Le paradoxe AS Roma

Depuis le début de la saison, la Roma déçoit. Le beau jeu annoncé par Zeman n’a pas encore pointé le bout de son nez et les recrues ont du mal à s’affirmer. Pourtant, la Roma est cinquième de Serie A. Alors, c'est quoi le secret ?

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« Ce n’est pas encore la Roma de Zeman. A mon avis, les joueurs n’arrivent pas à mettre en pratique ce que le mister leur demande de faire; » Le constat, aux micros de Radio Manà Manà Sport, est signé Aldair, un type qui pèse encore du côté de Rome. Le défenseur brésilien a joué pendant treize ans à la Roma (!), et a passé deux saisons sous les ordres du coach tchèque. Autant dire que son jugement est à prendre au sérieux. Or, Aldair a clairement dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Cette Roma-là, que l’on attendait séduisante, offensive, joueuse, n'est pour le moment rien de tout ça. Jugement sévère ? Non, si l’on a bien suivi les prestations du club giallorosso depuis le début du championnat. Oui, si l’on considère que l’équipe est actuellement 5e de Serie A, devant la Fiorentina, le Milan AC ou l’Udinese. Alors, peut-être faut-il trouver un juste milieu dans ces considérations. De fait, le bilan chiffré de la Roma est en parfait équilibre. Six matches joués. Deux victoires, deux défaites, deux matches nuls, 11 buts marqués, 11 encaissés. Et le septième match ? La Roma l’a remporté sur tapis vert, face à Cagliari, après que le président du club sarde s'est fait harakiri, offrant trois points sur un plateau d’argent aux Romains. C’est là qu’il faut être prudent sur la position au classement de la Roma. Sur la pelouse, peut-être se serait-elle imposée face à Cagliari. Peut-être aurait-elle perdu, comme lors des deux dernières saisons (5-1 en 2010/11, 4-2 en 2011/12, terrain hostile, donc). Or, avec trois points en moins, la Roma ne serait actuellement pas 5e, mais 11e. Forcément, cela gronderait beaucoup plus.

Un match référence sur six

Quid du jeu, alors ? Si l’on reprend match par match, on voit bien que, un peu comme la saison dernière, la Roma marche par intermittence. Dimanche, face à l’Atalanta, les Romains ont offert à leur public un début de match catastrophique. Si German Denis n’avait pas été si maladroit, le score aurait pu être de 2-0 pour les visiteurs après 20 minutes. Après avoir laissé passer l’orage, la Roma s’est réveillée, a ouvert le score, puis, comme un miracle, a dominé le reste du match. Elle avait fait la même chose contre Bologne et la Sampdoria, mais dans le sens inverse. Ultra-dominatrice en première période, elle s’est totalement écroulée en seconde, s’inclinant finalement 3-2 face aux Bolognais, et concédant le nul, 1-1, contre les Génois. Face à la Juventus, le naufrage a été total, surtout en défense. Les joueurs de Zeman ne se sont mis à jouer qu’à 20 minutes de la fin. Un peu tard, lorsque l’on a trois buts à rattraper. Si l’on analyse les choses comme ça, la Roma n’a donc effectué aucun match référence jusqu’ici ? Si. Un. Face à l’Inter, à San Siro, lors de la deuxième journée. La formation romaine était allée s’imposer en patronne (1-3), en réussissant à prendre le dessus sur tous les secteurs, et en faisant preuve de réalisme.

Pour la seule fois de la saison, Zeman est apparu satisfait à la fin de la rencontre. « Nous avons fait un bon match et l’équipe a même réussi de très bonnes choses. C’est un résultat qui doit nous faire prendre conscience du fait que nous pouvons jouer un football juste, même si nous pouvons encore beaucoup progresser  » assurait-il. Mais son message n’a pas été entendu. Depuis, les prestations de la Louve sont en dents de scie, et l'on compte pour le moment plus de déceptions que de satisfactions. Les déceptions ? L’attaque, d’abord. Zeman a habitué son petit monde à marquer toujours beaucoup plus de buts que ses concurrents. La Roma a pourtant scoré moins de buts que la Juve (17), le Napoli (14) et sa rivale, la Lazio (12). La défense, quant à elle, est déjà la troisième pire de Serie A, juste derrière le Chievo et Pescara, qui en ont pris 14. Quant aux nouvelles recrues, difficile de faire le tri. Les deux joueurs les plus "attendus", Balzaretti et Destro, sont pour le moment les plus décevants. Même si Destro a montré des signes de mieux lors de sa dernière apparition.

Le cas De Rossi

Bon, évidemment, tout n’est pas tout noir. Disons que c’est gris. Zeman peut garder quelques bonnes choses. La première, et ce n’est pas nouveau, c’est Francesco Totti. Le Capitano a beau avoir une année de plus dans les jambes, il est toujours aussi décisif et leader (et en plus, il vient de sortir un Guide touristique de Rome, alors…). Dimanche, contre l’Atalanta, il a illuminé le jeu de son équipe, avec des ouvertures folles, et un amour de passe décisive (en louche, s’il vous plait) pour Lamela. Seulement voilà, est-il vraiment possible de construire une équipe autour d’un joueur de 36 ans, aussi Roi de sa ville soit-il ? D’autant que, lors des dernières saisons, Totti n’a jamais été épargné par les pépins physiques, et que, quasi-inévitablement, il manquera au moins un quart des matches sur l’ensemble du championnat. Outre Totti, quelques joueurs ont donné satisfaction en ce début de saison, comme l’Américain Bradley, buteur dimanche, le Brésilien Leandro Castan en défense, ou le tout jeune Alessandro Florenzi, issu du centre de formation giallorosso et valorisé par Zeman. A 21 ans, il fait là ses grands débuts en Serie A, et a déjà planté deux buts, dont un à San Siro. Pas dégueu.

Mais ces derniers jours, du côté de Trigoria, on ne parle ni de Florenzi, ni même de la victoire contre l’Atalanta. Ce qui agite tout le monde, c’est le "cas" De Rossi. Contre les Bergasmaschi, le milieu de terrain de la Squadra Azzurra a, comme ses coéquipiers Osvaldo et Burdisso, été laissé sur le banc. Zeman n’a pas vraiment donné de justification, laissant juste entendre qu’il titularisait ceux qui sont les plus impliqués. Évidemment, cette exclusion n’a guère plu à De Rossi, considéré comme intouchable à Rome. Certains, comme Giuseppe Giannini, comprennent le choix du coach ( « il a fait ça pour stimuler Daniele et lui provoquer un électrochoc » ) et d'autres, comme Fabrizio Lucchesi, ancien dirigeant, n’approuvent pas ( « De Rossi est un patrimoine qu’il faut sauvegarder » ). Il n’en fallait pas plus pour lancer une rumeur De Rossi au PSG, alimentée par Marco Verratti, son nouveau pote en équipe nationale. D'une rumeur à l'autre : il se murmure que Zeman est loin d'être satisfait de sa Roma. Il n’a d’ailleurs jamais aligné deux fois de suite le même onze, preuve qu’il cherche encore la bonne formule. La semaine prochaine, après le verdict rendu par la justice sportive, la Roma saura si le match contre Cagliari devra oui ou non être rejoué. Si tel était le cas, il faudra s’imposer. Car une éventuelle chute à la 11e place risquerait de faire tache.

Eric Maggiori
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Drew Jarez Niveau : DHR
Je n'arrive toujours pas à comprendre l'aura dont joui Zeman. Alors ok, le bonhomme a une grande gueule, il fait suer ses joueurs et a obtenu quelques succès en Serie B. Mais franchement, a-t-il jamais réussi à faire quelque chose de Grand ? A marquer l'histoire que ce soit à coup de titre ou de fond de jeu ? Parce que demander aux joueurs d'attaquer et de faire du pressing, c'est bien mais ce n'est pas vraiment très élaboré ou novateur. Ferguson a transformé Manchester United. Ancelotti a réussi à Milan. Guardiola a perfectionné le toque, lui donnant une nouvelle dimension. Mourinho a presque tout réussi là où il est passé. Rijkaard a ressuscité le Barça. Et on peut en citer d'autres ayant entrainé des clubs au standing moins élevé qui ont réussi à faire quelque chose (Deschamps à Monaco par exemple). Mais Zeman ?
Abilbelnarqaw Niveau : DHR
Pour te répondre, Zeman a tout simplement révolutionné le Calcio. Lorsqu'il prend les commandes de Foggia, on est à l'âge d'or du catennacio, la Série A est considérée comme le championnat le plus tactique et défensif au monde. Lui prône la stratégie de l'attaque totale. Totale, c'est à dire son gardien qui est à 30m de ses buts quand l'équipe a le ballon, les défenseurs qui jouent sur la ligne médiane, et tout le reste en attaque. Il a ainsi fait des prestation telles qu'un 6-2 contre l'Inter avant de se faire fesser 8-1 par la Lazio. De plus, il a été le premier a rejeté le dopage avec cette citation célèbre : "Il faut sortir le football des pharmacies".
Voilà, si tu veux en savoir plus, lis l'article qui lui était consacré dans le numéro de l'été 2010.
Je me rappelle de la nomination de Zeman a la tête de la Roma, les Giallorossi étaient beaucoup trop enthousiastes, ils voyaient déjà Totti mettre une vingtaine de buts comme à l'époque et ils se voyaient déjà titiller la Juve en tête etc... Bon on est qu'en octobre mais le bilan est très moyen, la Roma est la 2e plus mauvaise défense c'est pas une nouveauté pour les équipes de Zeman mais c'est surtout le jeu qu'il a du mal a prendre. la Serie A n'est pas la Serie B et les joueurs ont pas encore acclimaté l'univers du coach Tchèque mais comme on est en Italie il a pas beaucoup de temps pour remettre le club sur les bons rails surtout que le Derby approche à grands pas...

Pour finir résumé sa situation à Rome: " Quelle durée faudra-t-il pour que les joueurs aient en tête ce que je veux ? Je ne dois pas enseigner à jouer au football, le problème est la mentalité... "
maxlojuventino Niveau : Ligue 1
Si De Rossi signe au PSG on va bientôt avoir la moitié de la sélection italienne à Paris... C'est Prandelli qui va être aux anges... Bon espérons que ça n'arrive jamais, le championnat italien a déjà perdu assez de grands joueurs comme ça.

Sinon Balzaretti une déception, pourquoi? A part les blessures et un mauvais match, il faut pas trop noircir le tableau non plus.
Piris lui est mauvais, ça c'est indéniable.
Destro n'a pas marqué de but pour le moment on peut donc le considérer comme un flop...Mais bon il peut se réveiller à tout moment, je m'en fais pas trop pour lui.

D'ailleurs Zeman est en train de faire n'importe quoi avec ses attaquants. Entre Destro qui ne score plus et Osvaldo qui ne joue plus alors qu'il était quand même super bien parti, super la gestion!

Défense de merde, gestion du groupe catastrophique, le Zeman est en forme...
NikkoFromLyon Niveau : CFA
Le souci de ce club c'est qu'il est persuadé d'être un grand club alors qu'il n'en ait clairement pas un.
Dirigé sans ligne directrice claire, changement d'orientation sportive chaque année, recrutement farfelue assez souvent.
Cette année ça va encore être la foire avec Zeman, et puis ils changeront encore en fin de saison et vogue la galère...
Mais il faut pas s'affoler, Pescara la saison dernière avait mal commencé la saison on a vu comment ils ont fini mais on est plus en Serie B c'est ça le problème, l’impatience des tifosi et des médias sont bien pires....
Drew Jarez Niveau : DHR
@Abilbelnarqaw : Oh je connais quelques faits d'armes de Zeman. Seulement, je ne considère pas ce qu'il a apporté comme une véritable révolution. Jusqu'à la nomination de Prandelli à la tête de la Squadra Azzurra (reflet du championnat italien en général), le jeu était principalement fondé sur la rigueur défensive (malgré le fait qu'il y ait entre 2000 et 2010 de bons matchs en terme de jeu de la part de l'équipe d'Italie). Ce n'est que récemment que le jeu des équipes italiennes est globalement devenu offensif (la Roma il y a quelques années étant l'une des rares exceptions). L'influence de Zeman est difficilement soutenable alors qu'il n'entrainait pas en Serie A depuis un bon moment. Alors oui, il est très fort pour faire exploser certains jeunes (encore qu'on puisse s'interroger si des joueurs aussi talentueux que Totti ou Verrati n'auraient pas fait de grandes choses avec d'autres entraineurs), mais ce n'est pas un atout spécial pouvant lui permettre de prétendre à la place qu'on lui accorde aujourd'hui. Il y a 50 ou 60 ans, le catenaccio était "inventé" (enfin, remis au gout du jour et amélioré si vous préférez), dans ce cas on peut parler de réelle influence sur le football italien. Mais Zeman ? Je ne vois pas. Sincèrement. S'il pouvait faire avec la Roma et remporter le Scudetto, cela me ferait plaisir (rien que pour Totti), mais s'il venait à se crasher, cela ne m'étonnerait qu'à moitié.

Au passage, tu dis qu'il possède une philosophie spéciale. L'attaque à tout va. D'accord. Mais il n'y a pas de réelle tactique derrière, pas de fond de jeu (une équipe qui joue à 10 derrière sans laisser aucun espace et profitant de ses contres a un fond de jeu; le barça a un fond de jeu; peu importe que ce fond de jeu ait été "créé" par l'entraineur de l'équipe en question ou ses prédécesseurs).
En même temps Cellino leur a fait cadeau de 3 points avec ses conneries#, ce qui n'est pas négligeable après seulement 7 journées...
Sinon très bon article, comme souvent avec EM!
Le problème de la Roma c'est, comme souligné, le fait que certains joueurs, et leur ego, passent avant le collectif, et qu'il est très difficile de construire un projet durable et performant avec des diva. Chaque non-titularisation (ou remplacement) de Totti est un petit évènement à Rome et provoque des remous. S'il en devient de même avec De Rossi; ça va devenir compliqué. Ces mecs jouissent d'un aura justifié (surtout pour Totti en fait), mais on a l'impression que vu qu'ils n'ont pas quitté le club quand ils le pouvaient, alors ils devraient avoir une place de titulaire assurée. Or ça n'incite pas à se sortir les doigts quand on est "intouchable".
Malheureusement je pense que le gros du problème est là.
Sinon Zeman néglige vraiment trop la phase défensive (de ce qu'on a pu observer), il y a un manque de rigueur à la perte du ballon qui ne pardonne pas au plus haut niveau. J'espère que l'équipe trouvera un équilibre et qu'elle donnera du plaisir, car elle en est capable.
Alessio Tacchikardi Niveau : District
Toutes proportions gardées et avec un peu (beaucoup) de provoc, je dirais que Zeman est le moustache AKA lacombe de la Serie A. Tu lui donnes une équipe de bras cassés, il te fait monter 5 jeunes du centre de formation en 3 mois, et fait progresser son groupe de manière impressionnante. A la fin de ce cycle un club plus gros lui file les commandes, et il se crashe en se mettant à dos les joueurs confirmés, sa hiérarchie et les médias. En italie il existe une expression que j'adore : giocatore di categoria. Joueur de division, genre samuel michel est taillé pour la D2. Ben je crois que c'est valable aussi pour les entraineurs.
PS : la vraie différence entre moustache et Zeman, vous l'aurez compris, c'est le jeu.
Drew jarez, 20h19, tu penses qu'on joue plus offensivement en italie que depuis seulement quelques années, moi, j'ai plutôt l'impression presque du contraire! J'ai connu les formations dirigées par liedholm (milan et roma), erickson (roma), sacchi (milan), maifredi (bologna, juventus),scala (parma), zaccheroni (udinese), etc...dans les années 80 et 90 qui avaient un jeu très offensif et alignaient de nombreux attaquants, souvent deux pointes pures plus un neuf et demi comme maradona, platini, zico; ou alors dans le cas de maifredi, carrément un 4-2-4 ou dans celui de zaccheroni à l'udinese un 3-4-3 avec trois vrais attaquants, plus bien sûr zeman dont on parle dans l'article qui jouaient l'offensive et ne s'occupaient presque pas de sa couverture défensive; je me souviens d'arrières latéraux ultra-offensifs comme cabrini, carobbi, nela, tassoti, maldini, etc...J'ai bien l'impression que beaucoup se font encore une idée du football italien à travers les médias étrangers où les matches joués à l'extérieur, où les équipes italiennes avaient, c'est vrai, tendance, loin de leurs terres, à jouer le contre plutôt que la possession du ballon; c'est sacchi avec parma et bien sûr le milan qui a modifié cette mentalité!
@Abilbelnarqaw: t'es sur que tu ne confonds pas avec Sacchi (et à un degré moindre avec Liedholm) ?
Quand à Zeman : crash attendu d'ici fin de saison au plus tard.
Ce gars devrait plus tôt bosser en centre de formation au lieu de raconter des c..... sur la Juve à longueur de temps.
Zeman a de bons principes (4/3/3 et défense haute et alignée) mais manifestement il ne fait absolument pas travailler l'alignement et les remontées de cette défense à l'entrainement comme le faisaient Goethals ou Saachi. Quand on joue comme ça la moindre erreur est meurtrière. Tout son problème est d'abord et avant tout sur cette lacune. Il ferait bien de se passer en boucle les matchs de l'OM (ou de Bordeaux) des belles années pour voir comment est animée une défense en ligne par le grand Raymond.
Drew Jarez Niveau : DHR
@europa : Il y a bien évidemment quelques exceptions. Mais globalement les équipes italiennes étaient peu offensives, la majorité d'entre elles se fondant sur la sobriété et l'efficacité, du moins de ce que j'en ai vu. Il est possible que je me trompe, mais toujours est-il que Zeman n'est pas celui qui a transformé l'Italie du football, je pense que l'on s'accordera sur cela au moins.
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