Le meilleur joueur du monde imaginaire

Il y a deux types de joueurs brésiliens : ceux qui restent au Brésil parce que l'Etat ou leur médiocrité les empêche de traverser l'Atlantique, et ceux qui deviennent des légendes en Europe. Robinho est un peu tout ça à la fois. Demain, il doit rejoindre au pays le clan des victimes de la « saudade » , fréquenté entres autres par Romario, Fred, Ronaldo ou Adriano. Direction Santos. En prêt. Chronique d'un gâchis annoncé.

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Il y a quelques années, le monde entier avait découvert à travers Youtube les passements de jambes endiablés d'un adolescent de Santos. Ces clips accompagnés d'un zeste de samba donnaient alors l'impression que Robinho était le boy next door du football carioca. La fantaisie sur pattes. Le joga bonito ultime et personnifié. Le successeur de Pelé. Bref, l'arbalète vivante allait tout déchirer, à commencer par ses adversaires. Le buzz ne tarda pas à dépasser les frontières au point d'intéresser les plus grands clubs européens avides de talents toujours plus jeunes, et au fort potentiel médiatique.

Il y a à peine huit ans, donc, Robinho et son acolyte Diego permettaient à Santos de remporter le championnat brésilien pour la première fois depuis un certain ‘O Rei'. Depuis, Robinho n'a rien fait. Ou si peu. Au mieux, l'ancien Merengue est le digne successeur de Denilson. Irritant, irrégulier, impertinent, extrêmement habile balle au pied, mais complètement largué tactiquement et lorsqu'il s'agit de la jouer collectif... Pour beaucoup, Robinho a d'ailleurs été le plus grand joueur de cité de la décennie : un footballeur branlette, stéréotype parfait du régaleur de chique brésilien, inconstant et incapable d'appréhender le football comme un sport collectif. Dommage, car au départ, Robinho était vraiment parti pour bouleverser le football mondial.

A 18 ans, il était déjà considéré comme une star au Brésil. Un joyau national que Lula avait même tenté de retenir au pays en créant une “Loi Pelé”. Le président à neuf doigts qualifiait alors le gamin des favelas de « futur crack du football mondial » . Pelé le considérait comme son « successeur » tandis que Passarella le désignait, lui, « comme un joyau étincelant du football brésilien » . Ces grands noms, connus pour leur manque de perspicacité en matière de pronostics, auront contribué à faire mousser la vibe Robinho, attisant de fait encore plus les convoitises du Vieux Continent, et en particulier celle d'un Real Madrid qui cherchait à tout prix un “Ronaldinho merengue” à présenter à ses socios. Et le problème est justement là : le Brésilien n'a jamais su se hisser au niveau de son énorme réputation.

Les débuts de Robinho sous la tunique du Real ont pourtant fait illusion l'espace de quelque temps. Entré en cours de jeu face à la terrible équipe de Cadix, le “petit prince” se montre aussi décisif que spectaculaire. Le lendemain, Marca titre même : « Et Dieu créa Robinho » . Rien que ça. Forcément le Brésilien prend le cigare dans le meilleur club du XXème siècle. Il ne redescendra plus jamais sur terre... Refusant de défendre, et ne brillant que contre les petites équipes, Robinho et son ego surdimensionné finissent même par agacer ses coéquipiers (à commencer par Raul) et ses dirigeants.

De son passage en Espagne, plus rien ne subsiste ou presque aujourd'hui si ce n'est une embrouille à l'entraînement avec Gravesen au terme de laquelle il avait failli se faire tuer par le Danois. Pour sa dernière année avec les Merengues, Robinho a même frisé la correctionnelle face à Numancia à cause de son tempérament de gamin. Flano, capitaine des Rojillos de l'époque : « Robinho est une merde. Il joue les beaux gosses face aux petites équipes quand le Real mène 4-0, mais ce n'est pas un grand joueur. Heureusement qu'il court vite sinon je l'aurais assassiné ce petit salaud » .


Night-clubber invétéré, Robinho a également beaucoup fait parler de lui lors d'une soirée à Rio, il y a environ deux ans ; il avait demandé pas moins de 40 préservatifs à des gardes du corps. La preuve qu'on peut être une grande gueule et en avoir dans le slip. Reste que cet épisode marquera le point de rupture avec un Real Madrid très à cheval sur les principes. Incompris et finalement remplaçant, Robinho ira même jusqu'à forcer sa sortie du club deux jours avant la fin du mercato estival, estimant que son cycle dans la capitale et avec Schuster était fini. Robinho pensait alors atterrir à Chelsea. Mais les Merengues font au dernier moment un petit coup de pute en l'expédiant chez les nouveaux riches mais néanmoins losers de City –qui proposaient plus d'argent qu'Abramovich, soit 42 millions d'euros. Pour le plus grand plaisir d'un Schuster très taquin : « Robinho a beaucoup d'ambition. Il veut devenir le meilleur joueur du monde : c'est pour ça qu'il a quitté le Real pour Manchester City ! » .

Deux ans après son arrivée en Angleterre et des débuts là encore prometteurs, Robinho a déclaré qu'il souhaitait rentrer au Brésil pour redevenir l'idole de Santos. Ce dernier ne supporte plus sa vie mancunienne, les blagues de ses coéquipiers (qui lui ont acheté un carnet de tickets de bus alors qu'il a trois Ferrari dans le garage), le climat, la pression et Roberto Mancini, malgré le fait qu'il soit l'un des cinq joueurs les mieux payés de la Premier League. Il souhaite retourner dans un pays qu'il n'aurait jamais dû quitter il y a huit ans pour être assuré de jouer la coupe du monde. Et pour cause, là-bas, les gens le considèrent encore comme l'un des meilleurs joueurs du monde : « En Angleterre, je gagne beaucoup d'argent, mais rien n'achète le bonheur. Je veux rentrer au Brésil le plus vite possible pour renouer avec ma joie de vivre sur le terrain » . Un retour par la case départ, qui lui permettra sans doute de croiser le chemin de l'ancien Parisien Everton. “Jean Claude Robigneaud” pour les intimes.

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