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Le Paraguay en crise de croissance

A vouloir grandir trop vite, le Paraguay s'est égaré. Son premier tour a confirmé son émergent pouvoir offensif, mais révélé une nouveau dilettantisme défensif, à corriger au plus vite avant de retrouver le Brésil en quarts.

Roberto Cabañas est inquiet. L'ancien buteur de Brest ne reconnaît plus son Albirroja. « Je loue les efforts de Martino pour enrichir le jeu offensif de la sélection, a-t-il déclaré au micro de Fox Sports, mais en tant que Paraguayen on est toujours inquiet quand on voit les joueurs tentés de progresser sur le terrain en passes courtes, on veut que le milieu joue direct, balance dans la surface. » Comme tous ses compatriotes, Cabañas se trouve en état de choc. Il vient de vivre un cauchemar en voyant ses Guaranis se faire remonter deux buts par le Vénézuela en cinq petites minutes (3-3). Pour le traditionnel bastion sud-américain de l'hermétisme, un tel retournement de situation ressemblerait presque à un scénario de science-fiction. Un phénomène éloigné de sa réalité.

D'un pur point de vue arithmétique, le Paraguay peut être désigné comme le plus médiocre des qualifiés pour les quarts, avec trois petits points grattés pour autant de matches nuls. Pourtant, selon Gerardo Martino, à l'exception de l'accident vénézuélien, l'Albirroja « joue mieux que lors de la Coupe du Monde. » Tel est le paradoxe guarani. Passé à deux doigts de défaire le Brésil, le Paraguay a démontré par moments qu'il pouvait bien être considéré comme un candidat à la victoire finale, mais l'inhabituelle dilettantisme de sa défense le relègue aujourd'hui au rang de vague outsider.

Il y a un an, le Paraguay affichait pourtant des statistiques d'un hermétisme absolu, avec deux petits buts encaissés en cinq matches lors de son Mondial historique. De quoi perturber Roberto Cabañas : « Franchement, nous voir prendre un but sur corner face au Vénézuela ça m'a scié, normalement c'est notre gros point fort. » Alors qu'arrive t-il au Paraguay ? Le phénomène semble aisément identifiable : à ambitionner de produire du jeu, les Guaranis ont baissé la garde, pour faire vaciller leurs fondations. Un problème d'implication et d'application, car Martino n'a pas modifié l'architecture de sa sélection.

Face au Vénézuela, l'Albirroja ne s'est pas seulement égarée lors de cinq dernières minutes cauchemardesques, elle a offert des boulevards sans précédents aux attaquants de la Vinotinto d'un bout à l'autre de la rencontre. « Nous avons mal joué, s'est agacé Gerardo Martino, nous aurions même dû perdre. » « Après nos deux bons premiers matches, nous avons reculé d'un pas ce soir » a ajouté le sélectionneur. L'expression veut que l'on puisse reculer pour mieux sauter. Le Brésil, à en croire les paroles de Mano Menezes, s'attend d'ailleurs à souffrir à nouveau face aux Guaranis. Pour ces derniers, il s'agira de (re)trouver l'équilibre, entre ces nouvelles ambitions offensives permises par le talent de Barrios, Valdez, ou Santa Cruz (pressenti forfait), et la consistance de sa digue protectrice.


Par Thomas Goubin

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