance était notamment plus puissante et les supporters plus libres. Sous d’autres aspects, le Parc est cependant beaucoup mieux aujourd’hui. Comme le disait un supporter noir du PSG, « c’est sûr qu’il y a moins d’ambiance qu’avant, mais maintenant, je n’ai plus besoin de courir jusqu’à ma voiture à la fin du match pour éviter de faire une mauvaise rencontre » . Car les nostalgiques tendent à oublier ou à occulter certains travers du Parc d’antan. Les fans n’étaient pas toujours derrière leur club dans les moments difficiles – même s’il est douloureux pour ceux qui ont soutenu le PSG pour l’empêcher de descendre en L2 de se voir remplacés dans les travées par des fans attirés par le prestige des recrues du PSG version Qatar. Surtout, le Parc avant, c’était aussi un climat de violence et de racisme, ainsi que des individus ou des groupes qui faisaient régner leur loi par la force et la menace.

Le débat autour du plan Leproux est donc aujourd’hui largement piégé, deux postures antagonistes tendant à s’opposer de manière manichéenne. Comme si le Parc ne pouvait être que bouillant mais violent ou relativement apaisé mais peu chaleureux. Si les théoriciens qui dénoncent le football comme opium du peuple s’intéressaient de plus près à la réalité des tribunes, ils auraient beaucoup de grain à moudre pour entretenir leurs thèses. En effet, l’évolution du Parc laisse penser que ce stade ne peut connaître que deux états : soit une violence débridée et une expression sauvage d’affects discriminatoires ; soit un espace concentrationnaire sévèrement contrôlé par le club et les pouvoirs publics. Le stade de football ne peut-il pas être autre chose, dans notre société, qu’un défouloir ou un lieu de contrôle ? Une meilleure conciliation entre les impératifs de sécurité, l’ambiance et les libertés publiques est-elle utopique ? Est-il impossible de construire un autre Parc où les supporters auraient une certaine liberté pour animer les gradins, mais où des limites strictes seraient fixées afin de ne pas sombrer de nouveau dans la violence et le racisme ?

Le dialogue est-il encore possible ?

Sauf que pour construire un tel nouveau Parc, il faudrait que les supporters qui veulent l’animer activement et le club puissent dialoguer. Or, pour l’instant, ça paraît peu probable. Les supporters qui contestent le plan Leproux sont clivés entre plusieurs groupes, s’opposent frontalement aux spectateurs actuels, tendent à minimiser les travers du Parc d’avant et ont du mal à prendre leurs distances avec les franges les plus radicales. Quant à « Liberté pour les abonnés » (LPA), la seule association qui tentait de rassembler les différentes sensibilités, elle a jeté l’éponge, lassée de ne pas être entendue par le club et de ne pas être considérée par certaines factions de l’ancien Parc. Dès lors, il n’y a, du côté des supporters contestataires, ni cohérence d’action, ni plateforme claire de revendications, ni acceptation de faire certaines concessions, ce qui est un préalable indispensable à l’ouverture d’un dialogue.

Mais le club est largement responsable de cette situation, puisque, depuis le printemps 2010, il n’a jamais créé les conditions d’un réel dialogue avec ses supporters. Il n’a pas su ou pas voulu faire la différence entre ceux qui tenaient avant tout à animer le stade, tout en ayant une liberté de penser, et ceux essentiellement préoccupés par la violence. Il n’a pas non plus su ou voulu comprendre les initiatives de LPA. Pourtant, la posture de cette association était novatrice, au point d’envisager, à ses débuts, des positions qui n’étaient pas forcément celles des anciens tauliers du Parc. Au lieu de comprendre que cette association représentait un point de vue différent et qu’il fallait, d’une certaine manière, la protéger des franges les plus radicales, le club est resté sourd à ses revendications. Ne trouvant aucun relais au sein du club et subissant même de fortes pressions du PSG et des autorités, LPA s’est peu à peu transformé en un groupe ultra comme les autres au point de participer à la manifestation nationale des ultras organisée il y a un mois à Montpellier. De même, quand des supporters présents dans le stade se sont exposés pour tenter de reprendre des micros en virage et relancer l’ambiance dans le cadre du plan Leproux, ils n’ont guère été soutenus par le PSG.

Ouvrir le débat sur l’avenir des stades

Aujourd’hui, la volonté du club semble claire : tourner la page de ces ultras, certes chauds mais trop souvent contestataires à son goût, et favoriser un nouveau public plus consommateur et docile, d’autant que l’effectif resplendissant du PSG assure le remplissage du Parc. Cette optique peut se défendre, mais telle qu’elle est appliquée, elle entretient un climat malsain entre fans parisiens. Il paraît donc opportun de l’amender et d’engager ouvertement le débat sur le devenir des stades et des supporters français comme nous l’appelons vainement de nos vœux depuis de longs mois et comme le propose depuis quelques jours le site Newsring.

Par Nicolas Hourcade

Nicolas Hourcade est sociologue et co-auteur du Livre vert du supportérisme.

À suivre sur sofoot.com, le troisième volet de notre analyse des incidents de PSG-Zagreb, centré sur la politique de lutte contre le hooliganisme en France et sur la coopération à l’échelle européenne.

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