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Le monde de Guardiola

C’est toujours la même histoire. La victoire du Real sur le Bayern en demi-finale de Champions League a réveillé les chiens de garde. Depuis la gifle contre le Real, Pep Guardiola est sommé de s’expliquer sur ses choix. Sommes-nous tous devenus fous ?

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Ils ne seront jamais rassasiés. Ils en demanderont sans cesse. Ils voudront encore plus d’exploits inégalés et de victoires héroïques. Ils admettent que certains triomphent, mais à condition que leurs équipes saignent, souffrent, suent. Il faut, paraît-il, être « bien en place tactiquement » , puis être « à la hauteur physiquement » des « grands rendez-vous » . Aucun entraîneur ne peut se permettre d’amuser la galerie lors d’une demi-finale de Champions League. Simeone, Ancelotti et Mourinho ont donné une leçon de décence appliquée au foot en préparant des équipes parfaitement taillées pour la souffrance. Ces équipes ont joué ces matchs comme il le fallait, c’est-à-dire en contrôlant la partie sans jamais paraître dépassées par l’enjeu. Certes, Chelsea tomba, mais il avait néanmoins presque gagné la bataille des idées du premier tour à Madrid. Le Real et ses transitions défense-attaque virtuoses ont donné la leçon à un Bayern qui ne savait plus en quoi il croyait. Les pragmatiques ont terrassé les rêveurs. Et alors, comme s’il fallait lui faire payer cet orgueil, les vautours sont revenus planer au-dessus de Pep Guardiola. Son obsession de la possession et son obstination à imposer son style à une équipe manifestement conçue pour autre chose ne resteront pas impunies. Sortis de leur terrier, les prophètes du passé peuvent maintenant se gausser : «  La possession pour la possession, ça ne sert à rien » , aboient-ils. « Et puis surtout, quel ennui. » Dans le monde des pragmatiques, le résultat final est le seul maître. Il est le dieu unique devant lequel s’agenouiller. Dans leur monde à eux, Ulysse n’aurait jamais dû revenir de Troie, Van Gogh serait resté un inconnu et Rimbaud a bien fait de laisser tomber la littérature.

Ceci n’est pas un Pep

Si seule la victoire compte, alors à quoi peut bien servir l’hymne de la Champions League ? À quoi préparent toutes ces oriflammes, ces liturgies, ces costumes-cravates, ces maîtres de cérémonie ? Pourquoi toute cette mise en scène ? Sont-ils pragmatiques, tous ces gens amassés dans ces tribunes ? Pourquoi nous obstinons-nous à nous passionner au moins deux fois par semaine pour toujours le même jeu, toujours les mêmes joueurs ? Pourquoi aimons-nous encore la Champions League ? Pourquoi adorons-nous le football ? Pep a répondu la veille du retour contre Madrid : «  Moi, j’aime avoir le ballon. J’aime avoir le ballon pour avoir plus d’occasions, souffrir moins de contre-attaques. Je n’aime pas les statistiques, je n’y crois pas. À Madrid, nous avons joué plus de corners, plus d’occasions, plus de possession... Mais le résultat ne nous a pas donné raison. (...). Je ne veux pas la possession pour ne générer que deux occasions, ça c’est une absurdité. Les footballeurs deviennent professionnels parce qu’ils aiment jouer avec un ballon. Moi en tant qu’entraîneur, je ne peux pas faire une chose en laquelle je ne crois pas. Voilà pourquoi je demande toujours la possession du ballon. » Dans le monde de Pep Guardiola, le football n’est pas une affaire de mathématique. Son football à lui, fait de circulation rapide, de mouvement perpétuel et d’obstination pour l’offensive n’a plus rien à voir avec la statistique. Le football de Pep n’appartient pas à ceux qui jurent avoir trouvé la recette de la victoire à tous les coups et qui ensuite la vendent très cher. Le monde de Pep est le même que celui de Bielsa, Lillo, Cruyff ou même Simeone. Chez eux, le football est un rite célébrant le jeu lui-même, c’est-à-dire cette façon dont les hommes décidèrent un jour d’inventer des règles et des terrains plutôt que des armes et des tranchées pour se mesurer les uns aux autres. Le résultat importe peu, ce qui compte, c’est le trajet jusqu’à celui-ci. Le jeu apprend à domestiquer les pulsions et à les transformer en quelque chose de beau. En vouloir à l’art de Pep, c’est comme en vouloir à Monet de pas peindre correctement un coucher de soleil. C’est stupide.

Marc Lévy, ce génie


Toutefois, depuis la défaite 4-0 à domicile contre le Real, Pep n’en finit plus d’avoir à s’expliquer comme s’il avait commis le plus grave des péchés. Non. Guardiola n’est pas logé à la même enseigne. Oui, il est victime d’acharnement. Lui est toujours obligé d’en dire plus. Lui, s’il gagne, c’est grâce aux arbitres. S’il perd, c’est de sa faute. On n’a jamais demandé à Moïse comment il a fait pour ouvrir la mer Rouge. Alors pourquoi demander à Pep d’être réaliste et de jouer comme tous les autres ? Il avait prévenu avant le match : «  Moi, quand je parle de football, j’essaie de donner des arguments. Mais quand je perds et que j’argumente, on me dit que je cherche des excuses. Ensuite, quand je gagne, on dit que je suis un illuminé. Je ne suis ni l’un ni l’autre. » Pep a perdu. Et alors ? Si la qualité d’une œuvre se mesurait de façon mathématique, Marc Lévy serait déjà prix Nobel de littérature. Pep l’a dit « la saison prochaine, nous continuerons à jouer selon mes idées » , changer de « philosophie » serait renoncer à beaucoup plus qu’une façon de jouer.

Ceux qui réclament sa chute sont les mêmes qui ne comprennent pas comment quelques couleurs assemblées sur une toile puissent être de l’art. Ceux-là pensent sans doute que la seule vérité qui compte est celle de l’utile sur l’agréable. « Il y a plusieurs façons de jouer au football, aucune n’est la meilleure » , même Cholo Simeone l’a dit. Dans le monde de Guardiola, on préfère l’émotion d’un bon match à la victoire finale. On pense que le seul triomphe qui vaille est celui qui trône dans les mémoires plutôt que sur les étagères à trophées. À vrai dire, perdre, ce n’est rien. S’il avait moins gagné avec son Barça, peut-être l’aurait-on laissé tranquille. On aurait juste dit de lui qu’il était « fou » comme on le dit aujourd’hui de son maître Marcelo Bielsa. Si ces hommes sont différents des autres, c’est parce qu’ils croient en quelque chose d’essentiel et d’intangible : le jeu. Alors, qui sont les fous ? On les reconnaît à leur façon d’aboyer.

Par Thibaud Leplat
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