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Le panorama madrilène

Remake de la dernière finale de Ligue des champions, le derbi madrileño oppose plus que deux fanions d'une même ville. Madrid et ses trois clubs de Liga offrent sans doute le plus beau panorama de la planète football : on y trouve à boire et à manger.

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Le Templo de Debod offre une vue panoramique rare et exquise. Perché sur les hauteurs de Plaza de España, ce temple offert par l'Égypte de Nasser surplombe tout le Sud de la capitale espagnole. De la verdoyante Casa de Campo aux rives du Manzanares, des barres d'immeubles bétonnées de Carabanchel aux jardins royaux du Palacio Real, il correspond au nec plus ultra du tourisme local. Idem, sa population mélange touristes en quête de photos idylliques, vendeurs de bières à la sauvette, Erasmus détendus et joggeurs de tous âges. Les bus de voyageurs l'entourent et laissent place, une fois la nuit tombée, à des voitures, coffres ouverts et enceintes débridées, alignées non loin d'espaces improvisés en botellon. En soi, un succinct résumé de la vie madrilène. Ou de ses vies, c'est selon. À travers les trois enceintes dispersées sur son sol, Madrid se révèle également un mélange rare : faste et grandeur pour l'ancien Chamartin, béton et chaleur pour l'antre des Colchoneros, et vétusté et ferveur pour le stade aux trois tribunes de Vallecas. Des différences complémentaires qui offrent le plus beau patrimoine footballistique d'Europe à la capitale de Castille.

La guerre civile en point d'inflexion


Si l'entité blaugrana se veut en armée d'une nation sans État (cf. la Catalogne), Madrid se distingue par un hétéroclisme exacerbé. Real Madrid, Atlético de Madrid et Rayo Vallecano offrent trois visions opposées de leur sport, mais partagent tout de même un qualificatif : historique. Premier à voir le jour, le Madrid Foot-ball Club naît des cendres du Club Español de Madrid en 1902. L'Athletic Club de Madrid, filiale des Leones, car créé par trois étudiants basques, sort de terre l'année suivante. Enfin, en 1924, l'Agrupacion Deportiva El Rayo voit le jour. À contre-courant du géant de la capitale, rebaptisé Real Madrid par un décret du roi Alfonso XIII en 1920, le club de la banlieue populaire évolue dans le championnat de la Fédération ouvrière de football. Un parti-pris politique assumé qui découle de l'identité rouge vif de Vallecas. Pour la petite histoire, si le fanion rayista affiche un râteau et une fourche, il le doit à ses premiers locaux : le siège d'une entreprise de ramassage des ordures. Point d'inflexion dans l'histoire espagnole, la guerre civile qui débute en 1936 par la tentative de coup d'état du 18 juillet impacte directement les trois clubs.


Sitôt la guerre terminée, en 1939 et par une victoire des forces de Franco, les tentatives de rattrapage politique s'abattent sur les clubs de la capitale. Entité la plus décimée, l'Athletic de Madrid ne peut plus aligner une équipe de onze hommes, la plupart ayant rendu l'âme sur les champs de bataille. De fait, l'Athletic madrilène, né basque et socialiste, fusionne avec l'Aviacion Nacional, qui réunit les footballeurs de l'armée de l'air franquiste. Cette dualité se retrouve toujours aujourd'hui dans les travées du Vicente-Calderón. Entre un Frente Atlético aux relents d'extrême droite et de nombreuses peñas de barrios ouvriers, le club des Matelassiers retrouve une identité longtemps paradoxale autour de Diego Simeone, fabuleux étendard qui unifie le peuple rojiblanco. Quant à son grand voisin, le Real Madrid, il alimente depuis sa création les frustrations des uns et les fantasmes des autres. Omnipotents, les Blanc Meringue renvoient l'image de l'establishment et du pouvoir inusable. Pour autant, rien n'indique que des avantages lui aient été offerts par Franco, ni même par la royauté. En revanche, à l'origine de la Ligue des champions, quelques largesses lui ont été concédées.

Astérix sauce madrilène


Il faut bien intégrer toutes ces composantes pour comprendre Madrid, son futbol et son Rayo. À l'instar d'Asterix, le club de Vallecas se veut irréductible face à l'envahisseur. Le pognon y est un sujet sensible, la culture ouvrière et populaire. Terre de refuge des communistes et anar' sous la dictature, terre d'accueil des immigrés andalous, gitans et latinos, ce barrio est indissociable du Rayo. Et vice-versa. Son enceinte, bunker à trois tribunes aux fresques antifas raconte la culture et la nature de son public. Et qui de plus vivant, entraînant et intelligent que Paco Jémez pour servir de trait d'union sur le pré. Cette communion entre identité de jeu, profil des aficionados, histoire toujours partie prenante du présent et entraîneur-ambassadeur se répète tout autant avec l'Atlético de Simeone et le Real d'Ancelotti. Ces trois clubs n'ont jamais aussi bien représenté la capitale espagnole, ses paradoxes et ses singularités, et offert un panorama à presque 360 degrés de la planète foot. Toujours au sommet de l'Europe, Madrid la Castillane aime à rivaliser avec elle-même. Et toujours sous le soleil.

Par Robin Delorme, à Madrid
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maradonald Niveau : DHR
Très bon article.
Sinon... 3 clubs à Madrid ?

Si nous on considère Lyon-St-Etienne comme un derby, alors Madrid compte 4 clubs (Getafe CF)

:)
Vallecas=ordures, tout est dit. US80
Londres fait aussi un panorama sympa...
Et bien, je suis allé je ne sais pas combien de fois à Madrid, je n'ai jamais même par hasard, entre aperçu un de ces lieux (stade ?)(pourtant j'aime bien regardé le foot, en streaming ça me suffit et quand le streaming n'existera plus, j'arreterai ...).
Par contre je connais bien les salles alternatives de théâtre et notamment la salle du Montacargas (Calle Antillon, metro Puerta del Angel): des spectacles toujours de très bonne qualité, une ambiance conviviale, des rencontres inoubliables, et ce pour des tarifs qui n'ont rien à voir avec ceux pratiqués dans le business foot.
Message posté par maradonald
Très bon article.
Sinon... 3 clubs à Madrid ?

Si nous on considère Lyon-St-Etienne comme un derby, alors Madrid compte 4 clubs (Getafe CF)

:)


Getafe c'est quand même la lointaine banlieue. D'ailleurs en 2 ans sur place, j'ai jamais vu un maillot ni une référence à Getafe dans Madrid.
L'article décrit bien l'esprit de la ville, divisée en 2 et puis le bastion de Vallecas.
Message posté par Tchekov
Et bien, je suis allé je ne sais pas combien de fois à Madrid, je n'ai jamais même par hasard, entre aperçu un de ces lieux (stade ?)(pourtant j'aime bien regardé le foot, en streaming ça me suffit et quand le streaming n'existera plus, j'arreterai ...).
Par contre je connais bien les salles alternatives de théâtre et notamment la salle du Montacargas (Calle Antillon, metro Puerta del Angel): des spectacles toujours de très bonne qualité, une ambiance conviviale, des rencontres inoubliables, et ce pour des tarifs qui n'ont rien à voir avec ceux pratiqués dans le business foot.


Ben j'ai été plusieurs fois comme toi à Madrid et le seul que je n'ai pas fait c'est Getafe parce que ça reste un déplacement quand t'es dans le coeur de la capitale. J'ai eu la chance d'aller à plusieurs reprises au Calderon et le prix le plus élevé que j'ai payé pour aller voir un match c'était 25€, ça restait honnête pour une ambiance dingue.
Par contre Bernabeu, j'y ai été par curiosité et j'ai payé cher ma place (60e) pour un bon match du Real avec Roberto Larcos et consorts, mais l'ambiance était à crever. On entendait les pipas craquer dans les mâchoires tellement c'était plat. Et Vallecas c'est un public de bourrins qui fout le feu en permanence en règle générale. Par contre leur stade, malgré tout le charme qu'on peut lui accorder fait drôlement penser à François Coty.
Monsieur Delorme, cela mérite un bon bouquin sur ce sujet afin de pouvoir l'approfondir un peu plus! bon article
Note : 1
L'auteur aurait pu pousser un peu le rayon autour de 15 kms pour trouver : Getafe et Leganés !
maradonald Niveau : DHR
Message posté par pulpito


Getafe c'est quand même la lointaine banlieue. D'ailleurs en 2 ans sur place, j'ai jamais vu un maillot ni une référence à Getafe dans Madrid.
L'article décrit bien l'esprit de la ville, divisée en 2 et puis le bastion de Vallecas.


la lointaine banlieue ? 15 km ?

Bien sûr que Madrid et Getafe sont 2 communes distinctes. Je disais juste que si on considère Lyon-St-É comme un derby, alors pourquoi pas Getafe-Rayo ? Oui je sais c'est certainement pas la même intensité, la même ferveur. Je parle juste de géographie...

Bref, moi j'y vis depuis 10 ans, et moi non plus, jamais vu un maillot de Getafe en dehors de Getafe.
Normal, en voyant les 2 monstres qu'ils ont... Mais bon ça fait un bail que Getafe est en D1, malgré leur petit budget, moi j'aime bien...
Message posté par Tchekov
Et bien, je suis allé je ne sais pas combien de fois à Madrid, je n'ai jamais même par hasard, entre aperçu un de ces lieux (stade ?)(pourtant j'aime bien regardé le foot, en streaming ça me suffit et quand le streaming n'existera plus, j'arreterai ...).
Par contre je connais bien les salles alternatives de théâtre et notamment la salle du Montacargas (Calle Antillon, metro Puerta del Angel): des spectacles toujours de très bonne qualité, une ambiance conviviale, des rencontres inoubliables, et ce pour des tarifs qui n'ont rien à voir avec ceux pratiqués dans le business foot.


Hipster ?
Shevchenko Niveau : CFA2
Merci pour cet article qui m'a donné envie de devenir socio du Rayo Vallecano. Et je valide avec Saint-Etienne.
Kit Fisteur Niveau : Loisir
Le Rayo c'est le club qui a l'air vachement sympathique, mais en étant supporter de ce club tu t'attends pas à fêter beaucoup de titres dans ta vie... en même temps dans la cie les prolétaires atteignent rarement les sommets. Même l'Atletico qui est loin d'être un club prolétaire passe pour un pauvre à côté du Real et du Barca, c'est dire... fuck le business qui tue le foot et vice le vrai football, celui ou même le Rayo peut finir champion par le talent brut sans transferts monstres qui tuent le jeu !
Message posté par Tchekov
Et bien, je suis allé je ne sais pas combien de fois à Madrid, je n'ai jamais même par hasard, entre aperçu un de ces lieux (stade ?)(pourtant j'aime bien regardé le foot, en streaming ça me suffit et quand le streaming n'existera plus, j'arreterai ...).
Par contre je connais bien les salles alternatives de théâtre et notamment la salle du Montacargas (Calle Antillon, metro Puerta del Angel): des spectacles toujours de très bonne qualité, une ambiance conviviale, des rencontres inoubliables, et ce pour des tarifs qui n'ont rien à voir avec ceux pratiqués dans le business foot.


Sinon le site ici c'est sofoot, si tu veux voir des sites culturels, tu t'es trompé de forum, alors bon vent, on ne te retient pas
Paul_et_Mickey Niveau : CFA
Pour autant, rien n'indique que des avantages lui aient été offerts par Franco, ni même par la royauté. En revanche, à l'origine de la Ligue des champions, quelques largesses lui ont été concédées.

J'aimerai vraiment que tu développe ces largesses dont tu parles Robin, parce que on parle de la moitié des coupes d'Europe du Real, qui se targue d'en avoir 10…

Sinon en effet il n'y a pas de preuve des avantages, même si Di Stefano reste une histoire vraiment très louche….
Il faut aussi souligner que tous les présidents du Real ont toujours montré de la sympathie au PP.
Pour rappel, le PP, et ça tu le sais bien Robin, c'est le partie de droite non catalogué comme extrême droite, le plus conservateur (moi je dirai rétrograde) d'Europe.
Je vous passe tous les liens qui existent entre Franco et le PP, des ministres sous franco qui ont fait de grde carrière au PP, le propre Aznar qui vient d'un grd père, premier journaliste sous Franco, et d'un papa avec des poste importants à la radio télé du Franquisme.
Pour faire un parallèle, c'est un peu comme si des anciens ministre de hitler, ou fils et petits fils étaient ds les grandes instances d'Allemagne.
Beau petit article, je m'y suis vu un instant et j'ai déjà hâte de retourner dans la capitale. Les derbies c'est toujours si spécial.
Message posté par maradonald


la lointaine banlieue ? 15 km ?

Bien sûr que Madrid et Getafe sont 2 communes distinctes. Je disais juste que si on considère Lyon-St-É comme un derby, alors pourquoi pas Getafe-Rayo ? Oui je sais c'est certainement pas la même intensité, la même ferveur. Je parle juste de géographie...

Bref, moi j'y vis depuis 10 ans, et moi non plus, jamais vu un maillot de Getafe en dehors de Getafe.
Normal, en voyant les 2 monstres qu'ils ont... Mais bon ça fait un bail que Getafe est en D1, malgré leur petit budget, moi j'aime bien...


Ben ouais faut prendre le cercanias :) Je sais même ce qu'il y a après Getafe.
Je suis même pas sûr qu'ils parlent de derby, c'est presque un match comme les autres quand ça joue un des 3 autres clubs.
Message posté par pulpito


Ben ouais faut prendre le cercanias :) Je sais même ce qu'il y a après Getafe.
Je suis même pas sûr qu'ils parlent de derby, c'est presque un match comme les autres quand ça joue un des 3 autres clubs.


Du point de vue de l'Atlético, je te le confirme, ils s'en tamponnent le coquillard avec une pelle à tarte. A la rigueur le match du Rayo, bon c'est un p'tit derby sympatoche mais sans plus. Le seul vrai gros derby pour les colchoneros c'est le Real et rien d'autre!
Alain Proviste Niveau : Ligue 2
Très bon article !
Si on prend en compte prestige/palmarès/diversité des clubs, c'est peut-être effectivement le plus beau panorama européen (avec Londres et Istanbul mais Madrid est devant niveau palmarès). Après, au niveau mondial, y a quand même Buenos Aires : Boca, River Plate, San Lorenzo, Velez, Huracan, Argentinos...
Dance Crasher Niveau : CFA
Message posté par Alain Proviste
Très bon article !
Si on prend en compte prestige/palmarès/diversité des clubs, c'est peut-être effectivement le plus beau panorama européen (avec Londres et Istanbul mais Madrid est devant niveau palmarès). Après, au niveau mondial, y a quand même Buenos Aires : Boca, River Plate, San Lorenzo, Velez, Huracan, Argentinos...


Si tu cites Istanbul, alors il faut citer Lisbonne avant, qui vient même s'intercaler entre Madrid et Londres en termes de Palmarès! Et ce pour ne rester que dans les capitales, ce qu'Istanbul n'est même pas/plus. Par contre, niveau panorama pur, depuis la tour de Galata, Istanbul bat toutes les autres à mon humble avis, et Dieu sait si j'aime voir Lisbonne depuis le Castelo São Jorge...
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