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Le mur de l'Atlantique

Un peu plus de deux mois après l’annonce par l’UEFA de la nouvelle réforme de la Ligue des champions pour l’été 2018, une vieille idée refait progressivement surface de Glasgow à Trondheim : la création d’une Atlantic League. Un projet compréhensible dans la logique, prêt depuis le début des années 2000 et qui bousculerait un peu plus que les mentalités.

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Karl-Heinz Rummenigge n’a jamais douté, mais il a toujours détesté l’injustice. Sa vision de l’injustice. Le boss de l’Association européenne des clubs est comme ça, et depuis quelque temps, des choses l’emmerdent. Pour lui, un Bayern-Juventus n’a rien à faire en huitième de finale de la Ligue des champions, mais alors, rien à faire du tout. Cette confrontation a beau avoir offert l’un des plus beaux matchs de foot que la saison 2015-2016 a pu nous donner, voir la Juventus dégager comme ça lui a fait mal au cœur. Oui, Rummenigge aime le foot, mais pas certains détails qui font son essence depuis toujours comme l’incertitude. Sa vision de la chose est simple : chacun doit rester à sa place et, au fond, ça lui tord les boyaux de voir, à vingt-quatre heures d’intervalle, la Juve se faire retourner par son Bayern et l’Atlético écarter le PSV au bout d’une longue et interminable double confrontation. Le double Ballon d’or (1980 et 1981) veut du clinquant et doit faire tourner la boutique, alors ce Bayern-Juventus n’a sa place qu’en finale, en demi-finales maximum. Voilà l’idée de départ.

Alors, quitte à rêver, autant le faire à haute voix et le faire jusqu’au bout en profitant de la tournure des événements. Le 26 août dernier, alors que l’Europe du foot avait les yeux braqués sur Monaco pour connaître le destin continental de Nice ou Saint-Étienne, l’Allemand a profité de l’occasion pour faucher tout le monde en pleine course et bloquer un peu plus le système, en n’oubliant pas de gribouiller un peu sur le travail effectué par Platini ces dernières années. Et voilà le résultat des penseurs : à partir de 2018, les quatre pays les mieux classés au coefficient UEFA poseront quatre représentants en Ligue des champions, sans s’embourber dans des barrages inutiles pour les gros. Jusqu’ici, les quatre gloutons qualifiaient onze clubs, ils en aligneront bientôt donc seize. Superbe pour une C1 qui se retrouvera, au-delà de tout, avec vingt-six qualifiés directs (contre vingt-deux aujourd’hui), mais aussi avec plus de blé pour compenser une élimination. L’élitisme, on y est. Mais aussi une façon déguisée de répondre aux idées de SuperLeague et autres cercles fermés. Du moins, c’est ce que Karl-Heinz pense.

La vie alternative


Depuis cet uppercut envoyé avec précision, les réactions se sont enchaînées. L’Association européenne des ligues de football professionnel (EPFL) a couiné en parlant d’une décision « inacceptable » et a menacé de programmer des matchs en même temps que ceux des compétitions UEFA. Mais l’instance a également récupéré un nouveau boss : Aleksander Ceferin, élu le 14 septembre lors d’un congrès exceptionnel à Athènes. Un juriste slovène, bientôt quinquagénaire, ceinture noire de karaté qui avoue n’être « la marionnette de personne » . Bon à savoir pour un homme qui a notamment appuyé sa candidature grâce à l’aide des fédérations scandinaves, mais aussi, selon le magazine norvégien Josimar, de son pote de la FIFA, Gianni Infantino. Début septembre, Josimar détaillait dans une enquête les liens profonds entre les deux hommes et la façon avec laquelle Infantino avait œuvré pour pousser la candidature de Ceferin. Depuis, le Slovène a parlé et a frappé fort : « Je suis indépendant, croyez-moi. » Et sur la réforme ? « Je n’ai pas participé à ce projet, mais ce n’est pas bon pour les petites et moyennes fédérations. Je dois vérifier quels sont les avantages et les inconvénients de cette décision. Et il y a des avantages et des inconvénients. Je vais les examiner et agir. » Soit faire bouger les choses, qui sait.

Mais la révolution pourrait finalement arriver d’ailleurs à un moment où la France a mis en place un groupe de travail LFP-FFF sur la question. Il faut regarder au nord, bien plus au nord, et écouter Anders Hørsholt, le directeur général du FC Copenhague dont le début de saison est aujourd’hui parfait avec un statut de leader invaincu de Superligaen et une campagne de C1 entamée avec ambition (deuxième du groupe G derrière Leicester et à égalité avec le FC Porto, ndlr). « Ce n’est qu’un projet. Un projet encore loin de se produire, mais cela pourrait se mettre en place dans le futur » , posait-il il y a quelques semaines dans un entretien donné à BT. Quel projet ? La création d’une Atlantic League entre les meilleurs clubs écossais, danois, hollandais, belges, norvégiens et suédois. On parle des gros bras, du PSV, du Feyenoord, de l’Ajax, d’Anderlecht, de Bruges, du Celtic, des Rangers, du FC Copenhague, de Malmö ou encore de Rosenborg. Brøndby aurait également été sondé. Anders Hørsholt : « Si nous ne parvenons pas à agir maintenant, nous allons voir les plus grands clubs se développer encore plus, et la situation deviendra de plus en plus compliquée pour les clubs comme nous. Nous devons donc examiner une situation alternative. » Logiquement, si création d’une Atlantic League il y a, les clubs inscrits ne participeront pas à leur championnat national. La cible du projet : grandir entre historiques et gros morceaux pour aussi éviter les interminables séries de barrages de l’été pour accéder à une phase de poules de C1.

« On n’a pas créé cette situation »


L’idée n’est pas nouvelle et, selon une enquête de terrain menée par le Guardian, plutôt bien reçue par les supporters malgré la fatalité d’être obligés d’en arriver là. Oui, le football ne devrait pas tourner comme ça. En février dernier, certains reportages avaient également fait connaître l’intérêt du directeur général du Celtic, Peter Lawwell. « Il faut bien comprendre que ce n’est pas une situation que l’on a créée, détaille Hørsholt. Mais tout ça veut aussi dire qu’on va perdre de l’argent et on doit donc discuter avec les clubs qui connaissent une situation similaire à la nôtre. » Pour l’instant, on parle d’un embryon et d’un projet qui avait été refusé en 2000. Le format avait alors été imaginé par l’ancien boss du PSV, Harry van Raaij, qui a confié récemment au Daily Record avoir été approché par un consortium intéressé pour financer le paquet, des sponsors et même un diffuseur. Van Raaij a déjà les bases, dessinées à l’époque avec l’ancien patron des Rangers, Sir David Murray, et les avaient même présentées à l’UEFA lors de l’été 2000. Leur homologue de l’Ajax, Michael van Praag, pensait lui qu’il était trop tôt et l’UEFA avait dégagé tout ça. Mais l’époque a changé, le monde du foot aussi. Et l’Atlantic League pourrait bientôt ne plus être qu’un rêve écrit sur un bout de papier.

Par Maxime Brigand
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