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Le nouveau Rei de Medellín

Qui dit Medellín dit forcément Pablo Escobar. Mais depuis peu, un autre homme redonne un certain prestige à la ville. Reinaldo Rueda, travailleur émérite, germanophone et accordéoniste veut emmener l'ancien club du narco sur le toit du monde. Et pas pour échapper à la CIA.

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Un bon entraîneur n'a pas toujours été un bon joueur. Ce que Mourinho, Spalletti, Benítez, Wenger ou encore Eriksson ont prouvé, Reinaldo Rueda est en train de le confirmer. Passé par plusieurs clubs de seconde zone en Colombie, où on le décrit encore aujourd'hui comme un « milieu discret » un peu de la manière qu'on utilise pour dire d'une personne pas franchement gracieuse qu'elle est sympathique, il mise tout sur le savoir, le cérébral et le social. Et visiblement, il a bien fait. Né à Cali en 1957, il obtient une licence en éducation physique dans sa ville natale, avant de rejoindre pour quelques années l'Allemagne, où il apprend une nouvelle langue, la rigueur et perfectionne sa science de la tactique à l'école supérieure du sport à Cologne. Quand il s'agit de le décrire, sa plus grande fille, Alejandja, dévoile des facettes qui donnent une idée du personnage : « Il aime beaucoup les livres sur le management, la psychologie et la motivation. »

Question de tempo


Car le Rei, surnom qu'il a obtenu après de longues années d'exercice, n'a jamais voulu aller plus vite que la musique. D'abord assistant d'Edilberto Righi au Deportivo Cali, au début des années 80, il n'obtient son premier poste que quatorze ans plus tard, à Cortulua, où il fait bonne figure avec une équipe de bas de tableau. Il se sauve de la relégation la première année et joue le ventre mou les deux suivantes. La suite ? Deux expériences mitigées à Cali et Medellín au début des années 2000, mais l'adversité le pousse à revenir à plus d'humilité.


Il prend ensuite toutes les sélections de jeunes de son pays et obtient de bons résultats. Notamment une troisième place au Mondial 2003 avec les moins de vingt ans. C'est là qu'il développe son style, paternaliste et humaniste, où il privilégie « la communication et le collectif » selon ses propres termes. Une réussite qui pousse alors ses supérieurs à le pistonner au poste de sélectionneur national. Mais encore une fois, le tempo n'était pas le bon et le Rei pas prêt à suivre la cadence. Malgré une quatrième place honorable à la Copa América de 2004, il ne parvient pas à se qualifier au Mondial allemand et est contraint de lâcher le poste suprême. Bref, c'était trop intense, trop rapide, trop difficile à gérer pour lui. Une fausse note qui était difficile à prévoir.

Rueda président !


À ses cinq ans, quand ses parents décident de déménager dans le nord-est de la Colombie, à Barrancabermeja, il se prend de passion pour l'accordéon. Un instrument qu'il ne s'offre que quelques années plus tard en Allemagne et dont il ne joue qu'avec parcimonie. Parce qu'il aime prendre le temps. Parce qu'il n'a pas un répertoire très fourni non plus. Mais surtout, parce qu'il aime bien apprendre de lui-même. « Je peux vous assurer qu'il est bien meilleur entraîneur que musicien » , explique Carlos Velasco, un ami de longue date. Manière de dire que quand Reinaldo le veut, il le peut. Mais avec du temps. Ce qui fait la différence entre la musique et le foot. Chose à laquelle Reinaldo va s'atteler, sans broncher. Reprendre son souffle, repartir de plus bas, travailler, peaufiner, s'imprégner, pour mieux rebondir, jouer plus juste. La stratégie ne peut que fonctionner. Alors quand il prend le Honduras en 2007, il l'emmène au Mondial sud-africain trois ans plus tard. On peut lire dans les rues de Tegucigalpa, la capitale hondurienne : « Rueda président ! » Bis repetita quatre ans plus tard avec l'Équateur où il y devient également une légende. Et depuis deux ans avec l'Atlético Nacional de Medellín, c'est le même refrain.

Chef d'orchestre


À force de parole, de confiance, notamment avec les jeunes, de 4-4-2 tout en rigueur, possession et sacrifice, de transparence avec les joueurs et les médias, de son sens du détail, il multiplie les consécrations et soulève par exemple la Libertadores de 2016. Reinaldo Rueda est devenu l'entraîneur le plus vieux à avoir porté ce trophée et fait partie de la liste des nommés pour devenir le meilleur entraîneur du monde. Ce qui nous ramène à aujourd'hui. L'Atlético Nacional entre en scène dans le Mondial des clubs, en demi-finale, face à l'équipe japonaise des Kashima Antlers. Et en conférence de presse, pas question de penser déjà à la finale : « Il faut d'abord bien entamer ce premier match, obtenir un résultat et ensuite on pourra parler du Real Madrid. » La musique, le tempo et la patience, toujours.

Par Ugo Bocchi
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Dans cet article

Captain_H Niveau : DHR
Je respecte l'adage joueur moyen - bon entraîneur mais Eriksson ? Comment dire ? Non.
Ce commentaire a été modifié.
Eriksson n'a pas commencé a entrainer il y a 10 ans non plus, ca etait une super entraineur dans les annees 80-90 avant de prendre l'Angleterre qui a ete la fin pour lui...

Coupe de l'UEFA 82 avec Goteborg (il fait le triplé cette annee la)
Coupe UEFA 1999 avec la Lazio
Doublé championnat-coupe avec la Lazio en 2000
il gagne 3 championnats avec Benfica

Maintenant je te l'accorde, il entraine juste pour gagner du pognon mais avant l'an 2000 c'est un super coach...
Par ailleurs, avec ce type de raisonnement on peut dire la meme chose a propos de F. Capello, L. F. Scolari et de tout entraîneur dont la carrière dure depuis un certain temps. Ne nous trompons pas.

Merci monsieur ou madame Saprissa de bien vouloir remettre les choses dans leur contexte.

Bien a vous,
Excellente journée tout le monde.

La bise.
2 réponses à ce commentaire.
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